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Aero Trade, quand l'union de sous-traitants fait la force

Reuters18/12/2012 à 16:20

DES SOUS-TRAITANTS FRANÇAIS DANS L'AÉRONAUTIQUE CRÉENT UNE CENTRALE D'ACHAT

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Une dizaine de PME françaises de l'aéronautique ont pris leur destin en main en créant une centrale d'achat leur permettant de négocier les prix de leurs matériaux, une initiative soutenue par Airbus, qui s'inquiète de la solidité de ses sous-traitants, et dont le secteur automobile pourrait s'inspirer.

La plate-forme Aero Trade a passé le mois dernier sa première commande de matières premières et se veut le symbole d'un rapprochement fructueux entre entreprises concurrentes, au profit d'une filière certes en plein essor mais relativement atomisée.

Elle permet à ses neuf entreprises actionnaires de mutualiser leurs besoins de fonds de roulement et de mieux préserver leur trésorerie face à la montée en cadence d'Airbus, filiale d'EADS, qui impose de recruter et d'investir.

Cette première commande d'Aero Trade intervient alors que les tensions sur la chaîne d'approvisionnement figurent parmi les principales préoccupations de l'avionneur. La hausse de production a atteint un niveau "douloureux", selon son président exécutif Fabrice Brégier.

Eric Zanin, directeur des achats d'Airbus, espère voir certains de ses sous-traitants se transformer en entreprises de taille intermédiaires (ETI) et estime que l'initiative de ces PME va dans le bon sens.

"Il faut que les PME continuent à se consolider en ETI, ou avoir des partenariats, ou se trouver des regroupements de manière à avoir une taille un peu plus critique", a-t-il dit à Reuters.

"Aero Trade est une première. L'innovation n'est pas que dans la technologie, elle peut être aussi dans la manière dont on fait des affaires, au sens noble. Je pense que toutes seules (ces PME) ne s'en seraient pas sorties."

"SÉCURISER L'ACHAT DE MATIÈRES"

Créé en 2009, Aero Trade est une réponse à la décision d'Airbus d'arrêter progressivement le 'free-sourcing', c'est-à-dire la livraison à ses sous-traitants des matières premières nécessaires aux pièces commandées.

La centrale d'achat ambitionne de passer des commandes à hauteur de 20 millions d'euros en 2013, pour grimper à 160 millions d'euros en 2016, notamment d'aluminium, de titane et d'acier.

Les matériaux, dont le financement est facilité par une garantie d'Airbus et une aide publique remboursable d'Oséo, sont ensuite revendus aux PME associées, qui emploient un total de 2.400 personnes en Midi-Pyrénées et d'Aquitaine.

"L'objectif d'Aero Trade c'est de fournir un service à ses associés, de sécuriser l'achat de matières, de grossir peut-être plus tard avec d'autres mutualisations pour mieux servir les associés", explique Céline Sandrin, directrice opérationnelle de la société.

D'autres PME envisagent déjà de rejoindre l'actionnariat d'Aero Trade, telle l'entreprise gersoise Alisaero, qui a des "besoins énormes" en fonds de roulement et n'exclut pas de se porter candidate.

"Aero Trade donne des moyens supplémentaires de financement des stocks de matières premières. C'est un kit déjà monté, une solution clés en mains", déclare son PDG, Bruno Lepoutre, disant voir dans ce projet une manière de "structurer notre filière française face aux filières étrangères".

CONCURRENTS MAIS AMIS

Le secteur aéronautique français se caractérise en effet par une multitude de PME familiales, qui ont l'avantage de travailler sur le temps long mais sont parfois jugées trop modestes.

"Aujourd'hui leur taille ne correspond pas aux attentes des donneurs d'ordres compte tenu des enjeux de la filière: mondialisation, parité euro-dollar, nécessité d'avoir une taille plus importante pour être fournisseur de rang 1, concurrence des pays émergents, nécessité de continuer à investir...", détaille Dominique Valentin, consultant en stratégie spécialiste du secteur.

"En Angleterre avec cinq fournisseurs je fais 80% de mon chiffre d'affaires d'achats", souligne de son côté Eric Zanin.

"Si je veux le même chiffre en France, il me faut trente ou quarante fournisseurs", poursuit-il, tout en excluant une croissance des PME françaises à marche forcée.

Aero Trade s'avère déjà bénéfique pour la structuration de la filière en organisant la coopération d'entreprises néanmoins concurrentes.

"Aero Trade a une grande valeur ajoutée: faire que les chefs d'entreprise se voient un peu plus souvent, échangent, se rencontrent. Ils sont concurrents lors des appels d'offres mais il y a du travail pour tout le monde", souligne Eric Zanin.

"L'intérêt du projet, c'est l'intérêt de la filière", résume de son côté Serge Assorin, patron de l'une des PME associées et président d'Aero Trade.

La filière aéronautique est souvent présentée comme l'exemple à suivre pour d'autres secteurs comme l'automobile où la solidarité entre constructeurs et équipementiers n'existe guère.

Dans l'automobile, en effet, le phénomène est beaucoup plus limité tant la filière est éclatée sur l'ensemble du territoire, sauf dans le secteur très particulier de la plasturgie où il existe des groupements d'achats comme RONAX, basé à Oyonnax (Ain).

La mutualisation des approvisionnements des petits équipementiers automobiles est l'un des principaux chantiers qui attend la "Plateforme de la filière automobile" (PFA), créée lors de la crise de 2008-2009 et dont Michel Rollier, ancien dirigeant de Michelin, a pris la présidence au printemps.

Avec la contribution de Gilles Guillaume, édité par Jean-Michel Bélot


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