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Urgence humanitaire en Syrie, la diplomatie attendue à Tunis

Reuters23/02/2012 à 20:55

AMMAN (Reuters) - Alors que les chars de l'armée syrienne sont entrés en action jeudi à Homs, après vingt jours d'intenses bombardements de ce fief rebelle, le groupe des "Amis de la Syrie" réclamera un "cessez-le-feu" immédiat et un accès humanitaire, vendredi à Tunis.

A Homs, les chars de l'armée syrienne ont pénétré dans le quartier de Bab Amro tenu par les opposants, sous le feu d'intenses bombardements. Des tirs de roquettes, d'obus et de mortiers ont également visé le quartier d'Inchat. Dans ces deux zones, les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) semblaient pourtant maintenir leurs positions malgré les pilonnages.

Dans la province de Hama, au nord-ouest du pays, les forces de sécurité syriennes ont par ailleurs mis en rang et abattu jeudi 13 membres d'une famille élargie, dont des enfants, après avoir pilonné le village de Kfartoun, ont rapporté des opposants. Selon eux, il s'agissait de membres de la famille Asaad, du nom du leader de l'armée syrienne libre installé en Turquie, Riad al Asaad.

Un rapport des enquêteurs du Conseil de l'Onu pour les droits de l'homme publié jeudi estime que les violences commises par les forces de sécurité syriennes, qui tuent des femmes et des enfants désarmés, bombardent des quartiers résidentiels et torturent des blessés dans les hôpitaux, obéissent à des ordres donnés au "plus haut niveau" de la hiérarchie militaire et gouvernementale. Ils demandent que les auteurs de ces crimes contre l'humanité soient poursuivis devant la justice.

"La commission a reçu des preuves crédibles et solides identifiant des membres de haut rang et de rang intermédiaire des forces armées qui ont ordonné à leurs subordonnés de tirer sur des manifestants désarmés, de tuer les soldats qui refusaient d'obéir à ces ordres, d'arrêter des personnes sans raison, de maltraiter des prisonniers et d'attaquer des quartiers civils avec des tirs aveugles de chars et de mitrailleuses", écrit le rapport.

Il cite par ailleurs un décompte fourni par le Centre de documentation des violations, un réseau de militants syriens, qui estime à 6.399 le nombre de civils et à 1.680 le nombre de déserteurs tués au 15 février.

Cette poursuite des violences intervient au lendemain de la mort du photojournaliste français Rémi Ochlik et de la journaliste américaine Marie Colvin, correspondante du Sunday Times, dans le quartier de Bab Amro.

Les deux journalistes ont été tués lors du bombardement d'une maison que les opposants avaient transformée en centre de presse improvisé.

Le président Nicolas Sarkozy a qualifié jeudi la mort des deux journalistes d'assassinat et estimé que l'ère de Bachar al Assad devrait prendre fin.

LES "AMIS DE LA SYRIE" VEULENT UN ACCÈS HUMANITAIRE

La situation humanitaire sera au coeur des discussions de la première réunion du groupe des "Amis de la Syrie", initiative mise en place pour contourner la paralysie du Conseil de sécurité des Nations unies et qui s'ouvre vendredi à Tunis.

La réunion devrait regrouper plus de 70 pays arabes et occidentaux, et mettra le président Bachar al Assad au défi de répondre à l'urgence humanitaire pour les populations civiles assiégées par ses forces armées. Aucun projet d'intervention militaire ne figure en revanche à l'ordre du jour.

Selon un projet de déclaration que Reuters s'est procuré à Beyrouth, le groupe va réclamer au gouvernement syrien "de mettre en oeuvre un cessez-le-feu immédiat et d'accorder un accès libre et sans entrave à l'Onu et aux agences humanitaires".

Sur le plan politique, le projet reconnaît le Conseil national syrien (CNS) comme "un représentant légitime des Syriens recherchant un changement démocratique pacifique". Cette formulation ne signifie semble-t-il pas un soutien plein et entier à la principale organisation d'opposition au régime de Bachar al Assad.

Le CNS souhaite de son côté que les "Amis de la Syrie" accordent la priorité à la création de couloirs humanitaires. Il plaide plus particulièrement pour un couloir du Liban vers Homs (centre), de la Turquie vers Idlib (Nord) et de la Jordanie vers Deraa (Sud).

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) négocie par ailleurs avec le pouvoir et l'opposition pour obtenir une suspension des combats. La Croix-Rouge souhaite des "pauses humanitaires" de deux heures par jour pour permettre l'acheminement d'aide humanitaire et l'évacuation de blessés, une piste que le régime syrien pourrait trouver plus facilement acceptable.

"Le président Assad veut que la situation de Homs soit réglée dimanche pour préparer le référendum constitutionnel. Ensuite, il s'occupera d'Idlib", a déclaré à Beyrouth une source libanaise proche du gouvernement syrien.

Aux Etats-Unis, la position du gouvernement semble évoluer face à l'escalade récente des violences. La Maison blanche, qui a jusqu'à présent écarté l'hypothèse d'une intervention militaire, a infléchi sa position en jugeant que d'autres options devront être envisagées si une solution politique se révèle impossible.

Mariam Karouny, Dominic Evans, Lin Noueihed et Stephanie Nebehay, Hélène Duvigneau pour le service français


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