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Une marque néerlandaise de vélos accuse le gendarme français de la pub de défendre les intérêts de l'industrie automobile
Boursorama avec Media Services30/06/2020 à 13:47

L'autorité de régulation estime qu'on ne peut pas "dénigrer des secteurs d'activité", au nom de la concurrence loyale.

Un cycliste à Marseille, le 19 mars 2020. ( AFP / GERARD JULIEN )

L'autorité de régulation de la publicité (ARPP) a-t-elle censuré la campagne d'un fabricant néerlandais de vélos électriques, dans le but de défendre les intérêts de l'industrie automobile ? C'est l'accusation portée par la marque VanMoof, à qui il a été demandé de modifier son spot.

Le spot publicitaire, autorisé et déjà diffusé aux Pays-Bas et en Allemagne, met en scène des images reflétées sur la carrosserie d'une automobile sportive. On y décerne de vieilles cheminées d'usines fumantes, des embouteillages, un accident, puis la voiture se liquéfie pour laisser place à un vélo de la marque.

VanMoof suspecte l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) de défendre les intérêts de l'industrie automobile.

"Obtenir une médiatisation gratuite en criant à la censure"

"La décision de l'ARPP est assez troublante. Elle nous pousse à remettre en question la légitimité de cet organe qui apparemment défend les intérêts de certains secteurs et aussi de certaines entreprises", a déclaré à l'AFP Alfa-Claude Djalo, responsable des relations publiques de l'entreprise. "On a le sentiment d'avoir été censurés".

"Le spot a été diffusé aux Pays-Bas et en Allemagne. Or l'Allemagne c'est une industrie automobile de renom et il n'y a eu aucun souci" dans ce pays, a-t-il ajouté.

Interrogé par franceinfo, le président de l'ARPP, Stéphane Martin a déploré la position de VanMoof. "C'est un grand classique d'attaquer cette indépendance que l'on a de fait et d'essayer d' obtenir de l'espace et de la médiatisation gratuite en criant à la censure" , a-t-il déclaré. Pour lui,  "on ne peut se permettre de dénigrer des secteurs d'activité. C'est un grand principe de concurrence loyale. Il ne faut pas tomber dans la facilité d'un dénigrement quand on a juste à promouvoir son produit".

"Parfois cette pub tombe dans un excès avec des images qui n'ont pas lieu d'être, comme ces fumées de cheminées d'usine, qui n'ont pas de rapport avec l'industrie automobile", a-t-il expliqué.

VanMoof n'envisage pas de faire appel ni de porter l'affaire devant les tribunaux. L'entreprise "préfère donner une visibilité publique" à ce qu'elle "considère comme une dérive".

VanMoof refuse de modifier son spot

"Certains plans présents dans le reflet de la voiture apparaissent, à notre sens, disproportionnés et jettent un discrédit sur tout le secteur de l'automobile en le mettant seul en cause (...) tout en créant un climat anxiogène. Ils devront donc être modifiés", a écrit l'ARPP, dans son courrier à VanMoof. L'autorité invoque le "code ICC publicité et marketing de la Chambre de commerce internationale" qui "prohibe toute exploitation du sentiment de peur ou de souffrance dans les publicités commerciales" .

"On se refuse à faire toute modification, parce qu'on ne veut pas dénaturer notre vidéo et en faire une version édulcorée qui ferait plaisir à l'industrie automobile française", a indiqué Alfa-Claude Djalo.

"Dès le départ, nous savions que ce spot ne serait pas une publicité lambda pour vélos. C'est un appel à l'action, une chance de laisser le passé derrière nous et de faire de réels progrès qui profitent à tou.te.s. Remettre en question le statu quo sera toujours conflictuel, mais c'était notre objectif depuis le début", a déclaré Taco Carlier, co-fondateur de VanMoof, cité dans un communiqué.

"Pour la diffusion d'une publicité télévisée, l'ARPP délivre avant diffusion un avis systématique (24.320 avis en 2019). Mais au final la responsabilité de diffusion relève des médias et des plateformes" , a indiqué à l'AFP Stéphane Martin, directeur général de l'ARPP. "C'est pourquoi l'instrumentalisation de la censure n'est qu'un artifice bien connu de certains acteurs pour avoir de la publicité gratuite", a-t-il accusé.

Association loi 1901 indépendante des pouvoirs publics, l'ARPP est financée par les cotisations de 800 entreprises adhérentes. Elle est administrée par les représentants des professions publicitaires (annonceurs, agences, médias, régies etc.). "Trois quarts des 100 premiers annonceurs investissant en communication sont adhérents de l'ARPP", est-il précisé sur son site internet.

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