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Une faiblesse prolongée pourrait contraindre Berlin à la relance

Reuters08/10/2014 à 14:47

par Noah Barkin BERLIN, 8 octobre (Reuters) - Une brusque récession en Allemagne serait sans doute un vrai coup dur pour l'Europe mais un accès de faiblesse de la première économie du bloc pourrait aussi être juste ce qu'il faut pour convaincre Angela Merkel de donner du mou à la politique budgétaire et ainsi apporter une bouffée d'oxygène tant espérée par des pays comme la France et l'Italie. Jusqu'à présent, Berlin a fait de sa promesse d'un budget fédéral à l'équilibre en 2015 sa principale priorité économique. Cet objectif, fixé en 2013 par l'accord de coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates du SPD, est considéré à Berlin comme le "saint Graal", une performance aux retombées politiques énormes pour les partenaires. C'est en grande partie en raison des contraintes liées à cet objectif qu'Angela Merkel a rejeté à plusieurs reprises les appels en Allemagne et à l'extérieur à ouvrir les vannes de la dépense publique pour financer de grands travaux. Seulement, si l'économie allemande, qui s'est contractée de 0,2% au deuxième trimestre, continue de faiblir l'année prochaine, Angela Merkel risque d'être contrainte à faire machine arrière et à accroître les investissements publics, comme le réclament la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire internationale (FMI). "Si la seule facon de parvenir à un budget à l'équilibre est de procéder à des coupes qui aggraveraient une récession, (cet objectif) sera abandonné et nous verrons les dépenses augmenter", a déclaré un haut responsable allemand souhaitant rester anonyme. Un proche de la chancelière a lui estimé: "si l'économie allemande faiblit considérablement, ça changera complètement la donne." STATISTISTIQUES EN BERNE Aujourd'hui, l'objectif "Schwarze Null" (littéralement "zéro noir", soit un déficit zéro et des chiffres "dans le noir" par opposition à "dans le rouge") semble à portée, avec un taux de chômage qui se maintient sous les 7% et des recettes fiscales qui affluent dans les caisses de l'Etat à des niveaux record. Des taux d'intérêt au plus bas ont considérablement réduit les coûts d'emprunt en Allemagne, fournissant un appui budgétaire supplémentaire. Eckart Tuchtfeld, économiste spécialisé dans les questions budgétaires de Commerzbank, explique qu'une récession est improbable. "Notre scénario de base est celui d'une période temporaire de faiblesse économique, pas d'une récession prolongée." Reste que des statistiques allemandes sont récemment ressorties exceptionnellement faibles. Les commandes à l'industrie et la production industrielles ont enregistré en août leur repli le plus marqué depuis 2009, au plus fort de la crise financière. ID:nL6N0S20UI et ID:nL6N0S10W7 De même, le moral des chefs d'entreprise allemands calculé par l'institut Ifo s'est détérioré en septembre pour le cinquième mois d'affilée et l'activité du secteur manufacturier s'est contractée en septembre pour la première fois depuis quinze mois. ID:nL6N0RP1L7 et ID:nL6N0RW1F4 Mardi, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour l'Allemagne à +1,4% en 2014 (-0,5 point) et +1,5% en 2015 (-0,2 point). ID:nL6N0S22ZY Enfin, de grands instituts de conjoncture sont près de réduire sensiblement leurs prévisions de croissance pour l'Allemagne cette année et la suivante, les ramenant à 1,3% et 1,2% respectivement contre 1,9% et 2,0% précédemment, croit savoir le Handelsblatt. "Les risques pesant sur les perspectives économiques allemandes sont élevés", estime Marcel Fratzscher de l'institut DIW à Berlin, évoquant la faiblesse de la zone euro, des risques politiques en France et en Italie, les résultats attendus prochainement des tests de résistance sur les banques et les menaces géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient. "Je m'attends à ce que si l'économie se dégrade davantage, le gouvernement allemand revoie fondamentalement sa politique", a ajouté l'ancien responsable de la BCE, également à la tête d'un groupe d'experts mis en place par le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel pour travailler sur les moyens de doper l'investissement. Selon les estimations de l'institut DIW, le déficit annuel d'investissement atteint 80 milliards d'euros en Allemagne, après des décennies de baisse des dépenses publiques et privées dans les infrastructures et les équipements intérieurs. L'investissement, qui représentait 23% du produit intérieur brut (PIB) dans les années 1990 stagne désormais autour de 17% contre 20% en moyenne dans les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). LE FRONT UNI SE FISSURE Certains économistes comme Marcel Fratzscher et Peter Bofinger, l'un des "sages" ou conseillers économiques du gouvernement allemand, estiment qu'ériger en priorité l'équilibre budgétaire a été une erreur. Ce postulat ne trouve cependant pas d'écho actuellement au gouvernement. Le ministre des Finances Wolfgang Schaüble a toujours opposé une fin de non recevoir aux pays de la zone euro et du G20 lui demandant d'augmenter les dépenses publiques. Il s'est contenté de prôner des mesures pour doper l'investissement du secteur privé. Cependant, ce front uni gouvernemental pourrait être en train de se craqueler. En septembre, Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a publié une tribune de presse cosignée par le secrétaire d'Etat allemand à l'Emploi et aux Affaires sociales, le social-démocrate Jörg Asmussen, invitant l'Allemagne à utiliser ses marges budgétaires pour investir et améliorer le pouvoir d'achat. ID:nL6N0RK1CN Des membres du cabinet de Sigmar Gabriel sont également favorables à l'idée d'augmenter les investissements publics et reconnaissent que le contexte économique a changé depuis la formation de la coalition. "L'engagement à parvenir à un budget à l'équilibre n'a pas été une erreur étant donné les circonstances économiques de l'époque, bien au contraire", a déclaré un haut responsable, proche du ministre de l'Economie. "Mais la situation a changé. Maintenant nous réalisons que nous avons d'importants besoins en termes d'investissements en infrastructures et que l'environnement économique s'est dégradé." (Mathilde Gardin pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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