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Un an après son élection, le pape François remodèle le Vatican

Reuters13/03/2014 à 16:14

UN AN APRÈS L'ÉLECTION DU PAPE FRANÇOIS, LES PREMIERS EFFETS DE LA RÉFORME DE LA CURIE SE FONT SENTIR

par Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Après son élection, il y a tout juste un an, le pape François a promis de s'attaquer à une vaste réforme de la Curie et c'est par le haut qu'il a commencé en limitant les prérogatives du secrétaire d'Etat, jusqu'alors omnipotent au Saint-Siège.

Le cardinal qui occupe cette fonction supervise les relations entre le Vatican et les autres Etats de la planète mais il est aussi le plus haut responsable de la hiérarchie depuis le XVIIe siècle.

Avec le temps, les finances et les ressources humaines sont passées sous son contrôle. Et le "chef de la diplomatie" vaticane s'est progressivement arrogé, en outre, les rôles de "Premier ministre" et de "secrétaire général" de la papauté.

Sous Benoît XVI, dont la renonciation a ouvert la voie à l'élection au trône de Saint-Pierre du premier pape venu d'Amérique latine, c'est le cardinal Tarcisio Bertone qui occupait cette fonction, concentrant sur lui nombre de critiques pour ne pas avoir su déjouer les chausse-trappes et les scandales qui ont marqué les huit années du pontificat du pape allemand.

En nommant au poste de secrétaire d'Etat le cardinal Pietro Parolin, diplomate discret au mode de vie frugal -"étranger à l'exhibitionnisme clérical", selon un journal catholique, le pape François a mis en oeuvre sa volonté de réduire l'éventail des tâches associées à cette fonction.

Mgr Parolin n'a plus d'autorité sur les finances et il n'est plus omniprésent dans les affaires intérieures de la Cité-Etat.

Quand Tarcisio Bertone et son prédécesseur, Angelo Sodano, se faisaient conduire en limousine avec leurs assistants, Pietro Parolin se déplace à pied, seul.

NETTOYER LA CURIE

La redéfinition de ce poste-clef est cruciale dans la volonté manifestée par le pape de réformer la Curie, qui fait office de gouvernement du Saint-Siège.

Un nouveau département chargé de la surveillance des finances du Vatican a été confié à un prélat australien, le cardinal George Pell, qui n'a jamais travaillé à Rome. Il rendra compte directement au pape.

François aurait également pour projet de créer un coordinateur de la Curie, sorte de secrétaire général de la papauté.

Agé et fatigué, davantage attiré par la théologie et le travail intellectuel, son prédécesseur Benoît XVI n'a jamais été en mesure de s'attaquer aux perturbations que l'Eglise catholique a traversées sous son pontificat, culminant avec le "VatiLeaks", publication de documents sensibles faisant état de corruption au sein de la Curie transmis à la presse par son propre majordome.

"Ce n'est pas une exagération que de dire qu'il existait un désordre systémique au sein de la Curie sous le règne du pape Benoît", estime l'historien Alberto Melloni, spécialiste de l'Eglise et directeur de la Fondation Jean XXIII pour les études religieuses à Bologne.

Une des lettres transmises à la presse par Paolo Gabriele en témoigne. Elle est signée de l'archevêque Carlo Maria Vigano, qui s'adresse directement au pape en 2012, en court-circuitant Mgr Bertone, pour se plaindre de la corruption dans l'enceinte du Saint-Siège. Bertone le fera plus tard muter à Washington.

    "Au final, les choses ont commencé à devenir vraiment dangereuses parce que toutes les activités financières étaient concentrées entre les mains de Bertone ou d'hommes qui lui étaient fidèles", analyse l'essayiste Massimo Franco, auteur du "Vatican selon François", paru au début du mois.

Un haut responsable du Vatican, sous couvert d'anonymat, se souvient que "dans l'opinion des cardinaux qui sont venus à Rome l'an dernier pour élire un nouveau pape, le secrétariat d'Etat avait accumulé bien trop de pouvoirs au fil des années".

TIRER UN TRAIT SUR LE "VICE-PAPE" ET LES "VIPÈRES"

Aujourd'hui âgé de 79 ans, Tarcisio Bertone rejette le portrait d'homme avide de pouvoir qu'on a dressé de lui. L'an dernier, le "vice-pape" disait à des journalistes avoir été la victime de "vipères". En pleine retraite spirituelle hors de Rome, il n'a pu être contacté par Reuters.

Il n'a pas non plus été possible d'entrer en communication avec Angelo Sodano, 86 ans.

Après son élection, le pape François n'a mis qu'un mois avant de tirer sa première salve sur la bureaucratie vaticane: la création d'un "G8", comité consultatif de huit cardinaux venus du monde entier pour le conseiller sur la gouvernance et la réforme de l'Eglise.

Six mois plus tard, il désignait Pietro Parolin, au service de la diplomatie vaticane depuis 1986 et alors nonce apostolique (ambassadeur) au Venezuela, pour le secrétariat d'Etat.

Il serait injuste de décrire la Curie comme "un lieu où prévalent les complots et les jeux de pouvoir", déclarait le nouveau secrétaire d'Etat dans une interview accordée à un journal italien. Avant d'appeler les hauts fonctionnaires du Vatican à "oeuvrer dur pour devenir plus humains, plus accueillants, plus évangéliques, ce que veut le pape François".

Pour Nigel Barker, l'ambassadeur du Royaume-Uni auprès du Vatican, "une des choses les plus importantes au sujet de Parolin, c'est qu'il n'a aucun attrait pour le pouvoir à des fins personnelles".

(avec Alessandra Galloni; Henri-Pierre André pour le service français; édité par Jean-Philippe Lefief)

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