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Un affrontement Valls-Taubira à haut risque pour Hollande

Reuters14/08/2013 à 20:40

UN AFFRONTEMENT VALLS-TAUBIRA À HAUT RISQUE POUR HOLLANDE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Les désaccords entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur la réforme pénale risquent de mettre à mal la cohésion du gouvernement et offrent à la droite un angle d'attaque idéal, la sécurité, avant les élections municipales.

Jean-Marc Ayrault a tenté mercredi d'aplanir les divergences rendues publiques entre ses ministres de l'Intérieur et de la Justice, et confirmé que le texte, jugé trop laxiste par Manuel Valls dans un courrier à François Hollande, serait bien présenté en conseil des ministres en septembre, comme prévu.

"Je pense qu'il n'y a pas deux lignes, il n'y en a qu'une", a dit le Premier ministre à la presse, alors que Manuel Valls tentait également de calmer le jeu, assurant "travailler main dans la main" avec Christiane Taubira.

Mais la recherche d'un compromis sur la réforme de la politique pénale risque d'être ardue, et de nouveaux affrontements entre ces deux poids lourds du gouvernement pourraient être dangereux pour l'exécutif, qui aborde une rentrée délicate, soulignent des analystes.

"C'est un vrai sujet pour le gouvernement car le calendrier parlementaire et politique de la rentrée est extrêmement chargé", avec la réforme des retraites, le vote du budget, et la crainte, dans l'opinion, de potentielles hausses des prélèvements, estime Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique à l'IFOP.

Les passes d'armes entre ministres de la Justice et de l'Intérieur sont récurrentes sous la Ve République, et particulièrement attendues au sein de gouvernements socialistes.

"À gauche, ça renvoie à deux philosophies présentes", explique ainsi Jérôme Fourquet, opposant d'un côté une tradition incarnée par Manuel Valls qui voit dans la fermeté républicaine un message social, les plus modestes étant les plus touchés par la délinquance, et de l'autre le combat judiciaire sur les droits de la défense porté par Christiane Taubira.

EFFETS SUR L'EXÉCUTIF

Mais ces affrontements, si habituels qu'ils soient, peuvent avoir un effet négatif sur la popularité de l'exécutif, souligne Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion chez Harris Interactive.

Début 2010, l'opposition entre la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie et son collègue de l'Intérieur Brice Hortefeux sur l'opportunité de renforcer les sanctions contre les délinquants s'attaquant à des personnes âgées avait ainsi fait baisser la cote de popularité de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, rappelle-t-il.

La droite n'a d'ailleurs pas tardé à dénoncer mercredi un nouveau "couac" du gouvernement.

Les désaccords persistent au sein de la majorité sur le fond de la réforme. Interrogé sur France Inter, le socialiste Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois à l'Assemblée nationale, a ainsi exprimé mercredi son opposition à la mise en place d'un système de libération conditionnelle d'office, l'une des propositions phares du texte.

Si l'arbitrage tarde, le risque est grand pour François Hollande, dont la capacité à trancher est l'une des principales difficultés dans l'opinion, soulignent des sondeurs. D'autant plus que "si la justice n'est pas un sujet pour les municipales, la sécurité peut en être un", dit Jérôme Fourquet, pour qui la gauche n'a pas intérêt à voir cette thématique surgir lors des prochaines échéances électorales.

La sécurité n'est plus la préoccupation première des Français, comme l'ont montré les sondages effectués lors des derniers scrutins présidentiels.

"Les questions de la dynamique urbaine de chaque ville et leur capacité à attirer de l'emploi et de l'activité seront selon moi plus importantes que les questions de sécurité" lors des municipales de mars prochain, estime ainsi Stéphane Rozès, président de Cap.

DEUX FORTES PERSONNALITÉS

Reste que la sécurité des biens et des personnes est le deuxième dossier considéré comme le plus important par les Français, juste derrière les questions économiques, selon un sondage Harris Interactive réalisé en mars 2013.

Le risque pour l'exécutif est d'autant plus grand que Manuel Valls et Christiane Taubira, deux fortes personnalités très populaires auprès de l'électorat de gauche, semblent décidés à défendre leurs positions jusqu'au bout, disent les analystes.

"Je ne supporte pas d'avoir un patron", déclarait récemment la ministre de la Justice au New York Times, tandis que son collègue de l'Intérieur multipliait les déplacements médiatisés.

"On est vraiment face à deux personnalités qui ont réussi à émerger", rappelle Jean-Daniel Lévy.

"Taubira, c'était la paria d'une partie de la gauche parce qu'elle était considérée à tort ou à raison comme ayant participé à la défaite de Lionel Jospin aux présidentielles de 2002, et Valls, c'est l'une des personnalités qui a recueilli l'un des moins bons scores à la primaire citoyenne", dit-il.

Deux personnalités désormais incontournables, qui ne pourront pas être évincées aussi rapidement que l'a été début juillet la ministre de l'Environnement Delphine Batho, estime Jérôme Fourquet.

"Ce sont deux poids lourd du gouvernement, sur des positions assez frontalement opposées, sur un sujet sur lesquels les attentes de l'opinion sont fortes", dit-il. "Ça va être très difficile à arbitrer."

(Edité par Yves Clarisse)


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