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Un 1er-Mai contre l'austérité et Nicolas Sarkozy

Reuters01/05/2012 à 22:32

Un 1er-Mai contre l'austérité et Nicolas Sarkozy

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Des centaines de milliers de personnes ont défilé mardi en France pour dire non à l'austérité imposée selon eux par l'Union européenne et, très souvent, manifester leur rejet de Nicolas Sarkozy à cinq jours du second tour de la présidentielle.

Plus de 300 cortèges ont eu lieu selon la CGT, dont le plus important à Paris, où les marcheurs ont été précédés par une manifestation du Front national et où ils ont défilé pendant un meeting géant organisé par le président sortant.

La CGT a compté 750.000 manifestants dans toute la France, le ministère de l'Intérieur parlant de 316.000 personnes, contre à peine 77.000 l'an dernier.

L'intersyndicale (CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa), avait promis qu'il n'y aura pas de message politique sur les banderoles des défilés du 1er-Mai.

La CGT, à la différence des autres organisations, a toutefois appelé à "battre Nicolas Sarkozy" et ce mot d'ordre a été largement relayé dans la plupart des cortèges.

A Paris, les délégations du Parti socialiste et du Front de gauche sont restées en queue du défilé pour ne pas gêner les syndicalistes et François Hollande a choisi de rendre hommage à Nevers (Nièvre) à Pierre Bérégovoy, le Premier ministre de François Mitterrand qui s'est suicidé il y exactement 19 ans.

Les leaders syndicaux ont vu comme une "provocation" la décision de Nicolas Sarkozy d'organiser son propre rassemblement sur le travail après avoir dénoncé depuis le début de la campagne "ces corps intermédiaires" que sont les syndicats.

POLITISATION

Mais la politisation de la manifestation par la CGT a provoqué des divisions entre les dirigeants syndicaux.

"Nous, on défend le travail indépendamment de nos opinions politiques", a dit dans le cortège le secrétaire général de la CFDT François Chérèque, qui ne donne pas de consigne de vote. "Nous, ce que l'on veut au 1er mai, c'est simplement des syndicats forts qui expriment nos revendications."

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a en revanche confirmé qu'il appelait à voter pour François Hollande.

"C'est la première fois qu'un président de la République cherche à s'emparer du 1er-Mai à des fins politiques", a-t-il déclaré au départ du cortège par allusion au rassemblement sur le travail organisé au même moment par le président-candidat.

La manifestation parisienne, à laquelle avaient pris part plus de 250.000 personnes selon la CGT et 48.000 selon la police, avait des airs de retrouvailles du "peuple de gauche", chacun étant venu avec sa pancarte, son mot d'ordre et marchant au son de tambours et de fanfares.

En dépit des consignes syndicales, nombre de manifestants portaient des fanions du PS, du PCF ou du Parti de gauche et ne se privaient pas de fustiger Nicolas Sarkozy avec des pancartes proclamant "Cass'toi pauvre con !"

Le slogan "Nous sommes tous des Grecs, des Espagnols et des Tunisiens" revenait souvent dans la bouche des manifestants.

Tout au long du cortège, la plupart des ONG défendant les droits des immigrés, comme SOS Racisme et la Ligue des droits de l'homme, distribuaient des tracts, de même que toute une mosaïque d'organisations d'extrême gauche.

A Marseille, 20.000 personnes , selon les syndicats, ont manifesté pour un des rares défilés plus social que politique.

"“Cela lui donne un parfum particulier, mais nous ne mettons pas pour autant nos exigences revendicatives dans la poche", a affirmé la déléguée départementale de la CGT, Mireille Chessa.

Les salariés de Fralib, qui depuis presque deux ans s'opposent à la fermeture du dernier site en France à fabriquer les tisanes L'éléphant, ont ouvert le cortège.

Les slogans hostiles à Nicolas Sarkozy ont été peu nombreux. Seules quelques pancartes disséminées dans le cortège ont ouvertement demandé son départ sur un ton autoritaire - "Sarko, les drapeaux rouges te disent dégage !"

Mais dans les autres grandes villes, la politique était bien présente dans des défilés plus fournis que les autres années.

MOBILISATION À TOULOUSE ET LYON

A Toulouse, ils étaient 40.000 selon les organisateurs et 10.000 selon la police, plus que les années précédentes.

"Je suis surprise par l'ampleur de la manifestation. C'est plus politique que syndical. Je crois que tous ces gens veulent tout simplement que Nicolas Sarkozy quitte le pouvoir", a dit Hélène, ancienne professeur de lycée.

A Lyon, la mobilisation a également été d'une ampleur inédite, rassemblant 20.000 personnes selon les organisateurs et 10.000 selon la police.

Baptiste Colin, 17 ans, a dit descendre pour la première fois dans la rue "contre Sarkozy et son vrai travail" en référence aux déclarations du président sortant.

Natacha Robin, 40 ans, intermittente du spectacle au chômage, dit ne pas avoir manifesté depuis 2002.

"Pour moi, c'est l'histoire du 'vrai travail' qui a fait déborder le vase, quand on est dans ma situation et on est de plus en plus nombreux, c'est dur à entendre", a-t-elle dit.

A Bordeaux, ils étaient 10.000 selon la police et 15.000 selon les syndicats, dont le candidat NPA à la présidentielle Philippe Poutou, entouré de salariés de l'usine Ford de Blanquefort en Gironde où il reprendra le travail mercredi.

A Strasbourg, 4.500 manifestants ont défilé, une participation importante pour l'Alsace, alors que la région est au mitan des vacances de printemps et que la CFDT ne participait pas, en tant qu'organisation, à la manifestation.

Avec les correspondants en régions, édité par Yves Clarisse

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