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Trois ans après la chute de Kadhafi, la Libye toujours en guerre

Reuters17/12/2014 à 13:53

par Ulf Laessing RAS JDIR, Libye, 17 décembre (Reuters) - Plus de trois ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est toujours en guerre. Les lignes de front rappellent souvent celles du soulèvement de l'année 2011. Mais aujourd'hui ce sont d'anciens alliés, à l'époque unis contre le "Guide", qui s'affrontent sans merci, de la frontière tunisienne, à l'ouest, jusqu'en Cyrénaïque, à l'est, ainsi que dans le Sud désertique. Islamistes, nationalistes, miliciens tribaux, anciens partisans de Kadhafi, c'est tout un écheveau de groupes armés qui se combattent au gré des alliances. Deux camps se détachent: l'"Aube libyenne", avec ses miliciens venus de la ville de Misrata qui contrôlent depuis août la capitale, Tripoli, et les partisans du gouvernement d'Abdallah al Thinni, seul reconnu par la communauté internationale, qui a dû chercher refuge dans l'Est, en Cyrénaïque. Les miliciens de l'"Aube libyenne", considérés comme proches des islamistes, ont mis en place à Tripoli un gouvernement parallèle et rétabli l'ancien Parlement, le Congrès général national (CGN). La nouvelle assemblée, la Chambre des représentants élue en juin, s'est repliée avec le gouvernement Thinni dans l'Est. Dans l'ouest du pays, au poste-frontière de Ras Jdir avec la Tunisie, les miliciens favorables aux autorités de Tripoli ont été pris pour cible cette semaine par des avions venus de l'Est. Ici, les hommes de l'"Aube libyenne" qui tiennent le secteur depuis août doivent faire face aux miliciens de Zintan, qui fut en février 2011 la première ville de l'Ouest à se rallier à la révolte anti-Kadhafi partie de Benghazi. RIVALITÉS TRIBALES Les partisans du pouvoir installé à Tripoli contrôlent la route côtière qui file vers la capitale. Armés de lance-roquettes Grad, équipés de camions Toyota portant des canons antiaériens, ils arborent fièrement sur leurs treillis un insigne "Armée libyenne". Leurs rivaux de Zintan sont installés dans les montagnes de l'arrière-pays, parfois à seulement vingt kilomètres de la route. Les avions qui ont attaqué cette semaine les pro-Tripoli appartiennent aux forces de Khalifa Haftar, un général à la retraite qui a juré en mai dernier de chasser les groupes islamistes du pays. Basé dans la région de Benghazi, le général Haftar s'est allié aux forces fidèles au gouvernement Thinni pour créer l'"Armée nationale libyenne" (ANL). A Benghazi même, les combats qui se poursuivent depuis mai entre l'ANL et les islamistes ont fait au moins 450 morts. Il y a quelques jours, les combattants de l'"Aube libyenne" ont ouvert un nouveau front, sur le golfe de Syrte, pour tenter de s'emparer des terminaux pétroliers de Ras Lanouf et d'Es Sider. Les avions du général Haftar sont intervenus pour bloquer leur avance mais les deux terminaux ont dû être fermés. Les Nations unies tentent de permettre la conclusion d'un accord entre les deux camps, jusqu'ici sans succès. Aux désaccords entre les anciens groupes anti-Kadhafi s'ajoutent de vieilles rivalités tribales. Ainsi, à Ras Jdir, beaucoup de combattants de l'"Aube libyenne" proviennent de la minorité amazigh, berbère. Dans l'est et le sud du pays, l'ANL de Thinni et du général Haftar peut compter sur le soutien des Toubous, une autre minorité. Toujours dans le Sud, les Touaregs sont favorables à l'"Aube libyenne" et ont participé cet automne à la prise du gisement pétrolier d'El Charara, dont les miliciens de Zintan ont dû se retirer. (Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)


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