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Tensions germano-américaines dans l'affaire du mobile de Merkel

Reuters24/10/2013 à 17:11

TENSION ENTRE BERLIN ET WASHINGTON SUR FOND DE SURVEILLANCE PRÉSUMÉE DU PORTABLE D?ANGELA MERKEL

par Madeline Chambers et Alexandra Hudson

BERLIN (Reuters) - Les révélations sur la possible surveillance du téléphone portable d'Angela Merkel par la NSA provoquent des réactions d'indignation en Allemagne et risquent d'affecter profondément les relations entre Washington et Berlin, si les faits sont avérés.

Preuve que le gouvernement allemand prend le sujet très au sérieux, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle a convoqué jeudi l'ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne.

La veille, la chancelière s'était entretenue au téléphone de cette question avec Barack Obama auquel elle avait demandé des éclaircissements immédiats et complets.

Ce nouveau rebondissement, provoqué par les révélations du lanceur d'alerte Edward Snowden, ancien consultant de l'Agence nationale de la sécurité (NSA) américaine, fait désormais planer une ombre sur la bonne entente entre deux des plus influents dirigeants de la planète.

L'affaire intervient à un moment délicat puisque Européens et Américains sont engagés dans des négociations compliquées afin de trouver un accord de libre échange entre les deux rives de l'Atlantique tout en essayant de dégager des solutions à deux autres problèmes: le nucléaire iranien et la guerre civile syrienne.

Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate (SPD), qui négocie avec Angela Merkel un accord de coalition gouvernementale, a jugé qu'il serait difficile de conclure un accord de libre échange s'il était démontré que les Etats-Unis ne respectaient pas le droit à la vie privée.

Le ton de la réponse de Berlin a été inhabituellement ferme, sinon dur, traduisant un sentiment de trahison de la part d'un pays qui fut en première ligne lors de la Guerre froide.

D'ordinaire mesuré dans ses propos, le ministre de la Défense Thomas de Maiziere a reconnu qu'il serait "vraiment grave" que les soupçons du gouvernement allemand soient confirmés.

"Les Américains sont et restent nos meilleurs amis, mais cela ne peut pas être admis", a-t-il dit, ajoutant qu'il pensait depuis longtemps que son téléphone portable était surveillé.

"GRAVE ENTORSE"

Cette question de la surveillance par une organisation étatique est un sujet particulièrement sensible en Allemagne marquée par le souvenir des écoutes menées par la Stasi, la police politique de l'ex-RDA, où Angela Merkel a grandi.

Le porte-parole de la Maison blanche, Jay Carney, a indiqué mercredi soir que Barack Obama avait assuré la chancelière allemande que ses communications "n'étaient pas et ne seraient pas surveillées".

Certains observateurs ont repris la formulation de cette phrase qui pouvait laisser supposer qu'une telle surveillance ait pu s'exercer dans le passé.

La première réaction du gouvernement a été particulièrement vive, un communiqué précisant que Merkel avait dit à Obama que de telles pratiques étaient "totalement inacceptables et constituaient une grave entorse à la confiance" mutuelle.

Si les relations entre Merkel et Obama sont professionnelles et empreintes de respect, des tensions se sont également exprimées depuis que l'un et l'autre sont au pouvoir.

Leur première rencontre avait démarré sous de mauvais auspices. Alors qu'il n'était encore que sénateur de l'Illinois, Obama avait souhaité faire une déclaration publique à la porte de Brandebourg lors d'une visite pendant sa campagne électorale de 2008. Merkel l'en avait empêché.

Berlin a ensuite refusé de soutenir l'intervention internationale en Libye et Washington n'a jamais caché son mécontentement concernant la manière dont l'Allemagne a géré la crise de la zone euro.

UNION

Signe de cette distance entre les deux dirigeants, Obama ne s'est rendu en visite officielle en Allemagne que quatre ans et demi après son arrivée à la Maison blanche.

Lors de cette visite au mois de juin et alors que sortaient les premières révélations sur le programme "Prism" d'espionnage mené par la NSA, Obama avait avancé l'argument de la lutte contre le terrorisme.

Il avait expliqué que Washington n'écoutait pas les communications des citoyens ordinaires et le gouvernement allemand avait tenté de passer l'éponge.

Le dernier rebondissement en date va certainement pimenter le Conseil européen réuni ce jeudi et vendredi à Bruxelles, le président François Hollande ayant souhaité que la question soit inscrite à l'ordre du jour. Le président français et la chancelière se verront en tête à tête avant le début du conseil prévu à 17h00.

"Il est important pour l'UE d'apparaître unie face aux Etats-Unis sur cette question", a commenté Wolfgang Bosbach, membre de la CDU de Merkel, pointant du doigt les difficultés des Européens à présenter un front commun face à Washington.

Quant à savoir si les pratiques de la NSA sont de nature à remettre en cause les négociations sur l'accord de libre échange, certains plaident pour le réalisme.

"Je ne pense pas que nous allons améliorer les choses en suspendant les négociations. Il est important de poursuivre les discussions rapidement et de parvenir à un accord", a dit Bosbach.

Thorsten Severin, Sarah Marsh et Noah Barkin; Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français


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