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Tension "assez palpable" avec les groupes armés à Bangui

Reuters09/12/2013 à 00:18

TENSION "ASSEZ PALPABLE" AVEC LES GROUPES ARMÉS À BANGUI

par Emmanuel Braun et Paul-Marin Ngoupana

BANGUI/PARIS (Reuters) - La situation est redevenue globalement calme dimanche à Bangui après des affrontements meurtriers à tendance confessionnelle entre chrétiens et musulmans mais l'armée française dit rencontrer une tension "assez palpable" au contact des groupes armés dans la capitale de la Centrafrique.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que le désarmement des différentes milices débuterait lundi. Il a prévenu que l'armée française pourrait recourir à la force pour contraindre les combattants à rendre leurs armes.

"D'abord on leur demande gentiment et puis s'ils ne répondent pas, on le fait par la force. C'est un mouvement qui va durer longtemps", a déclaré Jean-Yves Le Drian lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, précisant qu'une partie de ces groupes armés avait commencé à se fondre dans la population, créant une "confusion".

Des habitants de Bangui ont encore fait état dimanche de coups de feu sporadiques dans certains quartiers.

D'après le président de la Ligue centrafricaine de défense des droits de l'homme, Joseph Bindoumi, les combattants essentiellement musulmans de la Séléka, qui ont renversé le président François Bozizé en mars, restent actifs dans la capitale.

Le dispositif militaire français en République centrafricaine compte 1.600 hommes, dont 1.200 à Bangui.

"La situation est plus calme mais elle reste (...) tendue", a déclaré à Paris le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l'état-major français. "Ce que l'on constate depuis aujourd'hui c'est une tension assez palpable lorsque nos forces sont au contact de groupes armés", a-t-il ajouté.

APPEL AU DIALOGUE

Dans Bangui, les forces françaises continuent leurs patrouilles sur les grands axes et à pieds dans les quartiers, avec des éléments de la future force africaine Misca, qui compte 2.500 hommes et va voir ses effectifs portés à 6.000 soldats. Des militaires français ont aussi été déployés dans le nord et l'ouest de la Centrafrique, notamment dans les villes de Bossangoa et Bossembélé.

La population chrétienne centrafricaine s'est rassemblée dimanche dans les églises pour pleurer les centaines de victimes des affrontements des derniers jours entre chrétiens et musulmans, qui ont poussé l'armée française à intervenir avec l'aval des Nations unies. Des milliers de fidèles ont ainsi assisté à la messe dans l'église Saint-Paul de Bangui.

"Il nous faut aujourd'hui promouvoir le dialogue interreligieux pour transformer la dynamique de violence et de guerre en une dynamique de paix et de solidarité", a déclaré l'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, au cours de l'office.

Le nouveau chef de l'Etat par intérim, Michel Djotodia, a perdu tout contrôle des milices musulmanes qui se sont attaquées à la population chrétienne, largement majoritaire dans le pays.

Les chrétiens se sont à leur tour organisés en milices d'autodéfense et les violences ont dégénéré jeudi et vendredi.

La Croix-Rouge a dénombré jusqu'ici 394 morts rien qu'à Bangui, selon le président de son antenne locale.

La morgue de l'Hôpital communautaire déborde de cadavres, jusque dans les couloirs de l'établissement, a constaté un journaliste de Reuters.

ABRÉGER LA TRANSITION

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dit avoir commencé dimanche à distribuer des vivres à environ 20.000 personnes.

"La situation est extrêmement préoccupante. Des milliers de personnes ont besoin de nourriture et les hôpitaux sont surchargés", a déclaré Arnaud de Baecque, chef adjoint de la délégation du CICR en République centrafricaine, cité dans un communiqué de son organisation.

A Paris, Laurent Fabius a souligné que le bilan des violences aurait été bien plus lourd si la France n'était pas rapidement intervenue. "Notre rôle est un rôle sécuritaire. Si nous n'étions pas intervenus, les 394 morts auraient pu être 5.000 ou 10.000", a dit le ministre français des Affaires étrangères sur France 3.

Le président Djotodia, qui a annoncé samedi trois jours de deuil national, a déclaré dimanche examiner une demande française consistant à abréger le calendrier de transition et à organiser des élections en 2014 au lieu de 2015.

Dimanche, les soldats français de Sangaris poursuivaient leurs patrouilles dans la capitale, survolée à basse altitude par des hélicoptères militaires.

Un premier hélicoptère français est arrivé à Bossangoa, a rapporté dimanche sur Twitter Peter Bouckaert, directeur des situations d'urgence à Human Rights Watch (HRW). "Cela rassure les populations", a-t-il dit. Trente personnes, dont un soldat de la paix africain, ont été tuées dans cette ville vendredi.

Avec Marion Douet à Paris et Stéphanie Nebehay à Genève; Guy Kerivel et Bertrand Boucey pour le service français

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