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TAUX NEGATIFS (1/2) : Comprendre les taux négatifs

Boursorama20/06/2016 à 16:20

Taux négatifs : comment est-ce possible ?

Depuis la crise de 2008 et suite à un choc que les économies des pays développés n’avaient pas connu depuis la crise des années 30, les banques centrales ont mis en œuvre des politiques monétaires accommodantes. Face à une activité qui reste encore relativement atone, elles expérimentent de nouvelles politiques non conventionnelles. Les banques centrales franchissent une nouvelle étape aujourd’hui en expérimentant de nouveaux outils pour relancer l’activité : le passage aux taux durablement négatifs. Occasionnellement en effet, les taux ont pu passer négatifs. Par exemple aux Etats-Unis dans les années 60 ou en Suisse dans les années 70. Le mouvement est aujourd’hui plus global et plus durable semble-t-il.

Qu’est-ce qu’un taux d’intérêt ?

Le taux d’intérêt est un prix. Le prix auquel un préteur et un emprunteur sont d’accords pour que le premier prête au second. Il existe dans nos économies de nombreux taux d’intérêt. La liste serait longue à détailler ici. Pour simplifier toutefois, on a coutume de les classer en fonction de l’horizon du prêt et la nature de l’emprunteur. Les échéances de ces emprunts peuvent aller  de la journée à 30 ans. Parmi les emprunteurs, on trouve essentiellement les états, les banques et les entreprises. Ces emprunteurs peuvent également être classés selon leur qualité. C’est le rôle des agences de notation d’analyser la capacité de ces emprunteurs à rembourser leurs emprunts et de mettre une note. Les notes vont de « AAA » (meilleure note) dans lesquels on retrouve des Etats ou des grandes entreprises jusqu’à « C » pour les emprunteurs étant passés sous l’analyse des agences de notation.

Le taux d’intérêt sera alors fonction de son horizon d’emprunt ainsi que la qualité perçue de cet emprunteur (notation par exemple). On comprend ainsi la difficulté à décrire l’ensemble des taux d’intérêt dans une économie moderne.

Lorsqu’on évoque le passage au taux d’intérêt négatif, on évoque en particulier à deux groupes de taux d’intérêt. Ceux pratiqués par les banques centrales dans le cadre de l’implémentation de leur politique monétaire et ceux auxquels les états peuvent emprunter. Comme nous le décrivons par la suite, de nombreuses banques centrales ont mis en place des taux négatifs dans l’espoir de relancer l’activité économique, avec des conséquences sur les taux des emprunts d’états eux - mêmes.

Dans quels pays pratique-t-on une politique de taux négatifs ?

Les banques centrales contribuent au financement du système bancaire au travers de différents taux d’intérêt. Aujourd’hui, les banques centrales des pays ou zone suivantes ont délibérément fixé certains de leurs taux à des niveaux négatifs :

  • Zone Euro
  • Suède
  • Suisse
  • Danemark
  • Japon

En zone euro par exemple, Les banques commerciales doivent payer 0.4%/an à la BCE pour leurs dépôts et se financent à 0%. L’objectif étant d’inciter les banques à prêter à l’économie.

Sous l’influence de ces politiques des banques centrales et des conditions économiques, les taux d’intérêt auxquels peuvent emprunter certains états sont aujourd’hui négatifs. Ou dit autrement, le prêteur paye l’emprunteur pour lui prêter de l’argent ! Dans le tableau suivant, nous reprenons l’ensemble des pays du G7 ainsi que la Suisse. Jusqu’à un horizon de 3 ans, la moyenne est négative. A 30 ans, le taux moyen est de seulement 1.4%. 

Taux des principaux emprunts d'Etat. Source : Bloomberg au 14 juin 2016.

Plus généralement, selon JP Morgan, aujourd’hui, près de 25% du stock de dette des états ont une rémunération négative. Cette proportion était proche de 0 début 2014.

Même du côté de la dette privée de bonne qualité, certaines grandes entreprises aujourd’hui voient la rémunération de leur dette passer en territoire négatif. C’est le cas par exemple de Nestlé et EDF. Au total, en zone Euro, c’est 15% du stock de dette des entreprises privées qui offre un rendement négatif.

Comment des taux de marché peuvent – ils devenir négatifs ?

Si la banque centrale pilote le taux au jour le jour, elle ne peut en revanche pas fixer le prix d’obligations échangées sur un marché libre. Par quels mécanismes influence-t-elle les taux de marchés ? Qui achète ces obligations à taux négatifs ?

On serait en effet tenté de penser que personne ne se précipiterait pour investir dans un placement dans lequel vous êtes certain de perdre de l’argent.  Ou dit autrement, payer pour prêter de l’argent. Ce qui n’est pas naturel pour de nombreux investisseurs. Sous cette hypothèse, les marchés ne pourraient produire naturellement des taux négatifs puisque la demande serait nulle à ces niveaux de taux. Imaginer demain que votre banque vous paye tous les mois parce qu’elle vous a prêté de l’argent pour acheter un bien immobilier. Situation cocasse !

Les choses ne sont pas aussi simples toutefois. S’arrêter sur ce simple taux de rémunération n’est pas suffisant. Prenons quelques exemples pour mieux comprendre comment des taux négatifs peuvent apparaitre sur les marchés :

  • Dans un environnement de taux d’inflation négatif (déflation), détenir une obligation ayant un rendement nul voire négatif est un bon choix. Votre rémunération corrigée de l’inflation (rendement réel) sera positive. Paradoxalement, vous serez satisfait d’avoir perdu de l’argent (rendement négatif) mais de voir votre pouvoir d’achat progresser (rendement réel positif).
  • Ensuite, si vous êtes convaincus que la banque centrale va fixer durablement ses taux à un niveau négatif, acheter des obligations ayant une rémunération supérieure à celui que fixera la banque centrale est également un bon placement. Vous ferez mieux que le taux de la banque centrale.
  • Dernier exemple : si vous avez peur de l’avenir et souhaitez placer vos capitaux. Vous pouvez louer un coffre-fort et assurer évidemment ces capitaux. Ce n’est pas une solution commode toutefois pour des capitaux importants. Ou bien, vous pouvez accepter d’investir dans une obligation offrant une rémunération négative mais perçue comme sûre et liquide…après tout la première solution n’est pas gratuite non plus.

Ce ne sont que quelques exemples pouvant justifier l’achat d’obligations offrant une rémunération négative. Ce qui à première vue peut paraitre aberrant s’avère raisonnable voire même lucratif dans le contexte d’une inflation faible, d’une croissance atone et d’une aversion au risque élevée. 

 

Voir la suite de l'article de Jacques Tebeka : Qui achètent des obligations à taux négatifs et quelles conséquences ?

Jacques Tebeka - Directeur Général de Markus AM

Markus AM est une société de gestion indépendante basée à Paris et agréée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le numéro GP13000032. Une expertise en allocation d’actifs déclinée en produits diversifiés à forte valeur ajoutée.

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