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Taubira met la pression contre la déchéance de nationalité

Reuters01/02/2016 à 12:18

CHRISTIANE TAUBIRA MET LA PRESSION CONTRE LA DÉCHÉANCE DE NATIONALITÉ

PARIS (Reuters) - Christiane Taubira met la pression sur l'exécutif en publiant lundi un livre-réquisitoire préparé dans le plus grand secret contre la déchéance de nationalité, notamment pour terrorisme, à quatre jours du début du débat à l'Assemblée nationale.

Moins d'une semaine après avoir démissionné du gouvernement, l'ex-ministre de la Justice affirme dans cet essai, intitulé "Murmures à la jeunesse", son désaccord majeur sur cette question avec François Hollande et Manuel Valls.

Après avoir annoncé la suppression de la référence aux binationaux, le gouvernement a fait un nouveau geste en précisant dans un avant-projet de loi que la déchéance de nationalité sera à l'avenir prononcée par un juge et non prise par décret, comme c'est le cas actuellement.

Mais dans son livre, Christiane Taubira s'oppose, comme une grande partie de la gauche, à une telle mesure, jugeant que "céder à la coulée d'angoisse et se laisser entraîner, au lieu d'endiguer, signe la fin du Politique et de la politique".

Seul François Hollande a pu lire dès le 22 janvier la prose de celle qui était alors encore sa ministre, dit Le Monde.

Christiane Taubira, qui s'est rendue aux Etats-Unis après sa démission, y a affirmé qu'elle resterait "loyale" au chef de l'Etat et a exclu de participer à une éventuelle primaire, alors qu'elle est courtisée de toutes parts à gauche.

En 2002, sa candidature avait contribué à éliminer le candidat socialiste Lionel Jospin du second tour au profit de Jean-Marie Le Pen, qui sera battu par Jean-Marie Le Pen.

Fidèle à son franc-parler, l'ex-garde des Sceaux n'en tacle pas moins dans son livre "l’inefficacité" de la déchéance en raison de ses "effets nuls en matière de dissuasion".

"FAUDRAIT-IL IMAGINER UNE TERRE DÉCHETTERIE ?"

Elle s'oppose plus fondamentalement à l'enjeu symbolique. "Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés."

"Qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels visés, d’être binationaux, rien d’autre", ajoute-t-elle.

Christiane Taubira expose également son désaccord avec le Premier ministre Manuel Valls, qui a dit qu'"expliquer le djihadisme, c'est déjà vouloir un peu excuser".

"Oui, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au monde. Que les cris des tyranneaux de la pensée cessent de tétaniser nos esprits", écrit l'icône de la gauche.

La déchéance de nationalité pour terrorisme sera une peine complémentaire qui sera prononcée par un juge judiciaire, selon le projet du gouvernement.

Cette peine pourra être prononcée non seulement pour crimes constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte terroriste mais aussi, comme le voulait l'opposition de droite, pour les délits d'atteinte aux intérêts fondamentaux ou relevant du terrorisme punis d'au moins 10 ans de prison.

Le texte prévoit qu'une telle sanction ne pourra pas être prise si elle a pour résultat de rendre apatride la personne condamnée, ce qui la limite de facto aux binationaux.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans les principales villes de France pour dénoncer le projet de déchéance de nationalité et l'état d'urgence.

Annoncé dès le soir des attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts, cette mesure avait été prolongé à une écrasante majorité pour trois mois le 26 novembre par le Parlement.

Mais sa nouvelle prolongation, jusqu’à fin mai, qui sera débattue et votée le 9 février au Sénat, puis le 16 février à l’Assemblée nationale, est plus vivement contestée.

(Gérard Bon, avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

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