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SYNTHESE-La tension ne retombe pas entre les Pays-Bas et la Turquie

Reuters 12/03/2017 à 18:27
    * Erdogan prévient les Néerlandais qu'ils devront "payer le 
prix" de leurs décisions 
    * En meeting en Moselle, son chef de la diplomatie affirme 
que les Pays-Bas sont la "capitale du fascisme" 
    * La controverse s'invite dans la campagne présidentielle en 
France 
 
    ISTANBUL/AMSTERDAM, 12 mars (Reuters) - La tension n'est pas 
retombée dimanche entre la Turquie et les Pays-Bas, Ankara ne 
décolérant après que deux de ses ministres ont été refoulés du 
territoire néerlandais où ils devaient mener campagne auprès de 
la diaspora turque en vue du référendum du 16 avril prochain. 
    En France, où le chef de la diplomatie turque, Mevlut 
Cavusoglu, a pris la parole ce dimanche lors d'un rassemblement 
organisé à Metz, l'affaire a pris une tournure politique, 
François Fillon dénonçant une "rupture de la solidarité 
européenne" tandis que le Front national jugeait "scandaleux" la 
tenue de "discours communautaristes".  
    Invoquant ces "attaques rhétoriques portées par la Turquie" 
contre son partenaire européen néerlandais, le Premier ministre 
danois, Lars Løkke Rasmussen, a proposé pour sa part que la 
visite prévue ce mois-ci de son homologue turc Binali Yildirim 
soit différée. 
    Les Pays-Bas ne sont pas le premier pays européen à avoir 
annulé des réunions politiques à laquelle devaient participer 
des ministres turcs en campagne pour le "oui" à la réforme de la 
constitution, qui vise à renforcer les pouvoirs présidentiels. 
    Mais à l'approche des élections législatives de mercredi 
prochain, où le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, 
islamophobe et anti-immigration, devrait progresser au terme 
d'une campagne qui a surtout tourné autour de ces thèmes de 
prédilection, les autorités néerlandaises ont refoulé samedi 
deux ministres turcs. 
    En fin de matinée d'abord, l'avion qui transportait Mevlut 
Cavusoglu s'est vu interdit d'atterrissage à Rotterdam. Dans la 
soirée, la police néerlandaise a raccompagné la ministre de la 
Famille, Fatma Betul Sayan Kaya, à la frontière allemande après 
l'avoir empêchée d'entrer dans le bâtiment du consulat de 
Turquie à Rotterdam et l'avoir déclarée indésirable sur le 
territoire néerlandais.  
     
    "LE NAZISME EST ENCORE TRÈS RÉPANDU EN OCCIDENT" 
    Dans la nuit, la police néerlandaise a utilisé des chiens et 
des canons à eau pour disperser plusieurs centaines de 
manifestants qui s'étaient rassemblés devant le consulat de 
Rotterdam et plusieurs personnes ont été frappées à coups de 
matraque par les forces de l'ordre.   
    Dans le même temps, les autorités turques ont fait fermer 
l'ambassade des Pays-Bas à Ankara et le consulat à Istanbul 
devant lesquelles des centaines de manifestants s'étaient 
également réunis. 
    "Ils auront naturellement à en payer le prix et aussi à 
apprendre ce qu'est la diplomatie", a prévenu dimanche le 
président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul. "Je pensais que 
le nazisme était mort, mais j'avais tort. Le nazisme est encore 
très répandu en Occident. L'Occident a montré son vrai visage", 
a-t-il poursuivi.     
    Dans l'après-midi, le président turc, qui mène campagne pour 
le "oui", a poursuivi ses attaques, réclamant que des 
organisations internationales imposent des sanctions aux 
Pays-Bas qui se comportent, a-t-il dit, en "république 
bananière" et déplorant le silence des pays européens face au 
traitement réservé à ses deux ministres. 
    A Metz, où il a réclamé des excuses de la part des autorités 
néerlandaises, son ministre des Affaires étrangères a accusé les 
Pays-Bas d'être "la capitale du fascisme". 
    Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui appelait 
dans la matinée à l'apaisement, a souligné après coup que les 
"propos incendiaires" d'Erdogan et ses comparaisons avec le 
nazisme ne contribueraient pas à une désescalade. 
    "Nous avons abouti à une situation absolument sans précédent 
dans laquelle un allié membre de l'Otan avec lequel nous 
entretenons des liens historiques et des relations commerciales 
fortes agit d'une manière totalement inacceptable et 
irresponsable", a-t-il dit à la presse. 
     
    LA FRANCE RATTRAPÉE PAR LA CONTROVERSE 
    Le week-end dernier avait vu une polémique similaire se 
développer entre la Turquie et l'Allemagne, où la communauté 
turque compte trois millions de personnes. Au président Erdogan 
déroulant déjà la comparaison avec la période nazie, la 
chancelière Angela Merkel avait vivement répliqué, fustigeant 
des analogies "indignes des relations étroites entre l'Allemagne 
et la Turquie et de nos peuples". 
    En France, Jean-Marc Ayrault a appelé à l'apaisement et 
invité la Turquie à éviter les "excès et les provocations". 
   
    Mais dans le climat tendu de la campagne présidentielle, le 
gouvernement français s'est retrouvé pris dans une polémique 
pour avoir autorisé le meeting de Metz. 
    François Fillon a ainsi accusé François Hollande d'avoir 
rompu "de manière flagrante" la solidarité européenne. Le Front 
national a estimé lui qu'il était "scandaleux" d'autoriser la 
tenue de "discours communautaristes" incompatibles avec les 
valeurs de la République tandis qu'Europe-Ecologie-Les Verts 
(EELV) estimait que l'accueil de ce meeting rendait la France 
"témoin et caution" du "grave glissement autoritaire" que 
connaît la Turquie.   
    Les relations entre Ankara et ses partenaires européens se 
sont dégradées à la suite des purges mises en oeuvre depuis la 
tentative de putsch de l'été dernier. 
    La Turquie soupçonne les Européens de chercher à favoriser 
une victoire du "non" au référendum du 16 avril, une issue qui 
serait un revers cuisant pour le président turc.     
 
 (Tuvan Gumrukcu et Yesim Dikmen à Istanbul et Toby Sterling et 
Anthony Deutsch à Amsterdam avec Noémie Olive à Metz et Marine 
Pennetier à Paris; Julie Carriat, Pierre Sérisier et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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