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Syndicats sur leur faim, patronat impatient après avoir vu Valls

Reuters11/04/2014 à 21:17

LES SYNDICATS SUR LEUR FAIM APRÈS UN PREMIER CONTACT AVEC MANUEL VALLS

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le patronat a demandé vendredi à Manuel Valls une accélération de la mise en oeuvre des baisses de charges et d'impôts pour les entreprises lors d'un premier contact avec le nouveau chef du gouvernement à l'issue duquel les syndicats sont restés sur leur faim.

Trois jours après son discours de politique générale, le Premier ministre a reçu successivement cinq centrales syndicales et trois organisations patronales avec les ministres du Travail, de l'Economie et de la Fonction publique.

Les secondes se sont montrées les plus positives. Mais le Medef, la CGPME et l'Union professionnelle artisanale (UPA) ont insisté sur l'urgence de la situation pour les entreprises.

Le président du Medef s'est dit prêt à jouer le jeu du pacte de responsabilité, qui prévoit, en échange d'investissements et d'embauches, plus de 38 milliards d'euros bruts de baisses de cotisations et d'impôts sur les entreprises en trois ans, dont les 20 milliards du crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice).

Mais "cette trajectoire n'est pas suffisamment rapide, il faut accélérer la baisse des impôts et des taxes", a estimé Pierre Gattaz. Il a en outre demandé que les mesures décidées par Manuel Valls dans le cadre du pacte soient "impérativement" transcrites dans la loi avant l'été.

Hormis le Cice, déjà opérationnel, les baisses de charges et d'impôts sont essentiellement prévues à partir de 2015 et 2016.

S'il estime que le pacte "va dans le bon sens", le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, a jugé trop lointain l'horizon de 2020 fixé par Manuel Valls pour l'abaissement du taux nominal de l'impôt sur les sociétés (IS) à 28% au lieu de 33,3%.

Il a souhaité qu'une étape intermédiaire "de l'ordre de 30%" en 2016 soit annoncée "très rapidement".

INQUIÉTUDES SYNDICALES

"C'est immédiatement qu'il faut que des mesures soient prises, avec un budget rectificatif éventuellement", a renchéri le président de l'UPA, Jean-Pierre Crouzet.

Il a en revanche assuré que son organisation soutenait la réforme territoriale promise par Manuel Valls, les entreprises participant au financement des collectivités locales.

Du côté syndical, la CFDT, qui a signé avec la CFTC et le patronat un accord sur des négociations dans les branches sur les contreparties du pacte en matière d'emploi, s'est une nouvelle fois montrée la plus allante.

Mais son secrétaire général, Laurent Berger, n'en a pas moins exprimé des inquiétudes sur plusieurs points, dont la réduction des cotisations sociales patronales et salariales au coeur du pacte de responsabilité.

"Il ne faut pas perpétuer les effets de trappes à bas salaires et s'enfermer dans une économie low cost", a-t-il déclaré, selon le texte de son intervention.

Le président de la CFTC, Philippe Louis, s'est pour sa part dit frustré par la lenteur du processus.

"Quand des négociations s'engagent, on est plus sur le maintien d'emplois que sur la création d'emplois", a-t-il dit. "On a demandé au Premier ministre de raisonner le patronat."

Les secrétaires généraux de la CGT et Force ouvrière (FO), Thierry Lepaon et Jean-Claude Mailly, ont redit leur hostilité au pacte de responsabilité et se sont montrés inquiets de l'avenir du financement de la protection sociale.

Selon Jean-Claude Mailly, le gouvernement envisage de baisser les cotisations patronales pour les accidents du travail et maladies professionnelles, ainsi que les cotisations retraite des salariés modestes.

MOBILISATION

L'entourage du Premier ministre a fait savoir que ces exonérations "n'auraient aucune incidence sur les droits à la retraite des salariés" et seraient compensées par l'Etat.

Pour Jean-Claude Mailly, ce n'est pas seulement la logique du pacte que conteste FO, mais "c'est aussi des risques sérieux sur les prestations sociales."

Il a annoncé que son organisation ne participerait pas à la conférence sociale annoncée par Manuel Valls pour le début de l'été si c'était spécifiquement une réunion sur le pacte.

FO et la CGT veulent mettre l'emploi, les salaires, les services publics et la protection sociale à son ordre du jour.

Thierry Lepaon a brandi la menace d'une mobilisation dans la rue, en particulier pour exiger des négociations salariales.

"Il faut que les salariés fassent irruption sur le terrain social", a-t-il dit. "Ils auront l'occasion de le faire le 1er mai mais aussi dans plusieurs journées interprofessionnelles et professionnelles que nous allons organiser."

La présidente de la CFE CGC a pour sa part insisté sur le sort des classes moyennes, que le syndicat de l'encadrement juge insuffisamment prises en considération.

"Nous avons insisté sur le fait qu'il ne fallait pas aller uniquement sur des mesures en faveur des bas salaires, parce que c'est tirer tout le monde vers le bas", a dit Carole Couvert.

"L'encadrement, les classes moyennes ne sont pas la variable d'ajustement de l'ensemble des réformes à venir", a-t-elle fait valoir. "Nous jugerons sur les faits."

Un des défis du nouveau Premier ministre est de relancer l'emploi et l'investissement en France tout en réduisant les dépenses publiques de 50 milliards d'euros en trois ans.

Selon ses interlocuteurs, il n'a pas précisé la façon dont il compte s'y prendre pour atteindre cet objectif fixé par François Hollande. "Malheureusement, nous en sommes encore au questionnement", a ainsi dit Thierry Lepaon.

(Avec Elizabeth Pineau, édité par Marine Pennetier)

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