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Sur l'Ukraine, l'Ouest diverge sur ce qu'il faut dire à Poutine

Reuters07/02/2015 à 18:59

SUR L'UKRAINE, L'OUEST DIVERGE SUR CE QU'IL FAUT DIRE À POUTINE

par Stephen Brown et Noah Barkin

MUNICH (Reuters) - Angela Merkel a prévenu samedi qu'une éventuelle livraison d'armes à l'Ukraine n'y réglerait pas la crise, provoquant les vives critiques d'un éminent sénateur américain qui a accusé Berlin de tourner le dos à ses alliés.

L'échange s'est produit à Munich où se tenait une conférence internationale sur la sécurité qui a mis en exergue l'apparente absence de consensus chez les Occidentaux.

La dernière offensive en date des rebelles pro-russes dans l'est de l'Ukraine a déclenché un nouveau ballet diplomatique cette semaine, incitant Angela Merkel et François Hollande à se rendre jeudi et vendredi à Kiev puis à Moscou pour tenter de convaincre Vladimir Poutine de conclure un accord de paix.

De nombreux représentants occidentaux doutent toutefois que le président russe veuille négocier dès à présent et ils pensent qu'il préfère sans doute attendre et observer les séparatistes continuer de gagner du terrain en Ukraine, au mépris du protocole de Minsk signé en septembre qui prévoyait un gel du front.

A Munich, le président ukrainien, Petro Porochenko, a une fois de plus réclamé un soutien politique, économique, mais aussi militaire de la part de ses alliés, faute de quoi la question ukrainienne ne sera jamais réglée.

MOUVEMENTS DE TROUPES

L'armée ukrainienne rapporte que des séparatistes pro-russes ont amplifié le bombardement des forces régulières et 0massaient des troupes apparemment pour s'attaquer aux villes de Marioupol et Debaltseve.

Angela Merkel a admis qu'elle n'avait aucune certitude quant aux chances de succès du plan franco-allemand présenté à Kiev et Moscou. La chancelière allemande a toutefois catégoriquement rejeté l'idée selon laquelle l'envoi d'armes à Kiev, auquel on commence à songer à Washington, soit de nature à résoudre le conflit.

"Je comprends ce débat, mais je crois qu'un surcroît d'armes ne conduira pas aux avancées dont l'Ukraine a besoin. J'en doute fort", a-t-elle dit à Munich.

"C'est un fait qu'il (le conflit ukrainien) ne peut pas être résolu militairement, aussi je pense que nous devrions concentrer nos efforts sur d'autres aspects. Il y a déjà une grande quantité d'armes dans la région et je ne crois pas que cela rende plus plausible une solution militaire", a poursuivi la chancelière.

S'exprimant après elle, le sénateur américain Lyndsey Graham, un républicain présenté comme un "faucon", a remercié Angela Merkel pour les efforts qu'elle a déployés tout en esdtimant qu'il était temps qu'elle réalise la portée de ce qu'il a qualifié d'agression de Moscou.

"En fin de compte, je dis à nos amis européens que cela ne fonctionne pas. Vous pouvez aller à Moscou et y rester aussi longtemps que vous le voudrez. Il faut réagir face à ces mensonges et à ce danger", a-t-il déclaré.

Il a ensuite accusé la chancelière de tourner le tos à une démocratie qui lutte pour sa survie en rejetant les demandes d'armes présentées par Kiev.

DERNIÈRE CHANCE

Egalement présent à Munich, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dit, lui, avoir de bonnes raisons d'être optimiste après les discussions entre Angela Merkel, François Hollande et Vladimir Poutine.

Il a toutefois fustigé l'attitude des occidentaux, les accusant d'avoir soutenu un coup d'Etat responsable de la chute de Viktor Ianoukovitch et de fermer les yeux sur les agissements des nationalistes qui ont selon lui entrepris un nettoyage ethnique dans l'est de l'Ukraine.

"Il y a de plus de plus de voix qui s'élèvent à l'Ouest pour soutenir la politique de militarisation de Kiev, de remplir l'Ukraine d'armes létales et de la faire rentrer dans l'Otan", a-t-il dit. "Cette attitude n'aura d'autre conséquence que d'accentuer la tragédie ukrainienne."

A Tulle, en Corrèze, François Hollande a estimé que l'initiative qu'il a défendue avec Angela Merkel vendredi à Moscou représentait une des dernières chances pour la paix en Ukraine.

"Nous faisons tout avec la chancelière pour qu'il y ait un accord. Mais pour qu'il y ait un accord, il faut que les acteurs eux mêmes l'admettent, le veulent. Ils le cherchent. A nous de les mener vers la conclusion (...)", a dit le président français.

"C'est une des dernières chances", a prévenu François Hollande. "Si nous ne parvenons pas à trouver, non pas un compromis, mais un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario. Il a un nom, il s'appelle la guerre".

Autre signe témoignant des divergences dans l'approche occidentale vis-à-vis de la Russie, le commandant en chef de l'Otan, le général Philip Breedlove, également présent à Munich, a jugé que l'Occident ne devait pas exclure une option militaire en Ukraine, sous la forme de livraisons d'armes et de matériel.

"Je ne pense pas que nous devions écarter l'option militaire", a-t-il dit à un groupe de journalistes, en réponse à la question de savoir s'il était partisan de la livraison d'armes défensives à l'armée ukrainienne.

(Nicolas Delame pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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