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Schiappa trouve "choquant" le texte signé par Deneuve

Reuters10/01/2018 à 16:06

SCHIAPPA TROUVE "CHOQUANT" LE TEXTE SIGNÉ PAR DENEUVE

PARIS (Reuters) - La secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, s'est dite choquée mercredi par des arguments avancés par Catherine Deneuve et 99 autres signataires d'une tribune défendant la "liberté d'importuner".

Ce texte, publié mardi par Le Monde pour dénoncer le "puritanisme" et la "haine des hommes" apparus dans le sillage du scandale Harvey Weinstein, le très influent producteur américain accusé d'agressions et d'abus sexuels par plusieurs actrices, a immédiatement nourri une polémique.

"Il y a des réflexions qui ne sont pas inintéressantes (...). Il y a aussi des choses profondément choquantes voire fausses", a dit Marlène Schiappa sur France culture.

Les signataires défendent la "liberté d'importuner, indispensable à la liberté sexuelle" et estiment qu'il ne faut pas "confondre drague maladroite et agression sexuelle".

"Une femme peut dans la même journée diriger une équipe professionnelle et jouir d'être l'objet sexuel d'un homme", ajoutent-elles. "Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d'un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro".

Les signataires considèrent que la multiplication des témoignages sur les réseaux sociaux sous le "hashtag" #MeToo et #Balancetonporc sont des "campagnes de délation".

Elles évoquent "des hommes sanctionnés dans leur métier, contraints à la démission alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parler de choses 'intimes' lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque".

Pour Marlène Schiappa, certains arguments relèvent du "fantasme". "Dire comme c'est écrit dans cette tribune que des hommes ont été renvoyés pour avoir touché le genou d'une femme, c'est faux, où alors s'il y en a un, qu'on me le présente."

UN DISCOURS "DANGEREUX"

Elle précise bien que "frotter un sexe d'homme contre une femme dans le métro sans son opinion, c'est une agression sexuelle" assortie d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et 75.000 euros d'amende.

"On a déjà du mal à dire aux jeunes filles qu'elles n'ont pas à éprouver de la honte et qu'elles ne sont pas coupables de cela, donc je pense que c'est dangereux de tenir ce discours", a dit la secrétaire d'Etat.

Marlène Schiappa trouve cependant intéressante l'idée qu'une femme a le droit de vouloir ne pas être considérée comme une "victime à vie" après une agression sexuelle.

Pour la ministre des transports, Elisabeth Borne, les signataires n'ont peut-être pas bien perçu "ce que beaucoup de femmes peuvent vivre au travail".

"Dans les transports, c'est un sujet qui nous préoccupe et sur lequel on va essayer aussi de trouver des réponses", a-t-elle dit sur France 2.

Une trentaine de féministes ont répondu à la tribune en publiant leur propre texte.

"Cette tribune, c'est un peu le collègue gênant ou l'oncle fatiguant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer", ont-elles écrit sur le site de franceinfo.

Une de ses signataires, Caroline de Haas, a déclaré sur CNews que les arguments employés visaient à "banaliser les violences et mettre un voile sur la réalité de la société" qui est encore "extrêmement violente à l'encontre des femmes".

"Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n'y arriveront pas."

Selon une étude de l'Ifop pour le Défenseur des droits rendue publique en 2015, une femme active sur cinq en France affirmait avoir été confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle.

Une enquête Odoxa pour franceinfo et Le Figaro publiée en octobre montrait que plus d'une femme sur deux (53%) avait déjà été victime d'agression sexuelle ou de harcèlement.

(Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse)

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