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Sarkozy oppose son projet à la "pochette surprise" de Hollande

Reuters05/04/2012 à 23:34

NICOLAS SARKOZY OPPOSE SON PROJET À LA "POCHETTE SURPRISE" DE FRANÇOIS HOLLANDE

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a opposé jeudi son projet pour le prochain quinquennat, dans lequel il multiplie les engagements chiffrés en gage de sérieux, à la "pochette surprise" pleine de "cadeaux" de son adversaire socialiste François Hollande.

A 17 jours du premier tour de l'élection présidentielle, le chef de l'Etat présentait à la presse une synthèse de ses propositions et une lettre "au peuple français" qui sera distribuée à six millions d'exemplaires et par internet.

Engagé dans une bataille de crédibilité contre François Hollande, que les sondages donnent toujours vainqueur au second tour mais avec une marge de plus en plus faible, Nicolas Sarkozy a raillé l'agenda présenté la veille par le candidat socialiste pour les premiers mois du quinquennat.

"Je suis toujours stupéfait que les candidats viennent en disant : 'voilà ce que je ferai la première année'. Ah bon, et la seconde, c'est la pochette surprise ?" a-t-il ironisé. "Si je suis candidat ce n'est pas pour exercer pendant un an."

"En vérité, il (François Hollande) a dit surtout ce qu'il ferait avant les législatives : plein de cadeaux, plein de dépenses, on dit non à personne, on endort tout le monde et puis le réveil c'est pour la deuxième année".

"Personne ne sait" comment les "dépenses nouvelles" annoncées par le candidat socialiste seront financées, a-t-il insisté.

François Hollande, en déplacement à Nîmes (Gard), lui a répliqué en estimant que son projet, c'était "son bilan en pire".

"Toutes les mesures qu'il a égrenées, nous les connaissions déjà. C'est son bilan en pire. Ce qui devrait s'y trouver n'y est pas - la stimulation de la croissance, la lutte contre la finance - et ce qui s'y trouve ne devrait pas y être", a-t-il dit à des journalistes.

"C'est-à-dire le démantèlement du droit de travail avec ces accords compétitivité-emploi, la mise en cause d'un certain nombre de droits fondamentaux pour la protection sociale et puis les attaques contre les collectivités locales, jugées trop dépensières, et l'austérité comme seule perspective", a-t-il dit.

Le président sortant a assuré que ses propres propositions s'organisaient autour d'un "objectif absolument impératif", le retour à l'équilibre des finances publiques en 2016. Il a même promis un léger excédent de 0,5% du PIB en 2017, le premier depuis 1974.

"EXPÉRIENCE"

Nicolas Sarkozy a réaffirmé que le retour à l'équilibre en 2016 supposait 75 milliards d'euros d'économies, dont 39 milliards "sécurisées" par des réformes déjà mises en oeuvre comme celle des retraites ou la réduction du nombre de fonctionnaires, et 40 milliards de recettes en plus, dont 32 milliards déjà votées.

Il reste au total 44 milliards d'euros à trouver, auxquels s'ajoute le coût des mesures annoncées par le chef de l'Etat sortant depuis le début de la campagne, évalué à 9,5 milliards d'euros selon un document remis à la presse.

Nicolas Sarkozy prévoit de financer ces 53,5 milliards d'euros à 75% par des économies (40 milliards d'euros) et à 25% par des recettes nouvelles (13,5 milliards), détaillées dans le même document.

Il a promis de faire voter dès l'été prochain, s'il est réélu, la règle d'or sur l'équilibre des finances publiques prévue par le nouveau pacte budgétaire européen, n'annonçant que deux propositions nouvelles - réforme du permis de conduire et avancement au premier du mois du paiement des retraites.

Le président-candidat a surtout vanté sa "grande expérience" de la gestion des crises acquise ces dernières années pour mieux critiquer, en creux, l'inexpérience qu'il prête systématiquement à François Hollande, qui n'a jamais été ministre.

L'OUVERTURE POURSUIVIE

Le chef de l'Etat sortant a laissé entendre qu'il pourrait nommer un Premier ministre qui n'aurait "pas forcément la même couleur politique" que lui.

"Est-ce que, dans le contexte de la France, après quatre années de crise, avec les choix structurants qu'on a à faire, est-ce que le rôle du président, le devoir du président est de construire le rassemblement le plus large ? La réponse est oui. Un président doit s'ouvrir", a-t-il expliqué.

Il a en revanche jugé "grotesques" et "choquantes" les ambitions prêtées aux socialistes en ce qui concerne la répartition future des postes de l'exécutif, dans l'hypothèse d'une victoire de François Hollande.

Comme le président socialiste François Mitterrand en 1988, à l'orée d'une élection présidentielle qui lui a permis d'exercer un second mandat, Nicolas Sarkozy a choisi d'adresser une "lettre au peuple français" plutôt que de publier un livre, dont la préparation était pourtant très avancée.

"Après tout, ça ne lui a pas si mal réussi, cette lettre aux Français", a déclaré le chef de l'Etat, qui s'est offert le luxe d'encenser François Mitterrand, dont François Hollande revendique l'héritage.

"Est-ce que François Mitterrand est un grand homme de la Ve République ?", a-t-il demandé. "Je crois qu'on peut le dire."

Il a enfin dit sentir une "vague" se lever en France et a invité "tous ceux qui se retrouvent" dans son projet à se rassembler le 15 avril sur la place de la Concorde, à Paris, au moment où François Hollande tiendra meeting sur l'esplanade du Château de Vincennes, à quelques kilomètres à vol d'oiseau.

Avec Sophie Louet et Patrick Vignal

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