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RPT-La menace d'un "Brexit" inquiète Paris

Reuters06/05/2015 à 14:04

(Mot manquant au 5e paragraphe) * Le scénario d'un "Brexit" incertain mais crédible * Le Royaume-Uni en retrait dans l'UE mais déterminant * Son départ déséquilibrerait l'Europe par Emmanuel Jarry PARIS, 6 mai (Reuters) - Le Royaume-Uni a beau être aux marges de la construction européenne, la perspective d'un référendum sur son appartenance à l'UE, promis par David Cameron s'il gagne les élections législatives de jeudi, inquiète les dirigeants français. La montée de l'euroscepticisme dans l'opinion britannique rend crédible le scénario d'un "Brexit" ("British exit"), même si le Premier ministre conservateur dit vouloir faire campagne pour le maintien dans l'UE en échange d'aménagements. "En France, ce serait pour beaucoup de gens 'bon débarras' et puis, tout de suite après, houlala !" résume Alain Dauvergne, un analyste de l'institut Jacques Delors. "Les Anglais, c'est du poil à gratter. C'est vrai qu'ils sont enquiquinants", ajoute-t-il. "Mais ils sont très importants pour l'existence internationale de l'UE et son équilibre." On en convient au plus haut niveau politique français : s'ils sortent de l'UE, "ce sera très mauvais pour eux et pour nous." Paris redoute une crise de l'UE au moment où elle a besoin de cohésion face aux risques économiques et terroristes. Paris et Berlin sont prêts à examiner des demandes des dirigeants britanniques si cela leur permet de "plaider le maintien dans l'Europe", dit-on de source gouvernementale. Mais pas si cela entraîne une révision des traités européens ou donne un avantage spécifique au Royaume-Uni. "Il y aura un accord franco-allemand sur ce point", dit-on de même source, tout en admettant l'existence de sensibilités différentes de part et d'autre du Rhin. "En France, il y a un intérêt raisonné à ce que le Royaume-Uni reste dans l'UE mais il y aura sans doute un débat mitigé. En Allemagne, la très grande majorité est prête à aller le plus loin possible pour que le Royaume-Uni reste." RETRAIT BRITANNIQUE S'il a gardé un pouvoir de nuisance, notamment lors des discussions budgétaires, le Royaume-Uni, qui n'est pas dans la zone euro et ne participe que partiellement à l'espace Schengen de libre circulation, a paru ces dernières années en retrait. Depuis leur intervention militaire en Libye aux côtés de la France en 2011, les Britanniques ont aussi levé le pied dans ce domaine, laissant Paris intervenir seul en Afrique. Charles Grant, directeur du Centre pour les réformes européennes (CER), un think tank britannique pro-européen, diagnostique un "syndrome du Vietnam" après les interventions du Royaume-Uni en Irak et en Afghanistan. Alors, à quoi sert la Grande-Bretagne et son départ de l'UE serait-il vraiment catastrophique ? "On aime bien penser pis que pendre des Anglais, qui nous le rendent bien. Mais le bon sens et le sens du long terme veulent qu'on soit plutôt assez catastrophé", répond Alain Dauvergne. Pour Charles Grant, "il est bon d'avoir les Britanniques dans l'UE parce qu'ils ont presque inventé le marché unique. Sans eux, vous auriez moins de marché et moins de commerce." L'UE serait amputée de la cinquième puissance économique mondiale mais aussi d'un des meilleurs réseaux diplomatiques au monde, appuyé sur les seules armées de l'UE vraiment capables d'intervenir à l'extérieur avec celles de la France. "Vous auriez moins de politique étrangère et moins de défense", souligne Charles Grant, selon qui l'idée de défense européenne aurait définitivement du plomb dans l'aile. Le Royaume-Uni, seule autre puissance nucléaire de l'UE avec la France, est comme la France un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Si l'UE n'a plus qu'un siège, elle aura moins d'influence, estime le directeur du CER. ÉQUILIBRE FRANCO-ALLEMAND "En termes d'image et de représentation dans les pays tiers, ce serait probablement très négatif, aussi bien en Asie qu'en Amérique latine ou aux Etats-Unis, où on verra ça comme un affaiblissement de l'Europe", confirme Alain Dauvergne. La relation privilégiée des Britanniques avec les Etats-Unis, qui se tournent de plus en plus vers l'Allemagne pour l'économie et la France pour le militaire, s'est affaiblie. "Mais ce sont souvent les Britanniques qui expliquent aux Américains comment marche l'Europe et aux Européens comment marchent les Etats-Unis", fait encore valoir Charles Grant. Enfin, l'équilibre des rapports dans l'UE, en particulier entre la France et l'Allemagne, risquerait d'en être fortement modifié, estiment les analystes interrogés par Reuters. "La France veut-elle vraiment que le Royaume-Uni quitte l'UE avec pour conséquence un renforcement du pouvoir de l'Allemagne vis-à-vis des autres pays ?" demande le directeur du CER. Paradoxalement, en l'absence du contrepoids britannique, "le tête-à-tête franco-allemand serait probablement un peu plus compliqué", renchérit Alain Dauvergne, selon qui Berlin pourrait être tenté d'aller voir ailleurs, par exemple en Pologne. Le Royaume-Uni a aussi beaucoup à perdre, notamment un accès moindre au marché intérieur européen et aux accords commerciaux communautaires, sans droit de regard ou moyen de pression, avec le risque de voir un certain nombre d'activivités et de sièges de sociétés fuir Londres pour s'installer sur le continent. "A la fin, c'est sans doute le Royaume-Uni qui perdra le plus", estime-t-on de source gouvernementale française. Le sentiment à Paris est que David Cameron en est conscient mais juge nécessaire de "purger" le débat par un référendum. Pour Charles Grant, l'argument économique est le meilleur à opposer aux Britanniques favorables à une sortie de l'UE mais il est compliqué à expliquer : "Nous manquons d'arguments simples." Une victoire travailliste atténuerait la menace d'un référendum. "Ça ne veut pas dire que ça serait simple. Ça ne sera pas non plus une partie de plaisir", dit-on cependant de source proche du gouvernement français. (Edité par Yves Clarisse)

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