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RPT-La France vit une crise de la responsabilité, dit Berger

Reuters19/04/2013 à 21:49

LAURENT BERGER DRESSE UN CONSTAT SÉVÈRE DU CLIMAT FRANÇAIS

Répétition avec clarification des propos de Laurent Berger aux paragraphes 6 et 8.

par Emmanuel Jarry et Nicholas Vinocur

PARIS (Reuters) - La France se débat dans une "crise de la responsabilité" politique à tous les niveaux, estime le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui reproche à l'exécutif de ne pas avoir su fixer un "cap" clair et l'invite à hausser le ton en Europe.

Dans un entretien avec Reuters à six jours de la publication de chiffres du chômage qu'il prévoit "très mauvais", il juge sévèrement le climat social et politique d'un pays sous le choc du scandale du compte suisse de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac et divisé par le débat sur le mariage homosexuel.

"Cette nuit, quand même, les parlementaires ont failli en venir aux mains sur quelque chose qui ne change rien à la vie quotidienne des gens. Quelle image cela donne ?" déplore-t-il dans une allusion à un incident qui a marqué la fin de l'examen par les députés du projet de loi sur le "mariage pour tous".

Celui qui a succédé à 44 ans à François Chérèque à la tête de la deuxième centrale syndicale française, en novembre, juge la situation économique très dégradée et l'ambiance "extrêmement tendue, économiquement, socialement et politiquement".

"On ne mobilise pas un peuple en lui disant, 'maintenant on va faire des efforts', sans lui dire où est la sortie, comment on la prépare et quel est le sens à tout ça", souligne-t-il. "C'est ce qui manque (...) Ça manque de cap et d'idées."

"Ça manque parce qu'il y a une crise de responsabilité", poursuit Laurent Berger, pour qui celle-ci touche "tout le monde" - la majorité comme l'opposition.

"Où sont les propositions ?" demande Laurent Berger. "On est dans un pays où les responsables commentent et considèrent que le dialogue et la coopération c'est de la compromission. Eh bien, continuons comme ça, on va dans le mur."

Il déplore que la majorité ne défende pas assez vigoureusement l'accord sur la sécurisation de l'emploi du 11 janvier entre le patronat et trois syndicats, dont la CFDT - "On a l'impression qu'il faut presque s'excuser de l'avoir fait."

HAUSSER LE TON

Il reproche aux Verts de s'être abstenus, bien que membres de la majorité, lors de l'examen par le Parlement du projet de loi mettant cet accord en oeuvre. "L'abstention des Verts sur l'accord emploi est quand même inquiétante."

Il aimerait voir les dirigeants politiques français réfléchir à un nouveau modèle économique fondé sur la transition énergétique et le développement durable.

"Ça se prépare par des investissements", souligne Laurent Berger, qui déplore que l'Union européenne ne joue pas son rôle alors que ce devrait être un "enjeu prioritaire de l'Europe", comme la relance de la croissance et la lutte contre les paradis fiscaux, "sur lesquels il faut taper plus fort."

"Là, il faut hausser le ton", estime le secrétaire général de la CFDT, pour qui les dirigeants français doivent également convaincre leurs partenaires de l'UE d'accepter de discuter du rythme de réduction de l'endettement public.

Il estime enfin que le gouvernement ne fait pas assez pour traiter l'urgence sociale - la pauvreté, la situation des jeunes, les zones défavorisées urbaines et rurales ...

Il souligne que si les aides aux plus fragiles coûtent cher, c'est le prix de la cohésion sociale, et rejette par avance toute idée de durcir les conditions d'indemnisation du chômage - sujet au coeur de la prochaine négociation par les partenaires sociaux d'une nouvelle convention d'assurance-chômage (Unedic).

"Il faut réduire l'endettement public mais pas de façon contre-productive sur la croissance et la cohésion sociale. Donc il faudra peut-être proroger la convention Unedic", dit-il en fustigeant les "solutions toutes faites des MM. La Rigueur".

FIN DE DROITS

Pour Laurent Berger, la question de l'indemnisation du chômage ne saurait en outre se réduire à l'Unedic, alors que le nombre de chômeurs arrivant en fin de droits explose.

Il souhaite que la conférence sociale prévue à la mi-juin par le gouvernement traite de cette question et pose les bases d'un mécanisme de solidarité nationale plus généreux que les actuels Revenus de solidarité active (RSA) ou Allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits.

L'inversion de la courbe du chômage fin 2013, objectif fixé par le président François Hollande, "cela paraît honnêtement très difficile", estime Laurent Berger.

Pour autant, le secrétaire général de la CFDT ne croit pas aujourd'hui à de grandes manifestations de mécontentement menées par les organisations syndicales.

"Je crois plutôt à des situations qui se durcissent ici où là de façon assez ponctuelle, incontrôlée et violente. C'est ça le risque", ajoute-t-il cependant.

Pour Laurent Berger, la multiplication des incidents en marge de la contestation du "mariage pour tous" dit deux choses de l'état actuel de la société française.

"Ça veut dire une société tendue et ça veut dire que les forces démocratiques ne font pas leur boulot et laissent les extrêmes prendre la main", estime-t-il. "J'en appelle aux forces démocratiques, à ceux qui pensent que le respect de la position majoritaire a un sens. Il faut se démarquer de ce qui se passe."

Edité par Yves Clarisse

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