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Réunion clé sous tension au Chili pour le Comité de Bâle

Reuters25/11/2016 à 13:22
    * "Bâle IV" au coeur des discussions lundi et mardi à 
Santiago 
    * L'Europe craint des règles défavorables à ses banques 
    * Les intentions affichées par Donald Trump compliquent la 
donne 
 
    par Huw Jones et Maya Nikolaeva 
    LONDRES/PARIS, 25 novembre (Reuters) - La réunion des 
principaux responsables de la régulation financière 
internationale la semaine prochaine au Chili, censée définir les 
nouvelles règles mondiales sur les fonds propres, risque d'être 
perturbée par le récent regain de tension entre les deux rives 
de l'Atlantique sur l'encadrement des banques. 
    Sept ans après la réunion de Pittsburgh, lors de laquelle le 
G20 avait fait avancer l'harmonisation des règles prudentielles, 
la réunion de Santiago vise à parachever ce processus censé 
éviter une nouvelle crise de l'ampleur de celle de 2007-2008. 
    Mais en Europe, les banques et de nombreux responsables 
politiques s'opposent aux nouvelles règles envisagées, 
regroupées sous l'appellation "Bâle IV", qu'ils jugent 
défavorables au Vieux Continent. Côté américain, on juge au 
contraire que le Comité de Bâle doit rester ferme.  
    A ce désaccord est venue s'ajouter la volonté affichée du 
prochain président américain, Donald Trump, de revenir sur la 
loi Dodd-Frank adoptée en 2010 aux Etats-Unis, dont les 22.000 
pages intègrent une part significative de l'arsenal 
réglementaire mondial. 
    Pour le président élu, les règles entrées en vigueur depuis 
la crise ont pesé sur la croissance et l'emploi aux Etats-Unis. 
Une position qui a conduit Valdis Dombrovskis, le vice-président 
de la Commission en charge du secteur des services financiers, à 
déclarer cette semaine que l'Union attendait de ses partenaires 
qu'ils respectent les règles internationales. 
    Ce contexte politique fait donc craindre des divergences 
entre Européens et Américains sur le détail des nouvelles 
règles. 
     
    LA CRAINTE DU "CHACUN POUR SOI" 
    "Dans un monde de marchés interconnectés et intégrés, le 
'chacun pour soi' constitue la pire approche politique possible 
de la part du pays le plus puissant du monde occidental, qui 
détient les plus gros marchés financiers", estime David Wright, 
un ancien haut responsable de la Commission européenne qui a 
contribué à la gestion de la crise financière. 
    Certains députés européens ont argué des déclarations de 
Donald Trump pour demander un report des décisions sur les 
nouvelles règles bancaires jusqu'à ce que Washington ait 
clarifié sa position. 
    Les propositions dévoilées cette semaine par la Commission 
européenne, dont la mise en application pourrait contraindre les 
groupes bancaires étrangers - notamment américains - implantés 
dans l'Union à renforcer leurs fonds propres, devraient 
également nourrir les tensions.   
    "Les propositions constituent un défi pour l'équilibre de 
plus en plus fragile de la coordination réglementaire 
internationale", estime David Strachan, associé de Deloitte. 
    Les règles qui seront débattues à Santiago incluent entre 
autres un modèle "standard" d'évaluation des risques des actifs 
inscrits au bilan des banques, comme les créances hypothécaires 
ou les prêts aux entreprises, appelé à se substituer aux 
multiples modèles internes utilisés par ces banques. 
    "Beaucoup de banques ont recours à leur propre estimation de 
leurs risques pour justifier un faible niveau de fonds propres 
réglementaires et ainsi maximiser leur rentabilité. Les ratios 
de solvabilité basés sur les risques ont perdu de leur 
crédibilité, jetant le doute sur la solidité de certains 
établissements", déclare le président du Comité de Bâle, Stefan 
Ingves, dans un entretien au mensuel français Revue Banque.  
    Dans des pays comme la France ou l'Allemagne, où les taux de 
défaut sont historiquement faibles, le remplacement des modèles 
internes par un modèle standard pourrait se traduire par une 
nette augmentation des exigences de fonds propres, 
particulièrement dans des activités comme le crédit maritime ou 
le financement de projets. 
     
    RATIO DE LEVIER CONTRE ÉVALUATION DES RISQUES 
    "Les exigences de fonds propres (...) pourraient doubler, 
voire plus", ce qui pénaliserait les banques françaises et 
allemandes", estime Vincent Grataloup, consultant en gestion du 
risque au Boston Consulting Group. 
    Face à cette perspective, BNP Paribas, la première banque 
française, a prévenu qu'une éventuelle augmentation de son 
dividende sur la période 2017-2020 "dépendra de la 
réglementation".   
    Sous pression de l'Europe et du Japon, les experts du Comité 
de Bâle pourraient donc atténuer la portée des nouvelles règles 
la semaine prochaine, dans le but d'assurer un consensus lors de 
la réunion de ses instances dirigeantes en janvier. Aucun 
calendrier n'a pas ailleurs été fixé pour la mise en application 
du nouveau cadre. 
    La menace d'un démantèlement de la loi Dodd-Frank ne fait 
que compliquer le débat car certaines des alternatives 
envisagées préoccupent les acteurs du secteur. 
    Jose Maria Roldan, président de l'Association espagnole des 
banques et ancien membre du Comité de Bâle, explique ainsi que 
les Etats-Unis, s'ils abandonnent l'approche actuelle 
d'évaluation des risques et font du ratio de levier le principal 
instrument de mesure de la solidité financière, remettront en 
cause le consensus actuel sur la régulation financière. 
    Le ratio de levier (rapport entre les fonds propres et les 
actifs) ne prend en effet pas en compte le niveau de risque 
spécifique des différents actifs.  
    "Si les Etats-Unis disent qu'il faut avoir un ratio de 
levier de 10%, ça ne marchera pas en Europe", prévient Roldan. 
    L'Europe veut donc maintenir l'approche fondée sur 
l'évaluation des risques, ce qui l'a conduite à menacer de 
boycotter la suite du processus. 
    "Si aujourd'hui, le monde politique souhaite prendre en main 
ces travaux à la place des experts, c'est tout à fait possible. 
Cela sera-t-il bénéfique à l'Europe et au reste du monde, ce 
n'est pas à moi d'en juger. Mon travail en tant que président du 
Comité de Bâle est de faire en sorte que l'on parvienne à une 
conclusion", a dit Stefan Ingves à Revue Banque.  
     
 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny) 
 

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