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REPORTAGE-Sous les bombes russes, les rebelles syriens appellent à l'aide

Reuters10/02/2016 à 17:56
    * Les combattants rebelles demandent à Ryad et Ankara 
d'intervenir 
    * L'opposition risque de perdre sa base dans le nord-ouest 
 
    par Humeyra Pamuk 
    KILIS, Turquie, 10 février (Reuters) - Les combattants 
rebelles syriens rencontrés dans cet hôpital de campagne à 
Kilis, à la frontière turque sont amers; tous leurs efforts 
déployés pour renverser Bachar al Assad sont en passe d'être 
balayés par l'intervention russe en appui au président syrien. 
    Depuis la fin septembre, l'armée de l'air russe appuie 
l'armée gouvernementale syrienne et ses alliés chiites, 
miliciens du Hezbollah libanais ou combattants iraniens, 
bombardant sans distinction les forces de l'opposition et celles 
de l'organisation sunnite fondamentaliste Etat islamique . 
    "Sans la Russie, nous aurions écrasé Assad. Cette guerre 
était quasiment terminée il y a quatre ou cinq mois. Puis la 
Russie est arrivée", déplore Kassim, membre de Faïlak al Cham, 
l'un des groupes rebelles qui combat près d'Alep, encerclée par 
l'armée loyaliste. 
    Seule une intervention coordonnée de pays sunnites, 
comprenant la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar est 
susceptible de sauver l'insurrection, estime ce jeune homme de 
23 ans qui raconte avoir été blessé il y a dix jours dans des 
combats au nord-ouest d'Alep. 
    "Si la Turquie, les Saoudiens et le Qatar interviennent avec 
leurs soldats, cette guerre sera terminée en l'espace d'un mois. 
La Turquie a envoyé des armes et de l'aide, mais désormais, elle 
doit nous aider davantage. Ici, nous nous battons contre tout le 
monde, Assad, Etat islamique, Hezbollah, PKK", dit-il de son lit 
d'hôpital, le bras bandé. 
    L'Arabie saoudite s'est dite ouverte à l'envoi de forces 
spéciales dans le cadre d'une coalition conduite contre l'Etat 
islamique, tandis que les Emirats arabes unis ont indiqué qu'ils 
pourraient envoyer des troupes au sol soutenir une coalition 
internationale. 
    Un haut responsable turc a déclaré qu'Ankara suivait en 
permanence la situation avec ses alliés mais que rien ne 
laissait entrevoir le lancement d'une opération d'envergure avec 
Ryad. 
     
    VAINES STRATÉGIES 
    Parallèlement, plus rien ne semble résister à l'armée 
gouvernementale qui avance à un rythme sans précédent depuis le 
début du conflit, il y a cinq ans. Elle menace désormais de 
déloger les rebelles du Nord-Ouest. Elle n'est plus qu'à 25 
kilomètres de la frontière turque. 
    Les combattants kurdes du YPG ont de leur côté tiré parti du 
nouvel équilibre du conflit en confortant leur présence dans le 
nord de la Syrie en s'emparant de villages occupés par les 
rebelles, au grand dam d'Ankara qui les perçoit comme un groupe 
terroriste lié au PKK, le mouvement autonomiste kurde qui a 
repris les armes cet été dans le sud-est de la Turquie. 
    La faction rebelle de Kassim a fusionné le mois dernier avec 
d'autres groupes rebelles qui ont fondé la Brigade du Nord afin 
de mieux résister à l'offensive gouvernementale. Cette stratégie 
n'a manifestement pas porté ses fruits. 
    "Nous demandons à nos frères musulmans, saoudiens, du Qatar, 
de Turquie : s'il vous plaît, aidez-nous. Nous avons besoin de 
la Turquie maintenant, plus que jamais", dit-il. 
    Les territoires situés au nord-ouest d'Alep sont encore 
tenus par les forces de l'opposition et des groupes kurdes 
tandis que les zones au nord-est sont contrôlées par l'Etat 
islamique. A l'hôpital de Kilis, on s'interroge sur les 
bénéfices retirés par les djihadistes radicaux de l'avancée des 
forces gouvernementales. 
     
    SEULS CONTRE TOUS 
    Un jeune insurgé du groupe rebelle Front du Levant, qui dit 
s'appeler Mohammed Ali, explique que l'Etat islamique a encerclé 
son village et son escouade d'environ 20 combattants près de 
Baraghedeh, au nord-est d'Alep, il y a une dizaine de jours. 
    "Je commandais. Ils ont ouvert un feu nourri. J'ai perdu 
quatre de mes hommes et j'ai été touché à l'épaule", dit-il, 
montrant une radio de ses os. 
    "Quinze minutes après le début des combats contre l'Etat 
islamique, des avions russes sont arrivés et ont commencé à 
larguer des bombes. Ce n'était pas un combat, c'était un 
massacre. Tout était planifié", assure-t-il. 
    Comme d'autres convalescents -- certains ont perdu un bras 
ou une jambe, d'autres la vue après avoir reçu un éclat d'obus 
-- Ali a entendu parler d'une proposition saoudienne d'envoyer 
des troupes au sol. 
    "Qu'il plaise à Dieu que ce soit vrai. Avec les troupes 
saoudiennes avec nous, nous pourrons les tuer et reprendre notre 
pays." 
    L'hôpital, un bâtiment de plain-pied, a été installé par 
l'International Blue Crescent il y a deux ans environ. Selon son 
directeur, Oussame Barouich, les blessures subies par les 
combattants sont de plus en plus graves depuis l'intervention 
russe. 
    Si certains combattants se disent prêts à retourner au 
front, un fort sentiment d'abattement est palpable devant cette 
guerre qu'ils n'ont plus l'espoir de remporter dans 
l'indifférence de la communauté internationale. 
    "Les Américains ont arrêté de donner des armes. Ils ont 
soutenu les Kurdes et les russes ont commencé à nous bombarder", 
dit Mohammed, qui dit avoir combattu dans les rangs d'Ahrar al 
Cham pendant trois ans avant d'être blessé aux deux jambes par 
un tireur embusqué kurde. 
    "Le monde entier est contre nous. Assad, l'Iran, la Russie. 
Nous les combattons tous. Ils s'aident les uns, les autres, et 
nous, nous sommes seuls", dit-il. Pour lui, la guerre est finie. 
Il compte désormais s'installer à Alanya, sur la côte 
méditerranéenne turque. 
    "Nous avons gagné cette guerre, mais l'Occident ne nous a 
pas laissé notre victoire." 
 
 (Avec Orhan Coskun à Ankara; Nicolas Delame pour le service 
français, édité par Danielle Rouquié) 
 

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