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REPORTAGE-Exploration à grande échelle de la "biodiversité négligée" en Martinique

Reuters18/09/2016 à 17:34
    * Le Muséum national d'histoire naturelle poursuit sa quête 
    * Crustacés, mollusques et algues à l'honneur 
    * "L'âge d'or de l'exploration, c'est aujourd'hui !" 
 
    par Cécile Everard 
    FORT-DE-FRANCE, Martinique, 18 septembre (Reuters) - A 
Fort-de-France, cinq bateaux remplis de plongeurs et de 
scientifiques prennent chaque matin la mer pour récolter des 
centaines de mollusques et crustacés en Martinique, symbole du 
renouveau des grandes expéditions naturalistes. 
    Après le Vanuatu, Madagascar, la Papouasie-Nouvelle-Guinée 
et la Guyane ces dernières années, le Muséum national d'histoire 
naturelle (MNHN) poursuit dans cette île et jusqu'au 11 octobre 
son exploration de la "biodiversité négligée" avec à la clé la 
découverte d'espèces totalement inconnues. 
    L'expédition Madibenthos, composée de 60 participants de 13 
nationalités, se concentre sur les mollusques, crustacés, algues 
et autres éponges qui détrônent ainsi les poissons et coraux, 
cibles de la plupart des expéditions aux Antilles. 
    "Des travaux ont été réalisés auparavant, mais c'était un 
peu comme faire l'inventaire de la forêt tropicale en se 
limitant aux grands singes. La Martinique compte plus d'espèces 
marines que l'ensemble de la mer Méditerranée", dit Philippe 
Bouchet , le chef de mission et professeur du MNHN.  
    L'expédition intervient alors qu'un rapport du Conseil 
économique, social et environnemental, publié mardi 13 
septembre, souligne la nécessité de valoriser "la biodiversité 
pour que la France assure ses engagements pris dans les 
réglementations nationales et internationales". 
    Philippe Bouchet en est convaincu : « L'âge d'or de 
l'exploration, c'est aujourd'hui, ce n'est pas le XIXe siècle!. 
    Et pour cause. Dans le monde, il reste aujourd'hui encore de 
8 à 30 millions d'espèces à découvrir, selon le Muséum, dont 
"beaucoup sont probablement en voie d'extinction". 
     
    LIMACES DE MER 
    A l'image des autres expéditions du Muséum, aux côtés des 
chercheurs, les bénévoles et amateurs de haut niveau tiennent 
une place importante, comme Yan Buske, qui connaît parfaitement 
les limaces de mer. Rien que pour cette classe d'animaux, une 
dizaine de nouvelles espèces devraient être découvertes. 
    "Trois bateaux sont occupés par les plongeurs qui déploient 
toutes les techniques à leur disposition pour effectuer les 
collectes entre 0 et 40 mètres : collecte à vue, aspirateur de 
mer, brossage des substrats durs pour récupérer mêmes les plus 
petits organismes. Un bateau transporte les mareyeurs, qui 
collectent à pied. Enfin, un bateau est dédié au dragage : la 
petite drague est manipulée manuellement et permet d'atteindre 
des profondeurs de 150 mètres", explique Yan Buske. 
    Alors que dans les profondeurs, la perception des couleurs 
est fortement modifiée, les échantillons sont éclatants de 
retour à la surface, puis mis en glacière. Les chercheurs 
manipulent avec délicatesse des algues, des concombres de mer ou 
de minuscules coquillages.  
    José Espinosa, chercheur à l'Instituto oceanologia de Cuba, 
observe de près une marginelle (famille de petits gastéropodes) 
qu'il n'avait jamais vue.  
    De retour à la base, au Fort militaire Saint-Louis, les 
échantillons sont rapidement tamisés et triés. Des laboratoires 
mobiles ont été installés dans plusieurs salles. Là aussi, les 
chercheurs les plus spécialisés repèrent rapidement espèces 
connues et espèces nouvelles.  
     
    EXPLORATION PENDANT DES DÉCENNIES 
    "J'ai trouvé deux pycnogonides (minuscules crustacés 
ressemblant à de frêles araignées) qui ne sont a priori pas 
répertoriés", s'enthousiasme Romain Sabroux, doctorant au MNHN, 
devant son microscope régnant au milieu des tubes et flacons.  
    De nombreux mollusques et crustacés passent ensuite à la 
photographie afin d'être mis en conditions pour un éventuel 
séquençage ADN.  
    "Nous passons les gastéropodes rapidement au micro-ondes, 
cela expulse les tissus de la coquille", raconte Barbara Buge, 
du MNHN, avant de plonger l'échantillon dans un flacon d'alcool. 
    C'est lorsque l'expédition pliera bagage, en ayant maximisé 
le nombre de données récoltées, que le véritable travail 
débutera. L'inventaire permettra de constituer des collections 
de référence de nouvelle génération, incluant collections de 
tissus et d'ADN, banques de photos des animaux vivants et 
vouchers de tissus séquencés.  
    "L'exploration scientifique qui va suivre se prolongera 
durant des décennies", conclut Philippe Bouchet.  
    De telles expéditions donnent des arguments aux opposants 
aux grands projets littoraux qui ont pris place aux Antilles ces 
dernières années, comme l'extension des deux grands ports de 
Martinique et Guadeloupe.  
    En Martinique, en 2015, à force de mobilisations, 
associations de protections de l'environnement et naturalistes 
avaient obtenu un recul de la surface de l'extension programmée, 
arguant sur la destruction d'espèces rares.  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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