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REPORTAGE ACTUALISE-A Haïti après Matthew: "Nous n'avons plus rien pour survivre"

Reuters07/10/2016 à 10:46
 (Actualisé avec appel de fonds de la Fédération internationale 
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge § 9-10-1) 
    par Makini Brice 
    LES CAYES, Haïti, 7 octobre (Reuters) - Le bilan du passage 
de l'ouragan Matthew sur Haïti s'est brutalement alourdi dans la 
journée de jeudi, à mesure que le contact était rétabli avec des 
villages isolés du sud-ouest du pays. 
    La dépression la plus violente qu'aient connue les Caraïbes 
depuis une décennie s'est abattue lundi et mardi sur le flanc 
sud de la péninsule de Tiburon, avec des rafales de vent 
soufflant à 230 km/h et arrachant tout sur leur passage.  
    Les premiers bilans faisaient état de 13 morts. Mais ils se 
sont rapidement aggravés dans la journée de jeudi, passant à 35, 
65 puis 98 morts avant de franchir la barre des 100 morts. Dans 
la nuit de jeudi à vendredi, un recensement effectué auprès de 
représentants locaux de la protection civile parvenait au nombre 
de 339 morts et 350.000 sinistrés tandis que Matthew poursuivait 
sa route vers le sud-est des Etats-Unis.   
    Et encore s'agit-il d'estimations. Pour la ville côtière de 
Les Anglais, dans le département du Sud, Louis Paul Raphaël, le 
représentant du gouvernement central dans la région, évoque sans 
précision "plusieurs dizaines" de morts. 
    A Chantal, localité voisine située à l'intérieur des terres, 
le maire parle de 90 morts. "Nous n'avons plus rien pour 
survivre, toutes les cultures ont été arrachées, tous les arbres 
fruitiers sont à terre. Je n'ai pas la moindre idée de la façon 
dont nous allons reconstruire", dit Marc Soniel Noël, adjoint au 
maire de Chantal. 
    En janvier 2010, le tremblement de terre d'une magnitude de 
sept qui avait dévasté Port-au-Prince a fait quelque 200.000 
morts. 
    Le passage de Matthew n'atteindra pas une telle ampleur, 
mais les zones concernées, sur la péninsule de Tiburon qui 
s'avance dans la mer des Caraïbes sur près de 250 km en 
direction de la Jamaïque, sont isolées. 
    Une réunion d'urgence a été organisée à Port-au-Prince entre 
représentants du gouvernement haïtien, des Nations unies et des 
agences internationales d'aide humanitaire pour coordonner 
l'effort à venir. Dans l'immédiat, les autorités ont repoussé 
l'élection présidentielle qui était programmée pour ce dimanche. 
    La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge 
et du Croissant-Rouge (IFRC) a lancé jeudi soir un appel de 
fonds à hauteur de 6,8 millions de francs suisses (environ 6,2 
millions d'euros) pour financer une aide d'urgence à 50.000 
Haïtiens. 
    "Nous sommes extrêmement inquiets pour la sécurité, la santé 
et le bien-être des femmes, hommes et enfants qui ont été 
touchés, particulièrement dans les villes et villages isolés", 
déclare Ines Brill, directrice de l'IFRC pour les Caraïbes. 
    L'IFRC estime que plus d'un million d'Haïtiens ont été 
touchés à des degrés divers par l'ouragan, et que plusieurs 
centaines de milliers d'entre eux nécessitent une assistance 
humanitaire (médicaments, abris, eau, systèmes sanitaires). 
     
    FAIBLESSE DES STRUCTURES DE L'ÉTAT 
    Les Anglais a été la première localité frappée par 
l'ouragan. Joint par Reuters juste avant l'arrivée de la 
dépression, le maire rapportait des scènes de panique, les 
habitants fuyant l'arrivée de l'"onde de tempête". Le contact a 
été coupé, il n'a pas encore été rétabli. 
    A Port-à-Piment, un village situé à quelques kilomètres de 
là, le maire, Jean-Raymond Pierre-Louis, dit que 25 personnes 
ont été tuées. Encore plus au sud, à Roche-à-Bateau, le bilan 
est de 24 morts. 
    Aux Cayes, port d'où partent des cargaisons de café et de 
vétiver, l'eau et les vivres sont rares dans les abris. Dans un 
des hôpitaux publics de la ville, la plupart des médecins sont 
portés manquants. Eux aussi ont dû se réfugier. 
    En revanche, le petit aéroport de la ville semble 
opérationnel. Le toit et les vitres du terminal ont bien été 
soufflés par l'ouragan, mais la piste n'a pas été trop 
endommagée. "Dans les heures et les jours à venir, nous pourrons 
recevoir des vols humanitaires", déclarait jeudi Sergot Tilis, 
responsable de l'information à l'aéroport Antoine-Simon. 
    A Cavaillon, à une vingtaine de kilomètres au nord-est des 
Cayes, dans les terres, les habitants ont gagné les collines 
environnantes pour fuir les rafales de vent et la montée des 
eaux. Quand ils en sont redescendus, dans la journée de 
mercredi, ils ont découvert un paysage de désolation. 
    "De l'eau, de la nourriture, des vêtements: nous avons 
besoin de tout cela", dit Roosevelt Espérance. Dans la localité, 
on compte neuf morts, dont trois enfants. Les maisons sont très 
endommagées. 
    La pauvreté de la population et la faiblesse des structures 
de l'Etat rendent Haïti particulièrement vulnérables aux 
catastrophes naturelles. 
    L'intervention des agences humanitaires internationales peut 
parfois compliquer les choses. A la suite du séisme de 2010, des 
casques bleus de l'Onu ont accidentellement introduit le choléra 
dans le pays, provoquant au moins 9.000 morts et infectant des 
centaines de milliers de personnes. 
    L'Organisation panaméricaine de santé redoute aujourd'hui un 
regain de l'épidémie, que favorise la contamination de l'eau par 
les inondations et glissements de terrain. 
 
 (avec Joseph Guyler Delva à Port-au-Prince et Brenna Hughes 
Neghaiwi à Zurich; Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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