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Regain de tension entre patronat, syndicats et exécutif

Reuters26/05/2015 à 14:38

LE TON SE DURCIT ENTRE LE PATRONAT, LES SYNDICATS ET LE GOUVERNEMENT

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Examen au Parlement du texte sur la modernisation du dialogue social, pénibilité du travail et déficits des retraites complémentaires provoquent un durcissement de ton entre le patronat, les syndicats et le gouvernement.

Faute de majorité parlementaire et de soutien syndical pour attaquer de front les rigidités du marché du travail accusées d'aggraver le chômage, le Premier ministre, Manuel Valls, cherche une voie de contournement, notamment en élargissant le rôle de la négociation collective.

Mais une condition préalable est la simplification et l'amélioration du dialogue social en entreprise, objet de la loi Rebsamen dont les députés entament l'examen mardi.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, a averti qu'il recourrait si nécessaire à l'adoption sans vote prévue par l'article 49-3 de la Constitution pour faire passer ce texte très critiqué par les petits patrons, la CGT et Force ouvrière.

Il introduit notamment une forme de représentation du personnel des très petites entreprises (TPE) de moins de 11 salariés par le biais de commissions paritaires régionales.

"Du vent !" s'insurge le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, dans Le Figaro. "Comment peut-on penser sérieusement que 13 commissions régionales vont permettre de régler quoi que ce soit dans les TPE ?"

La création de ces instances, initialement proposée par le Medef lors des négociations avortées sur la modernisation du dialogue social fin 2014-début 2015, est au contraire considérée comme une contrainte insupportable par la CGPME.

"CASUS BELLI"

Mais les deux organisations patronales se retrouvent pour dénoncer des amendements parlementaires permettant à ces commissions d'intervenir dans la résolution de conflits sociaux et leur donnant accès aux locaux des entreprises.

"Si l'Assemblée nationale rajoute des contraintes sur les TPE, ce projet de loi (...) ne relancera pas la dynamique de création d'emplois", avertit ainsi le Medef.

Le patronat va en revanche obtenir en partie satisfaction avec la promesse de Manuel Valls d'assouplir la mise en oeuvre du compte personnel de pénibilité, qui donne des avantages aux salariés soumis à des travaux pénibles.

Le Premier ministre n'est cependant pas allé jusqu'à reporter à 2017 son application, comme le demandait le Medef.

"Repousser la mise en oeuvre de la réforme à 2017 serait inadmissible", avertit Jean-Claude Mailly dans Le Figaro.

Ce serait "un casus belli", a renchéri sur Europe 1 le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. "Nous descendrons dans la rue pour défendre ce compte pénibilité."

Le vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel, voit dans ces tensions un effet de la concurrence entre Medef et CGPME pour la représentation des entreprises. Mais aussi de l'échec, en janvier, de la négociation sur la modernisation du dialogue social, qui a conduit l'exécutif à reprendre la main.

"Maintenant, c'est le législateur qui s'empare de l'affaire et ça ne contente personne", a-t-il dit à Reuters. "Ça raidit les positions des uns et des autres."

CLIMAT TENDU AUX NÉGOCIATIONS AGIRC-ARRCO

Ces tensions augurent mal des négociations des partenaires sociaux sur le redressement financier des régimes de retraite complémentaire des cadres et des salariés du privé, Agirc et Arrco, censées entrer mercredi dans leur dernière ligne droite.

Le patronat a durci ses propositions, qui se solderaient notamment par une diminution de ce supplément de revenu versé à 12 millions de retraités, tout en refusant toujours toute augmentation de cotisation.

"Les dernières propositions du Medef s'éloignent du compromis", déplore le négociateur de la CFDT, Jean-Louis Malys, pas loin d'y voir une volonté délibérée de "durcir le climat".

"Il y a une sorte d'instrumentalisation du dossier des retraites pour établir un rapport de forces vis-à-vis du gouvernement et du Parlement", estime-t-il.

Pour son homologue de FO, Philippe Pihet, la suite des négociations Agirc-Arrco s'annonce plus compliquée que lorsque les partenaires sociaux se sont quittés le 10 avril.

"Le 10 avril, on cherchait cinq milliards d'euros. Là, il en faut d'un coup 8,5 et il n'y a pas un mot sur les cotisations."

La CFE CGC, syndicat de l'encadrement, a pour sa part annoncé qu'elle combattrait toute idée de fusion des deux régimes, mesure proposée par le Medef et à laquelle les autres syndicats ne sont pas opposés par principe.

(Edité par Yves Clarisse)


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