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RECIT-Les derniers jours de l'enclave rebelle d'Alep

Reuters 20/12/2016 à 05:26
    par Suleiman Al-Khalidi et Ellen Francis 
    AMMAN/BEYROUTH, 20 décembre (Reuters) - Pour les milliers 
d'habitants encore présents dans l'ex-bastion rebelle 
d'Alep-Est, l'attente d'une évacuation se prolonge dans le 
froid, la faim et l'incertitude de pouvoir en réchapper. 
    Après trois jours de blocages, les opérations ont repris 
lundi tandis qu'à New York, le Conseil de sécurité des Nations 
unies adoptait à l'unanimité une résolution prévoyant le 
déploiement d'observateurs de l'Onu et d'autres organisations 
pour superviser cette évacuation et garantir la sécurité des 
civils.   
    La bataille d'Alep, commencée en 2012, un an après le début 
de l'insurrection contre le président Bachar al Assad, a culminé 
à partir de l'été, avec l'encerclement des quartiers insurgés 
par les forces du régime, doublé de frappes aériennes russes. 
    Le 24 novembre, une percée majeure des forces 
pro-gouvernementales depuis le nord-est a enclenché le recul 
graduel et inexorable des rebelles jusqu'à la conclusion d'un 
accord de cessez-le-feu avec la Russie, alliée militaire clé du 
régime de Damas, avec l'aide de la Turquie.   
    Malgré l'évacuation de plusieurs milliers de personnes - 
17.000 selon le Comité international de la Croix-Rouge -, de 
nombreux habitants restent prisonniers de la ville et leur sort 
dépend de négociations complexes entre groupes armés de chaque 
bord. 
    Ces derniers jours, les images des dernières enclaves 
rebelles montraient des habitants rassemblés autour de feux de 
camp, tentant tant bien que mal de se réchauffer par des 
températures proches de zéro et de trouver refuge dans des amas 
de gravats et de métal tordu. 
     
    "PERSONNE POUR LES ENTERRER" 
    "Tous les habitants s'étaient massés dans trois ou quatre 
quartiers. Les gens étaient dans la rue, de sorte que n'importe 
quel tir de mortier provoquait un massacre. Les morts devaient 
être enterrés. Il n'y avait personne pour le faire", raconte un 
homme âgé d'une quarantaine d'années qui a été évacué de la 
ville. Comme d'autres témoins interrogés par Reuters, il a 
demandé à rester anonyme par crainte de représailles. 
    Mercredi dernier, au lendemain de l'accord de cessez-le-feu, 
 Alep-Est a été de nouveau la cible d'un pilonnage intensif par 
l'artillerie et l'aviation gouvernementales. 
    "Les obus tombaient autour de nous au rythme où je 
respirais", déclare Modar Shekho, un infirmer syrien qui a perdu 
son père et son frère dans les bombardements de deux dernières 
semaines. Il a depuis rejoint le reste de sa famille dans une 
zone tenue par les rebelles à l'extérieur de la ville. 
    Sur des photographies envoyées à Reuters par un membre du 
personnel médical, on voit un homme marcher dans le couloir d'un 
hôpital de campagne aux murs maculés de sang, parmi des corps 
recouverts de couvertures. 
 
    DES FAMILLES SÉPARÉES 
    Les possessions de nombre des habitants d'Alep se réduisent 
désormais à un ou deux sacs. "Tout le monde à Alep a déménagé 
près de dix fois. Il n'y avait plus aucun endroit. Chaque fois 
que je me déplaçais dans une maison, elle était bombardée", 
raconte Adnan Abed al-Raouf, un ancien fonctionnaire. 
    Dans le chaos de la retraite des rebelles, des familles ont 
été séparées. Wadah Qadour, un ancien contremaître, se souvient 
d'une scène parmi d'autres: un homme porte sa femme blessée et 
cherche de l'aide médicale, il ne se rend pas compte que leur 
fille a cessé de les suivre. "La fille a été placée dans un 
orphelinat", dit-il. 
    L'infirmier Modar Shekho décrit l'attente des habitants: "Il 
commençait à faire nuit. Les gens se sont installés dans les 
rues, ils ont commencé à faire des feux pour se tenir chaud. La 
plupart se sont réfugiés dans des magasins qui étaient ouverts. 
Des milliers de familles ont dormi dans la rue en attendant que 
les bus reviennent", ajoute-t-il. 
 
    EXÉCUTIONS SOMMAIRES 
    Des exécutions sommaires ainsi que d'autres abus ont été 
imputés à l'armée syrienne et à ses alliés dans les zones 
reprises, sans confirmation officielle. 
    Cinq personnes ont ainsi raconté à Reuters la même scène. 
Plusieurs jeunes hommes du quartier de Kalasa, disent-elles, 
s'étaient réfugiés dans la cave d'une clinique. Plus personne ne 
les a revus. Leurs anciens voisins sont convaincus qu'ils ont 
été tués par les forces pro-gouvernementales lors de la reprise 
du quartier. 
    Six anciens habitants du quartier de Boustan al Qasr disent 
eux avoir appris de personnes restées sur place que neuf membres 
d'une même famille, les Ajami, avaient été retrouvés morts dans 
une maison. 
    Un homme âgé a raconté à Reuters que sa carte d'identité lui 
avait été confisquée à un poste de contrôle du gouvernement et 
qu'on lui avait dit de se rendre dans une école pour la 
récupérer. Une fois sur place, il a été conduit dans une salle 
avec d'autres hommes plus jeunes. Des soldats ont annoncé qu'ils 
allaient être tués mais à la dernière minute il a été extrait de 
la pièce avec d'autres hommes, rapporte-t-il. Puis des coups de 
feu ont retenti dans la pièce. 
    Damas et ses alliés du Hezbollah libanais et de la milice 
chiite irakienne Harakat al-Nujaba ont démenti toute rafle ou 
exécution sommaire. Reuters n'a pu vérifier ces informations de 
manière indépendante. 
     
    DILEMME DES REBELLES 
    Pour les rebelles, les derniers jours de résistance ont été 
marqués par des choix cardinaux. Après avoir promis de ne jamais 
abandonner Alep-Est, des commandants rebelles, face à l'ampleur 
des bombardements, ont finalement annoncé avoir accepté un 
accord de cessez-le-feu conclu par Moscou et Washington, qui 
promettait leur évacuation des zones assiégées. 
    Mais à peine le principe de l'accord était-il accepté par 
les rebelles que la Russie en dénonçait le principe. 
    Les commandants rebelles ont décidé à ce moment que leur 
seule option était de se battre jusqu'à la mort, rapporte le 
chef de l'un des groupes armés d'Alep-Est, le Djabha Chamiya. 
"C'étaient des jours très difficiles, car nous étions 
responsables des civils, des femmes, des enfants, des personnes 
âgées", poursuit Abou Ali Sakour, joint à Alep-Est.  
    Le jour-même de cette annonce, le 12 décembre, les forces du 
régime prenaient le quartier de Cheikh Saïd, réduisant de moitié 
l'enclave insurgée. 
 
 (avec Tom Perry et Lisa Barrington; Julie Carriat pour le 
service français, édité par Henri-Pierre André) 
 

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