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Pour Erdogan, l'Occident soutient le terrorisme et les putschs

Reuters02/08/2016 à 18:53

ERDOGAN S'EN PREND AUX OCCIDENTAUX

par Ece Toksabay et Nick Tattersall

ANKARA (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé mardi les pays occidentaux de "soutenir le terrorisme et les coups d'Etat" après la tentative de putsch le mois dernier en Turquie, qui a selon lui été fomentée à l'étranger.

Dans un discours vindicatif prononcé au palais présidentiel à Ankara, Recep Tayyip Erdogan a fustigé le refus de Washington d'extrader le prédicateur Fethullah Gülen, présenté comme le commanditaire du coup de force et qui vit en exil aux Etats-Unis depuis 1999. Ce dernier a nié toute responsabilité et dénoncé la tentative de coup d'Etat.

"Je demande aux Etats-Unis: quel genre de partenaire stratégique sommes nous si vous hébergez toujours quelqu'un dont j'ai demandé l'extradition?", s'est interrogé Erdogan.

"Cette tentative de coup d'Etat a des acteurs à l'intérieur de la Turquie mais son scénario a été écrit à l'extérieur. Malheureusement, l'Occident soutient le terrorisme et les comploteurs", a-t-il affirmé.

Washington a indiqué que Fethullah Gülen ne serait extradé que si la Turquie avance des preuves irréfutables de son implication dans la tentative de putsch, ce qu'elle n'a pas fait jusqu'à présent.

Le président Erdogan a également accusé l'Union européenne de ne pas avoir tenu sa promesse d'exempter de visa les ressortissants turcs voulant se rendre sur son territoire, comme elle s'y était engagée dans le cadre de l'accord visant à contrôler l'afflux de réfugiés et migrants en Europe.

L'OPPOSITION INQUIÈTE

Les critiques de l'Europe et des Etats-Unis contre les purges menées après l'échec du coup d'Etat ont agacé Erdogan et de nombreux Turcs. Ces derniers ont reproché aux Occidentaux de se préoccuper davantage des droits des putschistes plutôt que de la gravité de la menace pesant sur la Turquie, pays membre de l'Otan.

Plus de 60.000 militaires, magistrats, fonctionnaires et enseignants ont été arrêtés, limogés ou suspendus après le coup d'Etat manqué, suscitant des craintes qu'Erdogan profite de la situation pour renforcer son pouvoir et réduire au silence toute forme de dissidence.

"Si nous avons de la pitié envers ceux qui ont mené ce coup d'Etat, nous serons ceux qui seront pris en pitié", a-t-il déclaré, précisant qu'il lui faudrait réorganiser complètement l'armée turque et les services de renseignement pour éviter qu'ils ne soient à nouveau "infiltrés" par les partisans de Gülen.

L'état d'urgence mis en place après le coup d'état commence à faire l'objet de critiques en Turquie. Le président du Parti républicain du peuple (CHP), qui a condamné le putsch et a soutenu la réaction du gouvernement jusqu'à maintenant, a ainsi estimé que celui-ci pourrait être utilisé pour réformer en profondeur les forces de sécurité sans l'approbation du parlement.

"Il n'y a aucun doute que la loi sur l'état d'urgence a été adoptée dans le respect de la Constitution. Mais il y a des raisons de s'inquiéter que son application puisse outrepasser son objectif", a dit Kemal Kilicdaroglu lors d'un rassemblement du CHP.

"Il est sans doute nécessaire de réorganiser l'Etat, sans aucun doute, mais cette question doit d'abord venir devant le Parlement", a-t-il ajouté.

(Tangi Salaün et Laura Martin pour le service français)


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