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PORTRAIT-Jouyet, l'homme de la remise en ordre provoque un pataquès

Reuters10/11/2014 à 18:49

* Une affaire très embarrassante pour l'Elysée * Jouyet familier des déclarations intempestives * Un homme pas en odeur de sainteté au PS PARIS, 10 novembre (Reuters) - Bombardé il y a six mois secrétaire général de l'Elysée par un François Hollande soucieux de remettre de l'ordre dans l'appareil de l'Etat, Jean-Pierre Jouyet est à l'origine d'un imbroglio politique très embarrassant pour le président. Après l'avoir nié, cet ami de 35 ans de François Hollande a déclaré dimanche avoir évoqué avec François Fillon des affaires susceptibles de déstabiliser Nicolas Sarkozy. ID:nL6N0T0423 Il corrobore ainsi partiellement les accusations de deux journalistes du Monde, qui affirment, sur la foi d'un enregistrement de Jean-Pierre Jouyet, que l'ancien Premier ministre a demandé au pouvoir de "taper vite" sur Nicolas Sarkozy en faisant accélérer les procédures judiciaires à son encontre pour ne pas "le laisser revenir". Même si François Fillon dément avoir tenu ces propos, et tout simplement avoir évoqué les "affaires" qui visent Nicolas Sarkozy, menaçant Jean-Pierre Jouyet de poursuites judiciaires, le trouble est grand à l'UMP. Mais le malaise est aussi fort à l'Elysée et dans une partie de la majorité, où l'on comprend mal pourquoi Jean-Pierre Jouyet a raconté la teneur présumée de sa conversation avec François Fillon à deux journalistes d'investigation, accréditant l'idée que l'Elysée s'occuperait des affaires internes de l'opposition. "Un secrétaire général doit éviter les difficultés au président", a dit lundi sur Europe 1 le député PS Jérôme Guedj. Ces critiques sont partiellement dues au fait que Jean-Pierre Jouyet n'est pas en odeur de sainteté au PS. Au risque de briser son amitié avec François Hollande, il a accepté en 2007 d'être le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy, avant d'être nommé président de l'Autorité des marchés financiers puis de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), bras financier du gouvernement. "Ce déjeuner n'aurait pas eu lieu si Jean-Pierre Jouyet n'avait pas été ministre de Fillon", a dit Jérôme Guedj. COMMUNICATION MAL MAÎTRISÉE Mais l'homme est aussi familier des déclarations intempestives, comme lorsqu'il annonce prématurément la nomination de Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre en mai 2012 ou quand il qualifie de "canard boîteux" le site des hauts-fourneaux de Florange en pleine restructuration. Des déclarations qui tendent à montrer qu'au contraire des hommes politiques il contrôle mal sa communication. Pourtant, ce catholique de 60 ans, intime de François Hollande depuis l'Ecole nationale d'administration, dont ils sont sortis diplômés lors de la célèbre promotion Voltaire de 1980, est l'archétype du grand commis de l'Etat. Le chef de l'Etat relève qu'il "connaît tout le monde et est respecté de tout le monde, y compris dans l'opposition". Membre du cabinet du Premier ministre Lionel Jospin de 1997 à 2000, il rejoint ensuite celui de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, avant de le diriger de 1994 à 1995, au moment de la création de la monnaie unique. C'est cette expérience bruxelloise que Nicolas Sarkozy recherche lorsqu'il le prend dans son gouvernement en 2007. Les propos qu'il tient à l'époque sur l'ancien président risquent de lui revenir comme un boomerang. Il ne cachait pas son admiration sur la capacité de l'ancien président à "réveiller la Belle au bois dormant" européenne. "Rien ne sera plus comme avant", avait-il dit. "Nicolas Sarkozy a inventé un nouveau mode d'organisation, de décision, d'impulsion au niveau européen". Pour lui, Nicolas Sarkozy "n'a rien à voir avec la caricature que l'on en fait" et a permis "le retour de notre pays sur la scène européenne" après le "non" français à la Constitution européenne en faisant adopter le traité de Lisbonne par la voie parlementaire, au grand dam de la gauche du PS. Mais François Hollande ne lui a visiblement pas tenu rigueur de cet écart et cet homme de réseaux - "j'aime conseiller, le pouvoir ne m'amuse que modérément", dit-il - dispose d'une expertise européenne cruciale au moment où la France n'arrive pas à maîtriser ses déficits publics. (Yves Clarisse)

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