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Pierre Moscovici, l'homme du "ras-le-bol fiscal", passe la main

Reuters02/04/2014 à 17:18

PIERRE MOSCOVICI QUITTE BERCY ET LE GOUVERNEMENT

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Pierre Moscovici, premier ministre de l'Economie et des Finances du quinquennat de François Hollande, restera surtout comme celui qui s'est fait l'écho du "ras-le-bol fiscal" des Français.

Son départ du gouvernement pourrait donner corps au rêve de carrière européenne -la France désignera dans les mois qui viennent son représentant à Bruxelles- de celui qui n'est pas vraiment parvenu à s'imposer en patron à Bercy, notamment face à Arnaud Montebourg, nommé mercredi ministre de l'Economie.

Maître d'oeuvre de la lutte contre les déficits, Pierre Moscovici a surpris en prononçant les mots de "ras-le-bol fiscal" en pleine préparation d'un budget 2014 assorti d'un niveau de prélèvements record.

Depuis le retour des socialistes au pouvoir, il a dû affronter les rébellions des "pigeons", "poussins" et autres "plumés", sans parler des "bonnets rouges" bretons, vent debout contre un gouvernement en quête de recettes fiscales.

Militant européen de longue date, il se serait bien passé aussi de devoir encore et encore, pendant près de deux ans, rassurer les partenaires sceptiques de la France de sa volonté de ramener ses comptes dans les clous du pacte de stabilité.

S'il a obtenu de haute lutte deux ans de répit pour revenir sous la barre des 3% du PIB pour son déficit public, c'est au moment où Paris s'apprête à détailler les moyens pour effacer celui-ci d'ici 2017 qu'il quitte son ministère.

A sa décharge, Pierre Moscovici a été confronté à une mission quasi impossible, mettre en oeuvre les engagements de la campagne de François Hollande, qu'il a dirigée, dans une conjoncture qui ne s'y prêtait pas.

SOCIAL-DÉMOCRATE DÉCLARÉ

Le choix de ce social-démocrate déclaré, qui eut pour mentor Dominique Strauss-Kahn, pour le portefeuille de l'Economie apparaissait logique à l'été 2012, d'autant qu'il était un des rares membres du gouvernement à avoir déjà une expérience ministérielle, aux Affaires européennes, de 1997 à 2002.

Mais il a vite eu du mal à imprimer sa marque dans une citadelle Bercy morcelée par la volonté de l'Elysée.

Sa cohabitation avec Arnaud Montebourg, le chantre de la démondialisation, a été orageuse jusqu'à ce que le ministre du Redressement productif, las de fustiger les "patrons voyous", se transforme en croisé de l'industrie à l'ombre de Colbert.

Arnaud Montebourg prend le portefeuille de l'Economie à la faveur de ce remaniement, les Finances tombant dans l'escarcelle de Michel Sapin.

Bien que la bagarre ne soit pas dans sa nature, Pierre Moscovici a du batailler aussi contre Matignon, qui a tenté de lui imposer un directeur du Trésor à la place de Ramon Fernandez, précieux collaborateur nommé sous la droite.

Jean-Marc Ayrault n'a pas pris plus de précaution quand il s'est emparé de l'étendard d'une remise à plat de la fiscalité, exercice explosif quand la conjoncture n'est pas favorable, sans en dire mot à l'administration des Finances.

LES MOMENTS DIFFICILES DE L'AFFAIRE CAHUZAC

Mais ses moments les plus difficiles, Pierre Moscovici les a vécus lors de la démission de Jérôme Cahuzac, concentrant les attaques de l'opposition qui l'a accusé d'avoir caché un temps les soupçons de fraude fiscale pesant sur son ministre délégué en charge du Budget.

A Bercy, il a été plus exécutant qu'inspirateur des grandes décisions de politique économique comme le "pacte de compétitivité", lancé sur la base de propositions de Louis Gallois fin 2012.

Et il a été accaparé à Bruxelles par la gestion des derniers soubresauts de la crise de la zone euro, avec le sauvetage de Chypre et la laborieuse mise en place d'outils pour éviter de nouveaux séismes, comme l'union bancaire.

Pierre Moscovici ne cachait pas être plus à l'aise depuis que François Hollande a clarifié sa ligne en prenant le tournant du "pacte de responsabilité", des baisses de charges pour les entreprises en échange d'investissements et d'emplois.

Donné partant dès que les premières rumeurs de remaniement ont commencé à courir, au printemps 2013, il assurait qu'il se sentait à sa place à Bercy, "un ministère où on doit construire dans la longue durée."

Mais il n'a jamais démenti l'intérêt qu'on lui prête pour des responsabilités européennes, auxquelles il rêve sans doute quand il prône le rapprochement des fonctions de commissaire aux affaires économiques et de président de l'Eurogroupe.

Né à Paris en 1957, diplômé de l'Ena en 1984, fils d'un sociologue renommé, Pierre Moscovici s'est bâti un fief électoral dans le Doubs industriel, dans le pays Peugeot, comme pour gommer son style d'intellectuel de la rive gauche.

Le couple singulier qu'il forme avec Marie-Charline Pacquot, une jeune philosophe de 30 ans sa cadette, et leur chat Hamlet, star des réseaux sociaux, a contribué à alimenter la rubrique people du début du quinquennat.

(Edité par Yves Clarisse)


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