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Pierre Moscovici défend le sérieux budgétaire sans austérité

Reuters24/04/2013 à 00:48

PIERRE MOSCOVICI DÉFEND LE SÉRIEUX BUDGÉTAIRE SANS AUSTÉRITÉ

PARIS (Reuters) - Pierre Moscovici a défendu mardi le choix de la France de réduire ses déficits à un rythme compatible avec la préservation de la croissance, au moment où l'Allemagne s'agace du débat sur l'impact de l'austérité en Europe et s'interroge ouvertement sur la volonté de réforme de la France.

Le ministre de l'Economie et des Finances présentait à l'Assemblée nationale le "programme de stabilité" 2013-2017, qui entérine le report d'un an de l'objectif de réduction du déficit public à 3% du PIB. Ce seuil serait atteint fin 2014, avec un déficit à 2,9%, au lieu de fin 2013, date à laquelle il serait de 3,7%.

Le gouvernement a écarté l'hypothèse d'un correctif budgétaire pour cette année, au grand dam de l'UMP, qui demande que la dégradation des comptes publics constatée ces derniers mois soit très rapidement compensée.

"Nous refusons absolument une gestion comptable de nos finances publiques", a dit Pierre Moscovici devant les députés.

"Le sérieux ne peut pas être abandonné (...) mais l'austérité n'est pas une solution", a-t-il ajouté, en saluant les appels du G20 et du Fonds monétaire international pour un ralentissement du rythme de consolidation budgétaire en Europe.

"Le climat anti-austérité gagne la communauté internationale", s'est-il félicité.

Les députés ont approuvé le texte mardi soir par 297 voix contre 220. Les groupes PS, écologiste et des radicaux de gauche ont voté pour. L'opposition UMP et UDI (centriste) a voté contre de même que le groupe du Front de gauche.

Après un débat au Sénat mercredi, le texte sera transmis à la Commission européenne qui fera des recommandations à tous les membres de l'UE fin mai, après avoir actualisé ses prévisions économiques.

La chancelière allemande, Angela Merkel, et ses alliés s'agacent du débat sur l'impact négatif d'une austérité généralisée en Europe. "J'appelle cela équilibrer le budget", a-t-elle dit lundi. "Tous les autres utilisent ce terme, austérité. Cela lui donne une tonalité vraiment démoniaque."

Un spécialiste du budget appartenant à son parti, Norbert Barthle, a confié quant à lui que "c'est la France qui nous inquiète le plus".

"IRRESPONSABLE"

Le programme de stabilité prévoit un effort de 20 milliards d'euros l'an prochain (dont 14 milliards sur les dépenses et 6 milliards sur les recettes), après celui de près de 40 milliards voté pour cette année et concentré sur des hausses d'impôts.

Malgré la modification des paramètres pour 2013, avec une croissance du PIB désormais attendue à seulement 0,1% et un déficit public à 3,7% au lieu de 3%, aucune loi de finances rectificative ("collectif budgétaire") n'est prévue.

Face à l'"érosion des recettes" et à "l'envolée des dépenses", "ça me paraît irresponsable de refuser de faire un collectif, un ajustement des comptes 2013", déplore le président UMP de la commission des Finances de l'Assemblée, Gilles Carrez.

"Nous avons absolument besoin de dire la vérité des comptes aux Français et de prendre un certain nombre de mesures de correction dans les trois mois qui viennent", ajoute-t-il dans un entretien diffusé mardi sur le site du quotidien Les Echos.

Les chiffres les plus récents, à fin février, montrent un creusement du déficit de l'Etat par rapport aux deux premiers mois de 2012, à -27,1 milliards d'euros contre -24,2 milliards, avec une hausse des dépenses et une baisse des recettes.

L'an dernier, le déficit public s'est établi à 4,8% du PIB au lieu de 4,5% prévu initialement.

3% EN 2015 ?

Selon l'institut Coe-Rexecode, les deux premiers mois de 2013 montrent que ramener le déficit à 3,7% à la fin de l'année sera "difficile".

Au-delà, les critiques se portent sur la prévision d'une croissance de 1,2% de l'économie française en 2014, retenue par la Commission européenne et reprise par le gouvernement. Les économistes interrogés ce mois-ci dans le cadre d'une enquête Reuters attendent en moyenne 0,8% et le FMI 0,9%.

Michel Martinez, économiste à la Société générale, voit pour cette raison l'objectif de déficit public à 3% "probablement repoussé à 2015".

Pour compenser une croissance moins dynamique que prévu, le gouvernement pourra décider de nouveaux efforts ou accepter un dérapage du déficit, en insistant sur l'importance de l'effort structurel engagé, qui gomme les effets de la conjoncture.

Cette dernière hypothèse "est notre principal scénario", écrit-il dans une note.

Pierre Moscovici a défendu son choix devant les députés, déclarant : "Ne pas croire et ne pas savoir que le potentiel de l'économie française est supérieur à 0,1% en 2013 et 1,2% en 2014, ce serait plus que du pessimisme, ce serait du défaitisme".

Selon Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank, la Commission européenne pourrait critiquer le manque de détails fournis par la France sur la réduction de ses dépenses publiques. "Comme d'habitude, le programme de stabilité est assez vague sur les mesures" qui seront prises, écrit-il.

Les doutes sur ce nouveau programme ne se traduisent pour l'instant par aucune défiance des investisseurs.

Signe de l'appétit pour la dette française, le rendement des obligations d'Etat à 10 ans a ainsi battu mardi son plus bas niveau historique, à 1,703% sur la plate-forme de transaction Tradeweb.

Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou, avec Emile Picy, édité par Patrick Vignal

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