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Patronat et syndicats jouent les prolongations sur les retraites

Reuters22/06/2015 à 16:33

NOUVELLE SESSION DE NÉGOCIATION SUR LES RETRAITES ENTRE LES PARTENAIRES SOCIAUX

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Les partenaires sociaux se sont retrouvés lundi pour une nouvelle session de négociation sur l'avenir des retraites complémentaires des salariés français mais un accord paraît encore hors d'atteinte malgré des concessions patronales.

La nouvelle mouture du projet d'accord soumise vendredi aux syndicats par le Medef est encore jugée trop déséquilibrée par ces derniers.

"On sait qu’il y a un effort à faire mais on veut que l’effort soit partagé entre les retraités, les salariés et les entreprises", a résumé dimanche le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

"Donc ça nécessite aussi qu’il y ait une contribution des entreprises", a-t-il ajouté.

Les organisations patronales et syndicales se sont déjà résignées à ce que cette session ne soit pas la dernière et à l'idée de poursuivre les discussions, sans doute en septembre.

Les caisses Arrco et Agirc, gérées par les partenaires sociaux, assurent à 12 millions de retraités un complément de revenu représentant 25% à 50% de leur pension, voire les deux tiers pour des cadres supérieurs, pour un montant total de plus de 70 milliards d'euros par an.

Comme le régime de base des retraites et le système de protection sociale en général, l'équilibre financier des retraites complémentaires est affecté par le vieillissement de la population, l'atonie économique et la montée du chômage.

Si rien n'est fait, les réserves de l'Agirc, le régime des cadres, seront épuisées en 2018 et celles de l'Arrco, à laquelle sont affiliés la quasi totalité des salariés du privé, vers 2023-2025, en raison de déficits répétés, estiment les experts.

Le patronat évalue leur besoin de financement entre 8,4 et 11,2 milliards d'euros à l'horizon 2020. Il propose des mesures qui permettraient de faire 6,9 milliards d'euros d'économies d'ici 2020, 10,8 milliards en 2030 et 14,4 milliards en 2040.

POINTS DE BLOCAGE

Il souhaite notamment inciter les cotisants bénéficiant d'une pension à taux plein du régime de base avant 67 ans à retarder leur départ à la retraite, par le biais d'un système d'abattements progressifs et temporaires.

Ces abattements sur l'allocation Agirc-Arrco seraient appliqués pendant trois années au maximum après le départ à la retraite (30% la première année, 20% la deuxième et 10% la troisième) et s'annuleraient à partir de 65 ans.

Les syndicats s'élèvent contre un tel système et la volonté du Medef d'en faire un moyen de pousser les salariés à prolonger leur carrière. La CFDT serait éventuellement prête à accepter un abattement mais de 10% maximum.

"Ça joue sur le levier de l’âge et pour nous ce n’est pas le bon levier, le bon levier c’est la durée de cotisation", a fait valoir dimanche Laurent Berger.

La CFTC est pour sa part prêt à un abattement maximum de 5% mais en échange d'une hausse de cotisation.

Le fait que le patronat refuse à ce stade d'envisager une augmentation des ressources de l'Agirc et de l'Arrco par le biais d'une revalorisation des cotisations est aussi un point de blocage pour tous les syndicats.

Faute de progrès envisageable à ce stade sur ces deux volets, les partenaires sociaux pourraient tenter, lors de cette session, d'avancer sur la gouvernance de l'Agirc-Arrco et la fusion éventuelle de ces deux régimes.

"Si on peut avancer sur un nouveau régime unifié et les règles de pilotage, ça ne sera pas une séance pour rien", a dit le négociateur de la CFDT Jean-Louis Malys à son arrivée.

Mais la CFE CGC, syndicat de l'encadrement, ne veut pas entendre parler de fusion sans que soit défini au préalable un statut des cadres, de même que la CGT, pour laquelle le Medef met "la charrue avant les boeufs".

(Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)


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