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Paris écarte toute faille dans le suivi d'Abballa

Reuters15/06/2016 à 13:21
    * Une surveillance qui n'a décelé aucun risque imminent 
    * Abballa a même trompé ses proches 
    * On juge les faits, pas les intentions, dit Urvoas 
    * La déradicalisation, le prochain grand chantier 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 15 juin (Reuters) - Le gouvernement français a écarté 
mercredi toute faille des renseignements dans le suivi du tueur 
d'un couple de policiers lundi soir à Magnanville (Yvelines), 
soulignant la difficulté de déceler le passage à l'acte 
"solitaire" en matière terroriste.  
    Larossi Abballa, 25 ans, était parfaitement connu de la 
justice antiterroriste et du renseignement français, et ce 
depuis cinq ans.  
    Dès 2011, il disait vouloir partir "à la chasse" aux 
mécréants, et menaçait de "faire tomber la tête" d'un avocat. 
 ID:nL8N1961SL   
    "Le passage à l'acte solitaire, comme cela a été le cas 
lundi soir, est (...) le plus difficile à déceler", a estimé sur 
France Inter le Premier ministre Manuel Valls.  
    "Je ne laisserai pas dire qu'il y a eu de la part de nos 
forces chargées de la lutte contre le terrorisme la moindre 
négligence ni le moindre manque de discernement", a-t-il ajouté. 
    En mai 2011, Larossi Abballa a été incarcéré pour sa 
participation à un réseau d'acheminement de candidats au djihad 
vers le Pakistan. Derrière les barreaux, il s'est fait remarquer 
pour son prosélytisme radical.  
    En février dernier, il a de nouveau été placé sur écoutes 
dans le cadre d'une enquête sur une filière de départs vers la 
Syrie. Mais à aucun moment les autorités n'ont perçu de risque 
imminent de sa part.  
     
    SON EX-PETITE AMIE N'A RIEN VU 
    "Cet individu, devenu un monstre à l'instant où il tue, 
auparavant n'avait pas annoncé de signes de préparation" d'un 
acte violent, a souligné sur France Info le ministre de la 
Justice, Jean-Jacques Urvoas.  
    "En France, nous ne jugeons pas les intentions, nous jugeons 
les faits", a-t-il ajouté.  
    Après sa condamnation pour association de malfaiteurs en 
lien avec une entreprise terroriste, en septembre 2013, Larossi 
Abballa a respecté toutes les obligations fixées par le juge 
dans le cadre de son sursis avec mise à l'épreuve, jusqu'à fin 
2015.  
    "Il a été vu tous les mois par un personnel d'un service 
d'insertion et de probation (SPIP), et au bout des deux ans de 
mise à l'épreuve, très légitimement, les contraintes qui lui 
avaient été posées ont été levées", souligne le ministre. 
    Le SPIP a même pointé "un discours lisse" de sa part sur les 
faits commis, a indiqué mardi le procureur de Paris.  
    Le jeune homme a réussi à tromper jusqu'à certains de ses 
proches. Sur France Info, son ex-petite amie, restée son intime, 
raconte ainsi ne pas avoir perçu le moindre signe de sa 
radicalisation.  
    "C'était un petit jeune de quartier qui pensait à s'amuser, 
à faire la fête", raconte-t-elle. Il avait changé, 
reconnaît-elle, mais "dans le bon sens". "Il s'est rapproché de 
Dieu, il a voulu faire ses prières correctement, mais rien 
d'alarmant." 
     
    LA DÉRADICALISATION, UN MOT PLUS QU'UNE RÉALITÉ 
    Le contrôle auquel il a été astreint à sa sortie de prison 
était-il trop restreint ? Faut-il renforcer les modalités du 
contrôle judiciaire et du sursis avec mise à l'épreuve en 
matière terroriste ? 
    "Quand il nous arrive un tel drame, le devoir de la 
puissance publique est de s'assurer que nous avons les outils 
pour y répondre", estime le ministre de la Justice. Mais "la 
réponse doit être réfléchie, rien ne serait pire que 
l'improvisation", ajoute-t-il.  
    Le cas de Samy Amimour, l'un des trois assaillants du 
Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort en novembre 2013, 
qui a pu rejoindre la Syrie malgré son placement sous contrôle 
judiciaire pour un projet avorté de départ vers le Yémen, avait 
lui aussi soulevé cette question.  ID:nL8N13C270  
    Interrogé à ce sujet devant une commission d'enquête 
parlementaire, Jean-Jacques Urvoas l'a récemment jugée légitime. 
"Ce n'est pas une question de volonté, ni d'intention, ni même 
de droit", a-t-il dit. "C'est la question des moyens." 
    Le ministre de la Justice a par ailleurs estimé que tout 
restait à faire en matière de renseignement pénitentiaire, alors 
que le rôle des prisons comme incubateur ou accélérateur de la 
radicalisation est décrit par de nombreux experts. 
 ID:nL8N18T5BQ  
    Poussé par la droite à mettre en place des centres de 
rétention pour les personnes radicalisées, le gouvernement 
socialiste a fermement rejeté cette idée mercredi.  
    L'un des grands chantiers qui reste devant lui est celui de 
la "déradicalisation", qui doit mener à la création d'un centre 
dédié cet été. A ce stade, "la déradicalisation, c'est un mot, 
ce n'est pas une réalité", selon Jean-Jacques Urvoas.  
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 

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