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Pakistan: Imran Khan met fin à sa "longue marche", continue d'exiger des élections
information fournie par AFP26/05/2022 à 15:46

Un partisan de l'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan court au milieu des gaz lacrymogènes lancés par la police à Swabi le 25 mai 2022 ( AFP / Abdul MAJEED )

Un partisan de l'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan court au milieu des gaz lacrymogènes lancés par la police à Swabi le 25 mai 2022 ( AFP / Abdul MAJEED )

L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan a lancé jeudi un ultimatum au gouvernement, le sommant de convoquer sous six jours des élections sous peine d'être confronté à de nouvelles manifestations, après avoir mené jusqu'à Islamabad plusieurs milliers de ses partisans qu'il a ensuite appelés à se disperser.

M. Khan avait demandé à ses partisans de se joindre à lui mercredi pour une "longue marche" vers la capitale. Mais il n'a pas mobilisé autant de monde qu'escompté, la police ayant employé les grands moyens pour dissuader ses soutiens de répondre à cet appel.

Celle-ci avait dès mercredi matin verrouillé l'accès à la capitale, placée sous haute surveillance, et bloqué plusieurs routes de province y menant, pour empêcher les membres du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), le parti de M. Khan, de l'atteindre.

Des échauffourées ont éclaté toute la journée entre la police, qui a recouru par endroits aux gaz lacrymogènes, et les manifestants qui ont tenté d'enlever les barrages placés sur la route d'Islamabad. En fin de soirée, un ordre de la Cour suprême a finalement contraint la police à laisser les marcheurs entrer dans la capitale.

L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan (3ème à partir de la droite), lors d'un rassemblement de ses partisans à Attock le 25 mai 2022 ( AFP / Aamir QURESHI )

L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan (3ème à partir de la droite), lors d'un rassemblement de ses partisans à Attock le 25 mai 2022 ( AFP / Aamir QURESHI )

Renversé le 10 avril par une motion de censure, M. Khan a depuis organisé de vastes rassemblements dans le pays pour faire pression sur la fragile coalition au pouvoir, imposée, selon lui, par une "conspiration étrangère".

Après une journée et une nuit de forte tension, l'ancien joueur vedette de cricket s'est adressé jeudi matin à quelques milliers de fidèles - bien moins qu'il ne l'avait espéré - dans le centre de la capitale, et a appelé à la fin de la marche.

"Le message que je lance à ce gouvernement importé, c'est qu'il doit annoncer des élections sous six jours. Dissolvez les assemblées et convoquez une élection en juin", a-t-il déclaré, prévenant que si ce n'était pas le cas, il organiserait un nouveau rassemblement dès la semaine prochaine.

- 'Pas de pouvoir de négociation' -

Mais le Premier ministre Shehbaz Sharif n'a aucunement l'intention de céder à cette injonction. "Nous n'accepterons pas ce diktat. La date des élections sera décidée par cette chambre", a-t-il déclaré dans l'après-midi devant l'Assemblée nationale. "S'il pense pouvoir nous faire chanter, il se trompe", a-t-il insisté.

Après le discours de M. Khan, ses partisans se sont dispersés dans le calme et la situation est revenue à la normale dans tout le pays.

Pour Qamar Cheema, un analyste politique, l'expérience est un échec pour M. Khan, la répression policière l'ayant empêché de laisser plus longtemps les siens dans la rue comme il l'envisageait.

"Avec seulement 30.000 personnes, ce n'était pas une bonne idée de rester à Islamabad et de faire face à la puissante police qui a brisé sa dynamique. Si les gens étaient venus en nombre, il n'aurait pas donné un ultimatum de six jours. Il n'avait pas de pouvoir de négociation", a estimé M. Cheema.

Le gouvernement s'était dit mardi déterminé à empêcher la tenue d'un événement qui ne viserait qu'à "diviser la nation et propager le chaos".

La date limite pour la tenue des élections législatives est fixée à octobre 2023, ce qui correspondait à la fin du mandat de M. Khan. Après avoir hésité, le gouvernement semble avoir fait le choix de tenter de redresser un peu l'économie du pays, avant de se présenter devant les électeurs.

Imran Khan a été poussé sur la touche, car sa propre coalition a éclaté principalement sous l'effet du délabrement de l'économie, avec une croissance restée nulle depuis trois ans, une inflation élevée, une roupie faible et une dette qui s'est creusée.

- 'Prêts à revenir' -

Des partisans de l'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan lors d'une manifestation à Islamabad le 26 mai 2022 ( AFP / Aamir QURESHI )

Des partisans de l'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan lors d'une manifestation à Islamabad le 26 mai 2022 ( AFP / Aamir QURESHI )

La Cour suprême a mis en demeure les autorités de libérer les personnes détenues par la police au cours des dernières 24 heures. Au total, 1.700 personnes ont été arrêtées depuis lundi, selon le gouvernement, la police ayant perquisitionné à l'avance des maisons de membres du PTI.

Même si certains des partisans de M. Khan étaient déçus, ils se disaient prêts à suivre ses ordres. "Nous lui obéissons quelle que soit sa décision", a déclaré Muhammad Uzair, un vendeur de vêtements. Mais "nous sommes prêts à revenir dans six jours", a-t-il prévenu.

Imran Khan avait été élu en 2018 en dénonçant la corruption des élites symbolisée par la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de M. Sharif et le Parti du peuple pakistanais (PPP) de la famille Bhutto, deux partis longtemps rivaux qui ont dominé la vie politique nationale pendant des décennies.

L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan salue ses partisans en descendant d'un hélicoptère pour marcher sur Islamabad le  25 mai 2022 ( AFP / Abdul MAJEED )

L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan salue ses partisans en descendant d'un hélicoptère pour marcher sur Islamabad le 25 mai 2022 ( AFP / Abdul MAJEED )

Il s'est accroché au pouvoir, au risque de polariser un peu plus la société pakistanaise. Engagé depuis plusieurs mois dans une surenchère rhétorique, il n'a pas hésité à prétendre que sa chute était le fruit d'une "conspiration" ourdie par les États-Unis. L'accusation a été jugée fantaisiste par Washington.

Mais il a finalement dû se résoudre à voir la PML-N et le PPP revenir au pouvoir, cette fois-ci associés dans un gouvernement de coalition.

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