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Optimisme pour la COP21 côté français, malgré les obstacles

Reuters27/10/2015 à 12:48

LAURENCE TUBIANA SE VEUT OPTIMISTE POUR LA COP21

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La négociatrice française pour la conférence climat de décembre à Paris croit toujours un accord possible, malgré les maigres résultats de la dernière session de négociations préparatoires à Bonn la semaine passée, mais préconise un changement de méthode.

Les tractations entre les 195 pays participants ont encore buté, parmi d'autres points durs, sur la question de l'aide aux Etats les plus pauvres et les plus vulnérables mais aussi sur la définition de ce que devrait être une économie "décarbonnée".

"Il y a eu quand même des avancées, même si elles sont difficiles à repérer, mais on n'a pas vraiment négocié ; on a ajouté des amendements", reconnaît Laurence Tubiana dans une interview accordée à Reuters.

Le résultat est un texte accumulant options contradictoires et répétitions, dans lesquelles le secrétariat de la convention cadre de l'Onu sur le climat va faire un premier tri.

Laurence Tubiana reconnaît que la "mécanique multilatérale" ralentit "énormément" le processus à cause de la multiplicité des situations économiques et de la tentation des négociateurs d'attendre la dernière minute pour conclure un compromis.

Si la nécessité d'enrayer le réchauffement climatique ne fait plus débat, le projet d'article correspondant comprend ainsi pas moins de six propositions de formulation, de "sous 2°C" à "sous 1,5°C" en passant par "bien en-dessous de 2°C".

La traduction concrète de cet objectif n'est pas tranchée. Plusieurs formules tournent autour de l'idée, soit d'économie ou de développement sobre en carbone, soit de "décarbonation".

32 PAGES

"Mais ça ne veut pas dire la même chose pour les différents pays", souligne la négociatrice française. "Beaucoup ne comprennent pas très bien ce que décarbonation signifie."

Quant aux pays producteurs de pétrole, "ils sont hostiles à l'idée de tout centrer sur le carbone", ajoute-t-elle. "Ils préfèrent qu'on parle de baisse les émissions totales de gaz à effet de serre, y compris celles de l'agriculture."

Laurence Tubiana cite aussi parmi les points de blocage la différenciation des obligations des pays selon leur niveau de développement, les mécanismes de mesure et de vérification, les clauses de révision de l'accord et des contributions des Etats.

La question de la solidarité internationale envers les pays touchés de façon irréparable par le réchauffement, petits Etats insulaires en tête, fait aussi partie de ces points durs.

Etats-Unis, Australie et Canada sont contre son inscription dans l'accord de Paris. "L'Union européenne n'est pas forcément pour mais ouverte à la discussion", précise Laurence Tubiana.

Cette question est distincte du financement de l'aide aux pays en développement pour qu'ils s'engagent sur la voie d'une économie sobre en carbone et s'adaptent au réchauffement.

Selon Laurence Tubiana, ces pays souhaitent que cette aide dépasse, après 2020, les 100 milliards de dollars par an promis par les pays développés à la conférence de Copenhague, en 2009.

"On a un projet d'accord de 32 pages, qui va tomber peut-être à 15 ou 20 pages à Paris. C'est tout à fait gérable", juge-t-elle cependant. "On n'est jamais à l'abri d'un accident mais il y a une vraie volonté politique d'y arriver (...) Je pense qu'il y a de bonnes chances d'avoir un accord."

154 CONTRIBUTIONS NATIONALES

Elle en veut pour preuve le fait que 154 pays sur 195 aient, à ce jour, déposé à l'Onu leur programme national de réduction des émissions de gaz à effet de serre. "C'est déjà un succès", dit-elle, même si cela ne suffira pas à mettre la planète sur la trajectoire d'un réchauffement limité à 2°C d'ici 2100.

"Ajouter un an ou deux de négociations ne changerait absolument rien à l'affaire", ajoute Laurence Tubiana. "Les gens savent ce qui est difficile pour eux. Il faut trouver un accord que tout le monde puisse signer, donc il faut être raisonnable sur ce qu'on peut obtenir à Paris."

Pour la négociatrice française, cela passe par un changement de méthode de travail.

Jusqu'ici, les négociations se sont beaucoup déroulées sujet par sujet au sein de groupes de travail, sans nécessairement une vision globale du projet d'accord en cours d'élaboration, d'où les nombreuses options et répétitions, explique-t-elle.

"A partir du 1er décembre, il faut qu'on ait une méthode efficace et rapide", fait valoir Laurence Tubiana, pour qui cette méthode doit également être bien comprise par les pays.

"Tous les pays sont très sensibles aux questions de procédure. Ils ont toujours peur d'être exclus ou qu'il y ait une négociation secrète", souligne-t-elle.

Un incident a ainsi opposé jeudi à Bonn les pays émergents ou en développement du groupe des "77" aux deux co-présidents des discussions sur le projet d'accord, deux diplomates accusés d'avoir voulu tenir une réunion avec les seuls pays développés.

"Il y a eu manifestement un malentendu entre les co-présidents et le groupe des 77 (...) Il ne faut évidemment pas avoir ce genre de maladresse", estime Laurence Tubiana.

Elle admet cependant en être encore au stade de la réflexion et de la concertation sur la future méthode de travail.

(Edité par Yves Clarisse)


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