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Obama isolé sur la Syrie à l'ouverture du G20

Reuters05/09/2013 à 20:42

LES QUESTIONS ÉCONOMIQUES ÉCLIPSÉES PAR LE DOSSIER SYRIEN AU G20

par Timothy Heritage

SAINT-PETERSBOURG, Russie (Reuters) - Le président américain Barack Obama s'est retrouvé isolé sur le dossier syrien jeudi à l'ouverture du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, où il a dû entendre de nombreuses mises en garde contre son projet de frappes militaires contre Damas.

Les dirigeants des principaux pays industrialisés et émergents sont réunis pour deux jours dans l'ancienne capitale des tsars pour tenter de bâtir un front uni sur la croissance, le commerce, la transparence bancaire ou encore la lutte contre l'évasion fiscale.

Mais la perspective d'une intervention militaire américaine en Syrie a relégué au second plan les préoccupations économiques du forum, qui représente deux tiers de la population mondiale et 90% de la richesse de la planète.

Vladimir Poutine souhaite profiter de la tribune de Saint-Pétersbourg pour dissuader Barack Obama de mener à bien son projet de frappes militaires limitées contre le régime syrien en réponse au bombardement à l'arme chimique du 21 août dans les faubourgs de Damas, que Washington, comme la France, impute au gouvernement de Bachar al Assad.

Le président russe insiste sur la nécessité d'apporter des preuves "convaincantes" de l'implication du régime syrien et de faire valider toute intervention par le Conseil de sécurité de l'Onu, où Moscou possède un droit de veto et a déjà bloqué trois projets de résolution contre son allié syrien.

À Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a engrangé les soutiens implicites de la Chine, du groupe des BRICS, de l'Union européenne et du pape.

"LA PISTE VAINE D'UNE SOLUTION MILITAIRE"

Lors d'une conférence de presse, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhu Guangyao, a estimé qu'une action militaire serait nuisible pour l'économie mondiale, en provoquant une hausse des prix du pétrole.

Selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, les dirigeants du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont également estimé que des frappes en Syrie auraient un impact "extrêmement négatif" sur l'économie.

Dans une lettre adressée à Vladimir Poutine, le pape François a exhorté les dirigeants de la communauté internationale à "écarter la piste vaine d'une solution militaire".

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont appelé à une solution politique pour mettre fin au conflit syrien, qui a fait plus de 100.000 morts depuis 2011.

"Tout en respectant les récents appels à agir, nous soulignons dans le même temps la nécessité d'avancer en s'attaquant au problème par le biais des Nations unies", a déclaré Herman Van Rompuy.

Lui-même isolé sur le dossier syrien et prié de modérer son soutien à Damas lors du dernier sommet du G8 en juin à Enniskillen, en Irlande du Nord, Vladimir Poutine peut savourer le retournement de situation en sa faveur.

Barack Obama n'a pas prévu de le rencontrer en tête à tête depuis que Moscou a accordé l'asile au "lanceur d'alerte" Edward Snowden, mais le chef du Kremlin espère aborder la question syrienne lors du dîner de jeudi réunissant tous les dirigeants.

LES BRICS PROMETTENT $100 MILLIARDS

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, et l'émissaire spécial de l'Onu sur la Syrie, Lakhdar Brahimi, sont également à Saint-Pétersbourg afin de promouvoir le projet d'une conférence de paix "Genève II", resté lettre morte depuis que Washington et Moscou l'ont proposé en mai.

Les ministres des Affaires étrangères des principales puissances du G20 - dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - doivent s'entretenir de la Syrie en marge du sommet. Les chefs de la diplomatie de l'UE se réuniront par ailleurs vendredi et samedi à Vilnius, en Lituanie, où le secrétaire d'Etat américain John Kerry sera présent.

La Russie a fait savoir aussi que le chef de la diplomatie syrienne, Walid al Moualem, se rendrait lundi à Moscou pour rencontrer son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Les Etats-Unis n'ont pour l'heure qu'un allié déclaré, la France, qui plaide pour une action "ponctuelle", "proportionnée" et "collective". Les parlementaires britanniques ont rejeté le principe d'une intervention que défendait le Premier ministre David Cameron.

Barack Obama a sollicité le feu vert du Congrès pour l'usage de la force armée en Syrie, ce qui repousse l'hypothèse d'une opération à lundi prochain au plus tôt, date à laquelle les élus du Capitole reprennent leurs travaux.

Sur le plan monétaire, le communiqué final du Groupe des 20 s'en tiendra aux termes convenus entre les ministres des Finances au mois de juillet, a déclaré le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Storchak. Les ministres avaient alors promis d'être "vigilants face aux risques et aux effets collatéraux négatifs des périodes prolongées d'assouplissement quantitatif" et que les changements de politique monétaire seraient "calibrés avec soin et communiqués avec clarté".

Les pays du groupe des BRICS vont par ailleurs contribuer à hauteur de 100 milliards de dollars (76 milliards d'euros) à un fonds destiné à stabiliser le marché des changes, déstabilisé depuis plusieurs mois par la perspective du changement de politique monétaire de la Fed, ont annoncé la Chine et la Russie.

Un projet visant à peaufiner la régulation du marché international des produits dérivés - comme les contrats à terme, les options, et les swaps -, afin d'éviter le risque d'explosion des marchés, sera présenté aux dirigeants à Saint-Pétersbourg.

En outre, le Conseil de stabilité financière (FSB) du G20 devrait donner jusqu'à 2015 au "système bancaire parallèle" ("shadow banking") pour se conformer aux nouvelles réglementations internationales.

Avec Gernot Heller, Luke Baker, Tetsushi Kajimoto, Lidia Kelly, Steve Gutterman, Katya Golubkova, Douglas Busvine, Alessandra Prentice et Denis Pinchuk, Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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