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Nicolas Sarkozy à quitte ou double face au Front national

Reuters09/12/2015 à 16:06

NICOLAS SARKOZY DÉFEND SA STRATÉGIE DROITIÈRE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy, contraint de défendre sa légitimité à la tête des Républicains depuis le camouflet subi au premier tour des régionales, se raidit face à la critique et persiste dans sa stratégie droitière en balayant un débat qui "n'a aucun sens".

L'ancien chef de l'Etat le sait, la campagne pour l'investiture présidentielle à droite n'attendra plus 2016 : dès dimanche soir, à l'issue d'un second tour qui s'annonce délicat pour les Républicains et leurs alliés centristes, les hostilités seront ouvertes. Avec le perdant de 2012 en ligne de mire.

Nicolas Sarkozy a donc décidé de défier sans attendre ses principaux adversaires à la primaire -- Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, qui dénoncent chacun à leur manière les dérives de la droite "décomplexée".

Ainsi mardi soir, lors d'un meeting de soutien à Virginie Calmels, chef de file LR-UDI-MoDem en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, a-t-il préempté les thèmes du Front national pour tenter de conquérir, ou reconquérir, les quelque six millions d'électeurs qui l'ont placé en tête dans six régions.

"Le vote FN n'est pas immoral", a-t-il lancé alors qu'à ses côtés l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, avocat des centristes de LR, alertait contre le danger de "courir derrière le Front national".

Les propos de Nicolas Sarkozy ont fait bondir les tenants de la ligne modérée au sein des Républicains mais aussi les centristes de l'UDI.

Mercredi sur France Inter, le président des Républicains a poursuivi sur cet argumentaire, auquel plusieurs hauts responsables de l'ex-UMP imputent la défaite de 2012, et a même repoussé le débat réclamé par les caciques du parti alors qu'il avait convenu de sa nécessité mardi devant les députés de LR.

"Le débat sur la ligne n'a aucun sens, parfois je me demande si on vit sur la même planète", a-t-il dit. "La question n'est en rien une question de ligne pour savoir si on est plus à droite ou plus au centre, la question c'est (...) est-ce qu'on peut s'en sortir?"

"Voulez-vous me dire le nombre de fois où M. Hollande, président de la République socialiste a reçu Mme (Marine) Le Pen? Si c'était immoral, pourquoi l'aurait-il reçue?"

"MAIS QU'ILS SE TAISENT"

L'ancien ministre Xavier Bertrand, qui affronte dimanche en duel la présidente du FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie après le retrait des listes socialistes au nom du "front républicain", a laissé éclater son exaspération mercredi sur Europe 1 : "Mais qu'ils se taisent bon sang!"

"Il a un devoir, Nicolas Sarkozy : c'est, dans la même phrase, de dire que les dirigeants du FN, que Mme Le Pen, a un comportement immoral", a-t-il ajouté.

Marine Le Pen a moqué sur Europe 1 la stratégie à géométrie variable des Républicains.

"Au même moment où Nicolas Sarkozy essaie de draguer les électeurs du FN, Xavier Bertrand et Christian Estrosi (en Provence-Alpes-Côte d'Azur face à Marion-Maréchal Le Pen-NDLR) font un virage à gauche au point, même si l'un est motocycliste, de se retrouver dans le décor."

Des députés LR, de retour de leur circonscription où les électeurs grondent, s'inquiètent d'une attitude "suicidaire".

"Maintenant ça suffit, il faut absolument changer de stratégie : cette semaine on la ferme, mais à partir de lundi, il va vraiment falloir entrer dans le vif du sujet", a dit l'un d'eux à Reuters, sous le sceau de l'anonymat.

Nicolas Sarkozy prend aussi le risque de s'aliéner les centristes, dont le renfort est essentiel pour la présidentielle de 2017, même si les candidats de l'UDI ont réalisé des contre-performances au premier tour des régionales.

"Moi je ne juge pas la moralité d'un bulletin de vote ou d'un électeur", a prévenu mercredi sur RFI le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui s'est déjà opposé à Nicolas Sarkozy sur la doctrine du "ni ni" (ni fusion, ni retrait des listes au second tour). "Le programme du Front national n'est pas moral", a-t-il souligné.

"Plus on droitise le discours, a-t-il jugé, plus on valide les thèses absurdes de l'extrême droite." "Je pense que c'est une erreur".

(avec Marine Pennetier et Emile Picy, édité par Yves Clarisse)


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