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Najat Vallaud-Belkacem veut la "disparition" de la prostitution

Reuters24/06/2012 à 22:58

Najat Vallaud-Belkacem veut la "disparition" de la prostitution

PARIS (Reuters) - La ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem veut rendre illégal le recours à des prostituées en France, pays qui pour l'instant ne réprime pas cette activité mais seulement le proxénétisme et la traite des êtres humains.

Cette position exprimée dans le Journal du dimanche fait suite à une "résolution" parlementaire en ce sens - texte sans portée contraignante - adoptée sous l'ancien gouvernement de droite par les députés. Aucun projet précis de législation n'est pour l'instant formulé.

"Mon objectif, comme le PS, c'est de voir la prostitution disparaître. Je ne suis pas naïve, je sais que c'est un chantier de long terme", dit Najat Vallaud-Belkacem, qui est aussi porte-parole du gouvernement.

"Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls et moi-même ne resterons pas inactifs sur cette question", ajoute-t-elle, évoquant une pénalisation des clients.

"Sans aucun jugement moral, il s'agit de protéger l'immense majorité des prostituées, qui sont d'abord des victimes de violences de la part des réseaux, des proxénètes", dit-elle.

Ce débat ouvert depuis toujours a été relancé en France ces derniers mois par le très fort développement de la prostitution de rue, alimenté par des réseaux étrangers.

Les 18.000 à 20.000 prostituées que compterait le pays viennent désormais du monde entier, du fait d'une mondialisation croissante de l'activité. Elles travaillent plus souvent en périphérie des grandes villes, dans les forêts ou dans de faux "salons de massage", a dit ainsi la fondation Scelles dans un rapport remis en janvier.

Les "abolitionnistes" espèrent mettre fin à cette activité en faisant de la prostitution un délit et en menaçant les clients de prison, peine déjà encourue si les prostituées sont mineures. Cette législation existe dans certains pays, comme aux Etats-Unis, où la prostitution est cependant très loin d'avoir disparu.

Les opposants à une pénalisation de l'activité de prostitution et au recours à la prostitution estiment que ce phénomène en lui-même, s'il constitue un commerce librement consenti entre majeurs, n'a pas à être interdit.

Le problème est ailleurs, selon certains. En cas de prostitution sous contrainte, la loi française dispose des armes de répression sur le proxénétisme, c'est-à-dire sur tout concours à l'organisation de l'activité, mais elle ne donne pas de droits aux prostituées victimes.

Elles prennent donc un grand risque en dénonçant leurs proxénètes puisqu'elles ne peuvent actuellement demander l'asile en France qu'au terme des poursuites, et sont de facto souvent expulsées dans leur pays.

Un précédent gouvernement de droite a instauré en 2003 un délit de "racolage passif" dirigé contre les prostituées et passible en théorie de deux ans de prison et 3.750 euros d'amende. Il est peu appliqué car policiers et magistrats peinent à traiter les prostituées en délinquantes.

L'association "Osez le féminisme" a salué les propos de la ministre et l'a appelée à réaliser ses engagements.

"On ne saurait effectivement parler d'égalité entre les femmes et les hommes tant que le corps et le sexe des femmes pourra être acheté", écrit-elle.

"Nous soutiendrons tous les efforts qui seront faits pour aboutir à une loi qui comprendrait à la fois l'abrogation de la loi sur le racolage passif, la pénalisation des clients et une véritable éducation à l'égalité femmes-hommes", ajoute-t-elle.

Thierry Lévêque

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