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Multiples demandes d'enquête sur l'attaque chimique en Syrie

Reuters22/08/2013 à 21:44

LA SYRIE APPELÉE À AUTORISER UNE ENQUÊTE SUR LES ACCUSATIONS D'ATTAQUE CHIMIQUE

par Dominic Evans et Khaled Yacoub Oweis

BEYROUTH/AMMAN (Reuters) - De nombreuses voix se sont élevées jeudi pour demander à la Syrie d'autoriser les experts en armes chimiques des Nations unies à se rendre sans tarder sur le site où l'opposition accuse le pouvoir d'avoir tué des centaines de personnes dans une attaque au gaz mercredi matin.

Le temps presse pour établir les preuves de cette attaque contestée par le pouvoir syrien, a souligné un porte-parole de l'opposition en soulignant que les équipes de sauvetage continuaient à découvrir des corps et que le bilan, compris entre 500 et 1.300 morts selon les estimations, devrait s'alourdir.

"Nous pensons que le nombre (de morts) va augmenter parce que nous venons de découvrir un quartier de Zamalka où il y a des maisons pleines de cadavres", a déclaré le porte-parole de la Coalition nationale syrienne (CNS), Khaled Saleh, à Istanbul où l'opposition se réunit depuis le début du conflit.

"Il y a un délai pendant lequel les inspecteurs peuvent prouver avec une probabilité élevée que des armes chimiques ont été utilisées. Nous disons: laissez les inspecteurs entrer aujourd'hui, ou demain au plus tard", insiste-t-il.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, qui s'était dit choqué mercredi après les premières informations faisant état de centaines de morts, a appelé jeudi le gouvernement syrien à autoriser les experts en armes chimiques de l'Onu présents à Damas depuis dimanche pour enquêter sur des faits antérieurs, à enquêter "sans tarder" sur les nouveaux faits.

"Une demande officielle en ce sens est en train d'être envoyée par les Nations unies au gouvernement syrien. Il (Ban) espère recevoir une réponse positive rapidement", lit-on dans un communiqué.

Ban Ki-moon a demandé à la Haute Représentante de l'Onu pour les affaires de désarmement, Angela Kane, de se rendre à Damas pour favoriser l'accès des inspecteurs aux sites concernés.

Le président français François Hollande s'est entretenu avec le secrétaire général de l'Onu de "l'usage probable d'armes chimiques", a fait savoir l'Elysée.

Selon Fahad Almasri, porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL) à Paris, l'ASL à Damas a recensé 1.729 morts après l'attaque de mercredi. En outre, 6.000 personnes souffrent de problèmes respiratoires.

CLARIFICATION

La Russie, principal allié de Bachar al Assad dans la guerre civile qui mine le pays depuis plus de deux ans, a appelé jeudi le gouvernement syrien et les Nations unies à trouver un terrain d'entente pour une enquête.

Mercredi, Moscou s'était bornée à dire par la voix d'un porte-parole de son ministère des Affaires étrangères que des civils avaient été tués par une "roquette artisanale chargée d'un agent chimique non identifié", y voyant une "provocation" probable des forces d'opposition pour faire accuser le président syrien.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni mercredi en fin de journée, a demandé que "la lumière soit faite" sur ces accusations mais il n'est pas parvenu à s'entendre pour demander une enquête à l'équipe de l'Onu déjà sur place, en raison, selon des diplomates, de l'opposition de la Russie et la Chine.

Jeudi, le même porte-parole russe, Alexandre Loukachevitch, a démenti que la Russie soit opposée à une enquête sur le site par les inspecteurs de l'Onu.

"Le groupe des observateurs est déjà sur place. Cette situation a été décidée par le Conseil de sécurité de l'Onu. Comment pourrions-nous nous y opposer? Au contraire, nous avons intérêt à une enquête sur ce qui s'est passé objectivement", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Les Nations unies et la Syrie se sont mises d'accord pour que les inspecteurs aient accès à trois sites d'enquête sur un total de 14 faits allégués. Un des cas a été signalé par le gouvernement syrien et le reste par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

REPRISE DES BOMBARDEMENTS

Sans réaction officielle à ces demandes émanant de tous bord, les forces de Bachar al Assad ont repris jeudi le bombardement des faubourgs de Damas contrôlés par les rebelles, notamment la plaine agricole de la Ghouta à l'est de la capitale.

Cela, souligne l'opposition, devrait encore un peu plus empêcher les inspecteurs de l'Onu de pénétrer dans la zone, qui n'est située à quelques kilomètres de l'hôtel où ils séjournent.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit jeudi matin souhaiter une "réaction de force de la communauté internationale" s'il y a la preuve de l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien. Il a toutefois précisé qu'il n'était "pas question d'envoyer des forces militaires". Il a ajouté que si le Conseil de sécurité ne pouvait prendre de décisions, il faudrait en prendre d'une autre manière, sans préciser ce qu'il entendait par là.

Son homologue allemand Guido Westerwelle a appuyé la demande de l'opposition syrienne d'un accès total aux sites concernés par les inspecteurs des Nations unies sur place.

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, qui s'exprimait lors de la même conférence de presse, a déploré l'inaction du Conseil de sécurité en estimant que "toutes les lignes rouges" avaient été franchies en Syrie.

L'Iran, allié de Damas, a estimé jeudi que le régime syrien ne pouvait pas être responsable de l'attaque chimique, et que, s'il y avait vraiment eu attaque chimique, elle devait être l'oeuvre de "groupes terroristes".

Autre allié de Bachar al Assad, la Chine a souhaité que les experts des Nations unies présents en Syrie agissent de manière "objective, impartiale et professionnelle" et en "pleine concertation" avec les autorités de Damas.

Israël a redit jeudi pour sa part que les forces syriennes avaient bien utilisé, selon ses services de renseignement, des armes chimiques mercredi, "pas pour la première fois", et l'Etat juif a accusé les grandes puissances de fermer les yeux.

Le Royaume-Uni, qui avait fustigé mercredi "la nature barbare" du régime de Bachar al Assad par la voie de son secrétaire au Foreign Office William Hague, a déclaré jeudi que sa priorité allait à la vérification des faits, tout en n'excluant aucune éventualité.

Avec John Irish à Paris; Tangi Salaün, Eric Faye, Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse


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