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Moscou réplique sur les produits agricoles US et européens

Reuters 07/08/2014 à 05:44

(Actualisé avec réaction de la Maison blanche § 9) par Polina Devitt et Dmitry Zhdannikov MOSCOU, 7 août (Reuters) - La Russie va interdire l'importation de tous les produits agricoles américains et des fruits et légumes de l'Union européenne en réplique aux dernières sanctions que lui ont imposées les pays occidentaux pour son rôle dans la crise ukrainienne, rapporte mercredi soir l'agence de presse Ria Novosti en citant les autorités sanitaires. "Tous les produits alimentaires qui sont produits aux USA et livrés en Russie seront interdits. Les fruits et légumes en provenance de l'UE seront frappés par cet embargo total", a déclaré Alexeï Aleksinko, porte-parole de l'agence de sécurité sanitaire (VPSS) cité par l'agence Ria Novosti. Cet embargo marque une intensification de la guerre économique que se livrent les deux blocs sur fond de tensions en Ukraine. La Russie est le premier importateur mondial de fruits et légumes européens. En 2011, elle représentait 21,5% des exportations de légumes européens et 28% des exportations de fruits. En 2013, l'industrie agroalimentaire américaine a exporté de son côté pour 1,5 milliard de dollars de produits alimentaires vers la Russie, qui est notamment le deuxième marché d'exportation des volailles américaines derrière le Mexique. L'an passé, 276.000 tonnes de volailles américaines ont été vendues en Russie, soit 8% des exportations du secteur, d'après les données du département américain de l'Agriculture. Dans la journée, Vladimir Poutine a signé un décret interdisant ou limitant les importations de produits agricoles en provenance des pays ayant adopté des sanctions économiques contre la Russie, a indiqué le Kremlin. Le président russe a ordonné à son gouvernement de dresser une liste de produits qui seront interdits d'importations pour une durée d'un an. Nul n'a pu être contacté auprès des services de surveillance sanitaire après l'annonce relayée par Ria Novosti. A Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne n'a pas souhaité faire de commentaire. Pour la Maison blanche, cet embargo va se retourner contre la population russe en alimentant l'inflation. "Riposter contre des entreprises ou des pays occidentaux accentuera l'isolement international de la Russie et provoquera davantage de dégâts à sa propre économie", a dit Laura Lucas Magnuson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale. Le conseil américain des exportateurs de volailles a déclaré pour sa part que l'impact de l'embargo serait limité tandis que la fédération des agriculteurs a estimé que la population russe aurait à souffrir de cette mesure: "Il s'agit évidemment d'une décision politique. Il est malheureux que les principaux perdants en seront les consommateurs russes qui vont devoir payer davantage pour leur nourriture", a réagi Bob Stallman, président de l'American Farm Bureau Federation. LE BRÉSIL PRÊT À EXPORTER PLUS Pour compenser le tarissement brutal de ces sources d'importation, la Russie devra solliciter son marché intérieur et se tourner vers les pays qui ne lui ont pas imposé de sanctions. Le VPSS a annoncé pour jeudi des discussions avec les ambassadeurs du Brésil, du Chili, de l'Argentine et de l'Equateur sur un possible accroissement des importations agroalimentaires en provenance de ces pays latino-américains. A Sao Paulo, l'Association brésilienne des producteurs de protéines animales (ABPA) a d'ores et déjà fait savoir qu'elle était prête à augmenter de 150.000 tonnes ses exportations de volailles vers le marché russe, aujourd'hui de l'ordre de 300.000 tonnes par an. Pour Dmitri Polevoy, économiste en chef d'ING pour la Russie et la Communauté des états indépendants (CEI), la stratégie de rétorsion commerciale adoptée par le Kremlin pourrait cependant se retourner contre Moscou et la population russe. "Même si d'un point de vue politique, cela peut sembler approprié, et si cela va sans aucun doute affecter les fournisseurs de la Russie, cette décision va probablement amplifier les effets des sanctions financières imposées à Moscou", souligne l'économiste. "Cela va sans doute alourdir le coût des sanctions en entraînant une hausse du prix des produits alimentaires et donc affecter plus largement le pouvoir d'achat des ménages russes", estime-t-il. Les premières sanctions imposées à la Russe par Washington et les pays de l'UE à la suite de l'annexion de la Crimée, en mars, visaient des personnalités particulières ou des entités précises pour leur implication dans la crise en Ukraine. Mais le régime a été considérablement durci après la destruction du Boeing de la Malaysia Airlines, le 17 juillet dernier, avec 298 passagers à son bord. Américains et Européens sont passés à des sanctions de "niveau 3" ciblant des pans entiers de l'économie russe. Au point que Barack Obama a affirmé mercredi soir à Washington que l'économie russe était "à l'arrêt". (avec Karl Plume à Chicago; Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français)

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