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Manuel Valls s'efforce de rassurer un PS en quête de cohésion

Reuters06/06/2015 à 17:37

MANUEL VALLS S'EFFORCE DE RASSURER UN PS EN QUÊTE DE COHÉSION

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Manuel Valls s'est efforcé de cocher toutes les cases, samedi au 77e congrès du Parti socialiste réuni à Poitiers, pour rassurer un PS en quête de cohésion et s'assurer de son soutien, à moins de deux ans de l'élection présidentielle de 2017.

Le Premier ministre a promis qu'il n'y aurait pas de pause dans les réformes pour accentuer la croissance, rendre la France plus compétitive et faire baisser le chômage, sans renier une politique économique critiquée par les contestataires du PS.

Il a cependant donné quelques gages à ces derniers, comme la promesse de "reprendre le combat de l'égalité" et en annonçant qu'il allait "engager" le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, au demeurant demandé par tous les courants du PS.

Ce sera la "première étape d'une modernisation de notre imposition", a promis Manuel Valls.

Il a invité les socialistes à "redéfinir (leur) cadre de pensée" face aux bouleversements d'un monde "globalisé", qui ont "percuté de plein fouet le logiciel de la gauche".

Mais il a aussi égratigné le patronat, en lui reprochant de tenir un discours "anxiogène" sur la "peur d'embaucher" et de manquer d'empressement à remplir ses engagements en échange des baisses de charges du pacte de responsabilité.

Il a répliqué vigoureusement aux attaques du président du parti "Les Républicains", l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, accusé d'être un "problème pour le pays".

Il a fait applaudir François Hollande, probable candidat en 2017, et s'est efforcé de dissiper tout soupçon d'arrière pensée : "Il n’y a pas d’aventure personnelle, il n’y a que des réalisations collectives. Et vous pouvez être certains de ma loyauté sans faille à l’égard du Président de la République."

"J'AIME LES SOCIALISTES"

Manuel Valls qui suggérait jadis que le PS change de nom et prophétisait la mort de la gauche si elle n'adoptait pas une ligne résolument social-démocrate, a fait amende honorable.

"Je respecte le Parti socialiste et j'aime les socialistes (...) Je sais ce que je vous dois", a-t-il lancé. "Non, le parti socialiste n'est pas mort."

Le ministre des Finances, Michel Sapin, a résumé d'une phrase cet exercice de 54 minutes, clou d'un congrès sans suspense après les votes militants de mai qui ont approuvé à 60% la motion d'orientation soutenue par le gouvernement :

"C'est maintenir le cap dans le dialogue, la compréhension et l'échange avec un parti qui est beaucoup plus homogène qu'on ne le dit", a-t-il dit à Reuters.

La maire de Lille, Martine Aubry, ralliée avec ses partisans à la motion majoritaire, qui avait déclaré vendredi venir "faire appliquer ce qui a été voté et signé, y compris par le Premier ministre", n'a pas jugé utile de monter à la tribune.

Elle a confié à des journalistes être contente que Manuel Valls ait repris ses propositions et soit sur le "bon chemin".

Les chefs de file de l'aile gauche et des "frondeurs" du PS ont salué la performance du Premier ministre mais pour mieux se plaindre de ne pas avoir de réponse à leurs demandes.

"C'est un très beau discours sur la forme (...) mais plaider pour l'égalité sans parler une seule fois de la redistribution et de la réforme fiscale, au bout d'un moment ça fini par être une langue morte", a ainsi déclaré Marie-Noëlle Liennemann.

"DEUX PARALLÈLES"

Pour l'ex-ministre Benoît Hamon, signataire de la motion des "frondeurs", les militants qui ont voté massivement le 21 mai en faveur de la motion soutenue par le gouvernement "savaient qu'ils approuvaient le tournant politique, idéologique même, qu'a défendu le Premier ministre ce matin."

"J'espère que vous ne vous trompez pas, j'espère que cette orientation nous mènera à la victoire en 2017", a-t-il ajouté.

Le député Christian Paul, chef de file des "frondeurs", a certes estimé que Manuel Valls avait "mis de l'eau dans son vin" mais sans apporter d'idées "réellement nouvelles".

"Il est venu défendre la politique qu'il mène. Je ne l'ai pas entendu répondre aux attentes formulées par l'ensemble des socialistes", a-t-il expliqué. "Ce sont deux parallèles qui, pour l'instant, ne se rejoignent pas vraiment."

Deux lignes qui ont continué à s'exprimer dans les interventions qui ont suivi le discours de Manuel Valls.

Christian Paul a demandé une discussion "dès lundi" avec le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis sur le projet de loi sur la croissance et l'activité du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, que les "frondeurs" ont jusqu'ici refusé de voter.

Lors d'un aparté avec des journalistes, Manuel Valls n'a pas exclu un nouveau recours à la procédure de l'adoption sans vote prévue par l'article 49-3 de la Constitution pour l'examen du texte en deuxième lecture à l'Assemblée nationale.

"Nous verrons bien quel est le moyen de faire passer vite ce texte", a dit le Premier ministre, tout en précisant qu'il ferait lui-même de nouvelles propositions après une réunion avec François Hollande, mardi, sur l'emploi dans les PME.

(édité par Yann Le Guernigou)


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