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Manoeuvres en Crimée, Viktor Ianoukovitch refait surface

Reuters 28/02/2014 à 20:11

SITUATION TENDUE EN CRIMÉE

par Alissa de Carbonnel et Alessandra Prentice

PARIS (Reuters) - Six jours après sa destitution, l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch a prôné vendredi l'unité de l'Ukraine à l'heure où la situation en Crimée suscite des inquiétudes sur une éventuelle partition du pays.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, a affirmé que l'aéroport militaire de Belbek à Sébastopol était tombé aux mains d'unités de la marine russe et que celui de Simféropol était occupé par d'autres forces russes.

Le ministre a estimé que la tension s'accentuait en Crimée, où des hommes armés avaient hissé jeudi le drapeau russe sur le Parlement et le siège du gouvernement de cette région autonome peuplée de russophones.

"Je considère que ce qui s'est passé est une invasion armée et une occupation en violation des accords et des règlements internationaux", a-t-il dit sur sa page Facebook, qualifiant ces opérations de "provocation".

L'hypothèse d'une déclaration de l'état d'urgence dans la région est désormais sur la table, a fait de son côté savoir Andry Parubi, secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense, le plus haut responsable de la sécurité dans le pays.

La flotte russe, stationnée dans le port de Sébastopol en vertu d'un accord entre les deux pays, a affirmé n'avoir investi aucun aéroport.

Selon des garde-frontières ukrainiens, une dizaine d'hélicoptères de l'armée russe est également entrée dans l'espace aérien de l'Ukraine, au-dessus du territoire de la Crimée.

Sur le front diplomatique, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a lancé un appel au calme lors d'un entretien au téléphone avec son homologue américain, John Kerry.

INQUIÉTUDE DE PARIS, BERLIN ET VARSOVIE

Les risques d'escalade et de sécession de la Crimée ont poussé la France, l'Allemagne et la Pologne, à faire part de leurs inquiétudes sur l'évolution des événements sur les bords de la mer Noire.

"Nous sommes très préoccupés par la situation instable en Crimée", ont écrit dans un communiqué commun les ministres des Affaires étrangères de Paris, Berlin et Varsovie, Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Radoslaw Sikorski.

"Nous réaffirmons notre soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale du pays. Nous lançons un appel à toutes les parties en Ukraine afin qu'elles s'abstiennent de toute action qui pourrait la remettre en cause."

L'ex-chef d'Etat Viktor Ianoukovitch a tenu un discours similaire lors d'une conférence de presse à Rostov-sur-le-Don, en Russie, sa première apparition depuis sa destitution par le Parlement samedi dernier.

L'ancien président pro-Russe, dont on ignorait jusque-là où il se trouvait, a plaidé pour "l'unité et l'indivisibilité" du pays, autrement dit pour que la Crimée reste dans le giron de Kiev.

Il a également indiqué qu'il n'avait pas rencontré Vladimir Poutine depuis qu'il a traversé la frontière mais qu'il l'avait eu au téléphone et s'est dit surpris que le Kremlin ne fasse pas plus bruyamment entendre sa voix.

"La Russie ne peut pas rester indifférente, ne peut pas rester une simple spectatrice devant le sort d'un proche partenaire", a-t-il déclaré. "La Russie doit user de tous les moyens à sa disposition pour mettre fin au chaos et à la terreur."

L'ancien chef de l'Etat, qui ne se présentera pas le 25 mai à une élection présidentielle "illégale" à ses yeux, estime être toujours le seul président légitime, son ancienne opposition n'étant composée, selon lui, que de "pro-fascistes".

LE FMI ET L'UE TEMPORISENT

Devant les journalistes, il a également nié détenir des avoirs à l'étranger alors que, dans le même temps, la Suisse, l'Autriche et le Liechtenstein ont annoncé le gel d'avoirs d'anciens dirigeants ukrainiens.

A Kiev, le procureur général a demandé l'incarcération de dix anciens hauts responsables du gouvernement, de la sécurité et de l'armée, accusés de meurtre de masse.

Toujours avec cette volonté de remanier au sommet de l'Etat, le président par intérim, Oleksander Tourtchinov, a mis fin par décret aux fonctions du chef d'état-major des forces armées, qui avait été nommé au plus fort des manifestations contre Ianoukovitch.

Sur le plan financier, le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, espère toujours commencer recevoir "dans un avenir proche" une aide de la communauté internationale.

Mais, selon la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI), l'urgence est dans l'immédiat à l'évaluation précise des besoins du pays.

"Nous ne constatons rien qui soit critique, rien qui mérite de paniquer pour le moment", a dit à la presse Christine Lagarde, directrice générale du Fonds. "Nous espérons que les autorités (ukrainiennes) vont s'abstenir de lancer des tas de chiffres qui sont vraiment dénués de sens avant qu'il n'y ait eu une véritable estimation".

(Simon Carraud pour le service français, édité par Marine Pennetier)

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