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Les "Zadistes" attendent la police de pied ferme

Reuters19/10/2016 à 16:47

LA POLICE ATTENDUE À NOTRE-DAME-DES-LANDES

par Guillaume Frouin

NOTRE-DAME-DES-LANDES, Loire-Atlantique (Reuters) - Formations à la "défense", cabanes dans les arbres, barricades : les occupants de la "zone à défendre" (Zad) de Notre-Dame-des-Landes, le site où doit être construit le futur Aéroport du Grand Ouest, attendent de pied ferme les forces de l'ordre que Manuel Valls a promis de leur envoyer sous peu pour les évacuer.

Le Premier ministre – qui était ministre de l'Intérieur lors de la première tentative d'évacuation ratée à l'automne 2012 – a déclaré mardi à l'Assemblée nationale que l'évacuation de la Zad était sa "priorité", même s'il s'agit d'une opération "périlleuse".

Trop périlleuse d'ailleurs pour sa ministre de l'Environnement Ségolène Royal, qui n'a pas craint de défier le chef du gouvernement en estimant dimanche qu'il fallait renoncer au projet devant le risque qu'il y ait "mort d'homme".

Les occupants de la Zad ont certes pris les 500 cartons de déménagement qui leur avaient été laissés symboliquement place de la Paix, dans le bourg de la commune de Loire-Atlantique, par les partisans du "transfert" de l'actuel aéroport de Nantes, pour les inciter à partir "pacifiquement".

Mais ils les ont laissés à dessein prendre l'eau, sous les averses du bocage nantais. Certains, disent-ils, de remporter la bataille et de laisser cette terre aux agriculteurs.

ACCUEIL DES EXPULSES DE CALAIS ?

Pas sûr, de toute manière, que ces 500 cartons de déménagement auraient suffi : la Zad reçoit ces derniers temps deux à trois fois plus de visiteurs qu'il y a six mois, quand l'évacuation était encore conditionnée à une victoire du "oui" à la consultation de la population locale sur le projet d'aéroport – finalement obtenue avec près de 55 % de voix.

"Depuis 2012, la situation a considérablement évolué : à l'époque, il y avait cinq comités de soutien extérieurs, aujourd'hui on en a 200 partout en France", compare un habitué des lieux qui a requis l'anonymat. "Nous étions aussi 70 sur place, et maintenant on est près de 200."

La Zad de Notre-Dame-des-Landes réfléchit d'ailleurs à accueillir des migrants en provenance de la "jungle" de Calais, elle aussi en passe d'être évacuée.

Pour se tenir prêts en cas d'expulsion, des formations à la "défense de la Zad" ont été dispensées à 800 personnes ces dernières semaines : elles ont appris à se repérer dans les chemins, à faire valoir leurs droits en garde à vue ou à "marcher sans faire de bruit".

Un appel a été lancé aux élagueurs, bûcherons et amateurs d'accrobranche de toute la France pour venir y construire de nouvelles cabanes dans les arbres – l'un des cauchemars des forces de l'ordre lors de l'évacuation ratée de 2012.

Au milieu de cette effervescence, Marcel et Sylvie Thébault continuent eux de soigner et nourrir leurs 70 vaches et 50 moutons, comme si de rien n'était.

"On n'a pas fait nos cartons : pour nous, il est toujours possible qu'ils n'interviennent pas", confie à Reuters cet agriculteur de 58 ans, surtout accaparé par les conséquences de la récente sécheresse et la faiblesse des prix actuels du lait.

"ON VEUT S'INSCRIRE DANS LA DURÉE"

Sur un de ses terrains, une demi-douzaine de personnes travaillent d'arrache-pied à l'édification d'un "Hangar de la Défense" de 300 m² : situé à l'extérieur de la Zad, il servira de "point d'appui" des opposants en cas d'évacuation policière.

A quelques pas de là, la meunerie électrique de Saint-Jean-du-Tertre n'a elle non plus pas prévu de déménager : on y stocke une trentaine de tonnes de blé, de sarrasin et de seigle. Elle alimente en farine les boulangers de la Zad, et est devenue un des symboles de "l'autonomie alimentaire" de la zone.

A Saint-Jean-du-Tertre, à l'ouest de la zone, Willem, un autre agriculteur de 29 ans, n'a "pas de plan B" en cas d'évacuation : il compte bien rester dans sa ferme, que ses précédents occupants avaient abandonnée après avoir négocié leur départ à l'amiable avec le groupe Vinci, qui a été sélectionné pour construire l'infrastructure controversée.

Ce "paysan squatteur" a pour cela déjà investi "plusieurs milliers d'euros" dans la réfection de ses étables et s'apprête à faire reconstruire la salle de traite détruite par un orage.

Mais il a lui aussi d'autres préoccupations en tête que l'arrivée des forces de l'ordre : sa compagne doit accoucher d'un jour à l'autre de leur premier enfant.

"Si on ne devait vivre que dans le court terme, on ne ferait rien, surtout sur la Zad", souffle la jeune femme. "Nous, on veut s'inscrire ici dans la durée."

(Edité par Yves Clarisse)

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