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Les plus hauts magistrats dénoncent les "outrances" de Hollande

Reuters13/10/2016 à 13:26
    * Les magistrats rappellent les précédents sous Nicolas 
Sarkozy 
    * Ils parlent de "nouvelle humiliation" 
    * Leur rencontre avec Hollande n'a pas apaisé le climat 
    * Le président demande qu'on le juge sur ses actes 
 
 (Actualisé avec Elysée, Urvoas) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 13 octobre (Reuters) - Les plus hauts magistrats de 
France ont dénoncé jeudi les "outrances" de François Hollande à 
l'encontre du corps judiciaire, évoquant une "nouvelle 
humiliation" après celles infligées par son prédécesseur Nicolas 
Sarkozy, qui a entretenu un lourd contentieux avec les juges 
sous sa présidence. 
    La présidence de la République, sans démentir des propos 
stigmatisant "la lâcheté" de la magistrature attribués au chef 
de l'Etat dans le livre écrit par deux journalistes du Monde, a 
demandé que l'on juge François Hollande sur ses actes. 
    "Le président de la République en exercice a laissé publier, 
sans les démentir, des propos où il qualifie l'institution 
judiciaire d''institution de lâcheté' où 'l'on se planque', où 
'l'on joue les vertueux' et où 'l'on n'aime pas le politique'", 
a déclaré Bertrand Louvel, premier président de la Cour de 
cassation, en préambule d'un discours de présentation de 
nouveaux magistrats.   
    "Le prédécesseur de l'actuel président (Nicolas Sarkozy, 
NDLR) avait quant à lui comparé les magistrats à des 'petits 
pois sans saveur'", a-t-il ajouté. "Ces outrances renouvelées à 
l'encontre du corps judiciaire, en un temps qui requiert la 
cohérence de l'ensemble des pouvoirs publics, posent un problème 
institutionnel." 
    "Il n'est pas concevable que la charge de président de la 
République (...) puisse être utilisée par son titulaire (...) 
pour contribuer à diffuser parmi les Français une vision aussi 
dégradante de leur justice." 
    Bertrand Louvel et le procureur général de la Cour de 
cassation, Jean-Claude Marin, ont été reçus mercredi soir 
pendant une vingtaine de minutes à l'Elysée par François 
Hollande, à leur demande. 
     
    LE RENDEZ-VOUS AVEC HOLLANDE N'A RIEN ATTÉNUÉ 
    "Notre entretien d'hier avec le président de la République 
n'a pas atténué le sentiment que la magistrature en général et 
les magistrats en particulier ont ressenti face à une nouvelle 
humiliation", a déclaré Jean-Claude Marin. "Que peuvent 
aujourd'hui penser les Français lorsque de tels propos sont 
tenus sur leur justice par la plus haute autorité de l'Etat?" 
    Pour Bertrand Louvel, ces propos signent la nécessité de se 
saisir de "la question essentielle de la place, dans les 
institutions, de l'autorité judiciaire, afin que celle-ci 
s'émancipe enfin de la tutelle de l'exécutif où la maintient une 
tradition monarchique d'un autre temps." 
    Les magistrats ont reçu l'appui de la conférence des 
bâtonniers qui, par la voix de son président, Yves Mahiu, a fait 
part de sa "consternation" face à des propos qui "fragilisent 
l'institution judiciaire et portent atteinte à tous ceux qui 
concourent à l'oeuvre de Justice dans notre pays". 
    L'entourage de François Hollande a insisté jeudi sur le 
"respect" dont a fait preuve le président à l'égard de 
l'indépendance de la justice et de l'institution judiciaire. 
    "Le président de la République doit être considéré au regard 
de ses actes et de ses discours publics", a-t-on déclaré. 
     
    URVOAS MONTE AU FRONT 
    Interpellé jeudi en séance à l'Assemblée par l'opposition 
sur les propos de François Hollande, le ministre de la Justice, 
Jean-Jacques Urvoas, a abondé dans le même sens. 
    "Donnez-moi un mot, un mot public du président de la 
République depuis 2012 dans lequel il aurait ne serait ce que 
fait un commentaire sur une décision de justice", a-t-il dit. 
"Pas un mot, encore moins une insulte, pas un acte, pas une 
demande d'intervention pour interférer dans une procédure, pas 
un jugement porté publiquement à l'occasion d'une émission 
télévisée sur tel ou tel magistrat." 
    Les juges réclament une réforme constitutionnelle du Conseil 
supérieur de la magistrature (CSM), qui renforcerait leur 
indépendance. 
    Dans l'ouvrage des journalistes du Monde, François Hollande 
déclare : "Ce n'est pas une engeance facile, la magistrature, il 
ne faut vraiment pas commettre de fautes, on peut être lynché." 
    "Cette institution, qui est une institution de lâcheté (...) 
parce que c'est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces 
hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux... On 
n'aime pas le politique", ajoute-t-il.  
    Avant François Hollande, Nicolas Sarkozy s'était attiré les 
foudres des juges en mettant en cause notamment l'impartialité 
de certains d'entre eux appartenant à des syndicats classés à 
gauche. A la faveur de plusieurs faits divers, il avait 
également dénoncé leur laxisme supposé, avant de les comparer à 
des "petits pois" sans saveur. 
 
 (Avec Elizabeth Pineau et Emile Picy, édité par Yves Clarisse) 
 

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