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Les Militaires et Mohamed Morsi prêts à mourir en Egypte

Reuters03/07/2013 à 17:19

MORSI DÉFIE L'ARMÉE ÉGYPTIENNE

par Tom Perry et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - La tension est à son comble en Egypte avant l'expiration, à 17H00, de l'ultimatum de l'armée à Mohamed Morsi, les militaires et le président issu de la mouvance islamiste se disant chacun de leur côté prêts à mourir pour défendre leur cause.

Le journal officiel Al Ahram a ravivé les craintes d'un coup d'Etat militaire en écrivant mercredi que l'armée avait l'intention de renverser Mohamed Morsi si celui-ci ne parvenait pas à un accord de partage du pouvoir avec l'opposition ou s'il n'avait pas démissionné de lui-même à l'expiration de l'ultimatum.

Une source militaire a démenti ces informations, annonçant que l'armée inviterait au préalable des personnalités politiques, sociales et économiques pour discuter de sa "feuille de route".

Cette feuille de route consisterait à suspendre la Constitution et à dissoudre la chambre haute du parlement dominée par les islamistes, selon des sources militaires.

Au pouvoir depuis le 30 juin 2012, Mohamed Morsi a défié l'armée mardi soir dans un discours à la nation, rejetant l'ultimatum et dénonçant une tentative de "coup d'Etat".

"Le prix de la préservation de la légitimité, c'est ma vie", a déclaré le chef de l'Etat, contesté par des millions de manifestants dimanche à travers le pays.

Faisant écho à ses propos, l'un des principaux dirigeants des Frères musulmans a déclaré mercredi que le peuple égyptien ne resterait pas sans réaction face à la "rébellion militaire".

"La liberté est plus importante que la vie", a déclaré Essam el Erian, vice-président du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la branche politique de la confrérie.

ELBARADEÏ RENCONTRE L'ARMÉE

Usant du même registre, le porte-parole officiel des Frères musulmans a assuré que les membres de la confrérie étaient prêts au martyre pour défendre Mohamed Morsi.

"Il y a une seule chose que nous pouvons faire: nous nous mettrons entre les chars et le président", a dit Gehad el Haddad sur le campement installé par les Frères à proximité du palais présidentiel, dans une banlieue du Caire abritant de nombreuses installations militaires.

Le commandement général des forces armées est entré mercredi en réunion de crise pour examiner la situation politique, a dit mercredi à Reuters une source militaire égyptienne.

Selon des sources au sein de l'opposition, Mohamed ElBaradeï, choisi comme représentant par les libéraux du Front de salut national (FSN) et par les jeunes manifestants du mouvement Tamarud, a rencontré mercredi le chef d'état-major de l'armée, le général Abdel Fatah al Sisi.

Face à ce regain des tensions, les islamistes radicaux de la Gamaa al Islamiya ont conseillé à Mohamed Morsi d'organiser un référendum sur la tenue d'une élection présidentielle anticipée pour éviter un bain de sang et un coup d'Etat militaire. Ils ont appelé leurs partisans à se tenir à l'écart des violences.

Selon l'analyste égyptien Yasser El-Shimy, membre de l'International Crisis Group, l'ultimatum de l'armée a rigidifié les positions des différentes parties, ce qui complique fortement la possibilité de sortir de la crise par la voie constitutionnelle.

Un haut diplomate européen a estimé de son côté que la communauté internationale n'aurait d'autre choix que de condamner le renvoi par l'armée d'un chef d'Etat démocratiquement élu, même si les généraux disposent du soutien de la rue.

"DÉFENDRE L'EGYPTE DES FOUS"

Le parti libéral Al Dostour (La Constitution) d'ElBaradeï a appelé les forces armées à sauver les vies des Egyptiens, estimant dans un communiqué que le président Mohamed Morsi avait "perdu la raison" et poussait le pays à la guerre civile.

Mahmoud Badr, fondateur du mouvement Tamarud, a lui aussi réclamé une intervention de l'armée pour défendre "les aspirations du peuple".

Mohamed Morsi, dont les services refusent de dire où il se trouve, a affirmé mardi soir que nul n'avait le droit de se substituer à l'ordre légitime et qu'il n'avait d'autre choix que de poursuivre la tâche qui lui a été confiée démocratiquement.

Dénonçant une tentative de caciques de l'ancien régime d'Hosni Moubarak et de riches familles corrompues de rétablir des privilèges perdus avec la révolution de janvier-février 2011, il n'a pas évoqué l'idée d'une présidentielle anticipée, appelant au contraire à la tenue d'élections législatives.

Trois heures plus tard, dans un communiqué intitulé "les dernières heures", le Conseil suprême des forces armées (CSFA) s'est dit prêt à verser son sang pour "défendre l'Egypte et son peuple des terroristes, des radicaux ou des fous".

Le centre du Caire était calme mercredi en milieu de journée.

Au moins seize personnes, essentiellement des partisans de Mohamed Morsi, sont mortes et environ 200 autres ont été blessées la nuit dernière lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur un rassemblement de soutien au président sur le campus de l'université du Caire.

Les Frères musulmans ont accusé des policiers uniformes d'être les auteurs des tirs. Le ministère de l'Intérieur a dit enquêter.

Avec les journalistes de Reuters en Egypte, Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Bertrand Boucey

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