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Les Grecs en grève contre le nouveau plan d'austérité

Reuters10/02/2012 à 20:30

LES GRECS EN GRÈVE CONTRE LE NOUVEAU PLAN D'AUSTÉRITÉ

par Karolina Tagaris et Harry Papachristou

ATHENES (Reuters) - Les Grecs ont entamé vendredi une grève générale de 48 heures pour dénoncer les nouvelles mesures d'austérité réclamées par les créanciers internationaux et dont Athènes ne pourra faire l'économie, selon le ministre des Finances Evangélos Vénizélos, à moins de quitter la zone euro.

Des heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté place de la Constitution (Syntagma) devant le Parlement mais les manifestations, relativement peu suivies, se sont globalement déroulées dans le calme.

Le premier syndicat de police, qui accuse le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne de porter atteinte à la démocratie et à la souveraineté nationale, a exprimé sa volonté de ne plus agir contre ses "frères". Un quotidien local publie par ailleurs un photomontage montrant la chancelière allemande Angela Merkel en uniforme nazi.

Les quatre membres du gouvernement issus du LAOS, parti d'extrême droite qui appartient à la coalition gouvernementale, ont présenté leur démission pour protester contre les exigences des créanciers internationaux, rapporte l'agence de presse ANA. Georges Karatzaféris, chef de file du mouvement, avait auparavant exclu de donner son aval au nouveau plan d'austérité.

"J'ai expliqué aux autres dirigeants politiques que je ne pouvais pas voter pour cet accord de prêt", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. "Les Grecs ne peuvent être pris en otages et asservis. On nous a pris notre dignité. Nous avons été humiliés. Je ne peux pas l'accepter".

"L'Allemagne décide pour l'Europe parce que son portefeuille est bien rempli et avec ce portefeuille bien rempli elle gouverne tous les pays du Sud", a ajouté l'ancien culturiste, qui fit également animateur de radio.

Le LAOS compte 15 députés sur les 300 du parlement grec, ce qui signifie que son opposition au plan de sauvetage n'empêcherait pas son adoption.

La secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Marilisa Xenogiannakopoulou, membre du Parti socialiste (Pasok), a également présenté sa démission mais le mouvement a invité ses élus à soutenir le plan.

"Nous ne pouvons pas laisser la Grèce faire faillite. Notre priorité est de faire le nécessaire pour adopter le nouveau programme économique et le nouvel accord de prêt. Il va sans dire que ceux qui sont en désaccord et ne votent pas pour le nouveau programme ne peuvent rester au gouvernement", a déclaré le Premier ministre Lucas Papadémos en conseil des ministres.

ULTIMATUM

Pour Evangélos Vénizélos, la Grèce ne peut qu'accepter les conditions du nouveau plan d'aide de 130 milliards d'euros pour éviter la faillite des comptes publiques qui se profile pour le mois prochain.

"Le moment est venu pour nous de trancher. Malheureusement, nous devons choisir entre des sacrifices et des sacrifices encore plus importants", a-t-il déclaré à Bruxelles.

Ses homologues de la zone euro ont exigé que le parlement se prononce sur le plan d'austérité. Le vote pourrait avoir lieu dimanche ou lundi. Ils ont donné six jours au gouvernement Papadémos pour adopter certaines mesures essentielles et ils réclament des garanties sur la mise en oeuvre de l'ensemble du plan après les élections législatives d'avril.

Le dispositif prévoit notamment une baisse de 22% du salaire minimum, la suppression de 150.000 postes dans la fonction publique et une réduction des pensions de retraite.

Pour de nombreux Grecs, appauvris par cinq années de récession, dans un pays où le chômage touche un actif sur cinq, où les magasins ferment les uns après les autres, ces nouvelles mesures sont inacceptables.

Sur la place Syntagma, des manifestants se sont rassemblés aux cris de "Non aux licenciements! Non aux baisses de salaires! Ne vous résignez pas. Résistez!" Des chants emblématiques de la lutte contre la dictature des colonels, renversée en 1974, ont été entonnés. La police a fait état de trois blessés dans ses rangs et de deux parmi les manifestants. Elle signale en outre cinq arrestations.

"Vous ne pouvez nous contraindre à nous battre contre nos frères. Nous refusons de nous élever face à nos parents, nos frères, nos enfants ou tout citoyen manifestant ou exigeant un changement de politique", dit le principal syndicat de policiers dans une lettre ouverte adressée à la "troïka" des bailleurs de fonds (FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne).

TRANSPORTS TERRESTRES PARALYSÉS

Lucas Papadémos avait arraché jeudi l'accord des chefs de file du Pasok (gauche), de la Nouvelle démocratie (droite) et du LAOS aux nouvelles mesures réclamées par les bailleurs de fonds, mais leur feu vert n'a pas convaincu les partenaires d'Athènes de débloquer les fonds et de conclure l'accord sur l'Implication du secteur privé (PSI) dans la dette publique.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a prévenu qu'aucune aide ne serait déboursée sans garanties apportées par la classe politique grecque. "En bref, pas de déblocage sans mise en oeuvre" des mesures, a-t-il résumé.

"Avant la prochaine réunion de l'Eurogroupe, qui aura probablement lieu mercredi, notre pays et notre peuple doivent réfléchir et faire un choix stratégique et définitif", a souligné le ministre grec des Finances.

"Si nous considérons que l'avenir de ce pays se trouve dans la zone euro, en Europe, il faut tout faire pour que le programme soit approuvé et le PSI conclu avant les échéances obligataires majeures de mars", a ajouté Evangélos Vénizélos.

Athènes doit rembourser 14,5 milliards d'euros d'emprunts d'Etat arrivant à échéance le mois prochain et ne pourra le faire sans une nouvelle aide.

Trois jours après un mouvement social similaire, la grève de vendredi a paralysé les transports publics et maritimes mais pas le trafic aérien.

Les médecins hospitaliers, les enseignants, les employés de banques participent au mouvement lancé à l'appel des deux grandes centrales syndicales grecques, l'Adedy (fonctionnaires) et la GSEE (privé).

Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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