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Les Etats-Unis envisagent une zone d'exclusion en Syrie

Reuters14/06/2013 à 21:21

par Parisa Hafezi et Erika Solomon

ANKARA/BEYROUTH (Reuters) - Les Etats-Unis sont parvenus à la conclusion que Damas a franchi la "ligne rouge" en recourant à des armes chimiques et envisagent désormais l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie, a-t-on appris vendredi de sources diplomatiques.

L'administration américaine a d'abord annoncé jeudi soir sa décision de fournir des armes aux rebelles, mais réfléchirait à une intervention directe dans un conflit qui a fait 93.000 morts depuis mars 2011, selon l'Onu.

"Washington envisage une zone d'exclusion aérienne pour aider les opposants" au président Bachar al Assad, a dit un diplomate occidental de haut rang, auquel un second a fait écho. La zone en question, qui pourrait se situer à la frontière jordanienne, serait limitée "dans le temps et dans l'espace".

Son instauration suppose la neutralisation de défenses antiaériennes de pointe acquises en Russie, ce qui signifie une implication militaire comparable à celle de Libye, menée il y a deux ans sous la bannière de l'Otan.

Sans exclure cette hypothèse, Washington a fait savoir que la décision n'était pas "imminente".

"TEMPÊTE DANS LE NORD"

A Paris, on juge qu'une telle mesure requiert une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu. Or, la Russie ne manquera pas de s'y opposer en recourant à son veto. Le Kremlin a d'ores et déjà émis des doutes au sujet des preuves du recours aux armes chimiques avancées par les Etats-Unis.

"Franchement, je dois dire que les preuves que les Américains nous ont présentées ne semblent pas convaincantes. On peut même difficilement les considérer comme des faits", a dit Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine.

Au cours de la semaine écoulée, Washington a néanmoins déployé 4.000 hommes, des missiles Patriot et des moyens aériens en Jordanie, autant de mesures qui pourraient le cas échéant hâter la mise en place de cette zone d'exclusion.

Officiellement, ces forces y ont été acheminées dans le cadre de manoeuvres conjointes annuelles, mais les Etats-Unis ne cachent pas qu'elles pourraient rester sur place par la suite.

Les puissances occidentales, qui réclament depuis deux ans le départ d'Assad, rechignaient jusqu'ici à s'impliquer militairement en plein coeur du Proche-Orient, face à une Syrie soutenue à la fois par Téhéran et Moscou.

Il y a quelques mois encore, Washington et ses alliés étaient convaincus que les jours d'Assad étaient comptés, or le rapport de force s'est inversé et rien n'annonce la fin imminente du conflit.

Avec l'aide du Hezbollah libanais, les forces gouvernementales ont repris la semaine dernière la ville stratégique de Koussaïr et s'apprêtent à donner l'assaut à Homs et à Alep, ville la plus peuplée de Syrie, dans le Nord, tenue depuis l'an dernier par les rebelles.

D'intenses combats y ont été signalés et la presse officielle promet une "tempête dans le Nord".

UNE DÉCISION "TRÈS COURAGEUSE"

La prise de Koussaïr et l'implication du mouvement chiite pro-iranien, source de vives tensions religieuses dans toute la région, ont changé la donne et la preuve du recours aux armes chimiques a fourni aux Etats-Unis une raison d'intervenir.

"Le président avait clairement indiqué que l'usage ou le transfert d'armes chimiques à des groupes terroristes constituaient une ligne rouge. Il avait dit que l'emploi d'armes chimiques changerait la donne, et c'est le cas", a expliqué son conseiller adjoint à la sécurité nationale, Ben Rhodes.

A Damas, on parle d'un "chapelet de mensonges".

"La Maison blanche se fonde sur des informations fabriquées afin de tenir le gouvernement syrien responsable de l'usage de ces armes, en dépit d'une série de déclarations qui ont confirmé que des groupes terroristes en Syrie disposaient d'armes chimiques", s'est indigné le ministère des Affaires étrangères.

L'hostilité de Moscou, qui a fait obstacle à trois résolutions de l'Onu condamnant le régime de Damas, est plus préoccupante pour les Etats-Unis. Barack Obama s'efforcera de la dissiper lors du sommet du G8 prévu en début de semaine prochaine en Irlande du Nord, où Vladimir Poutine est attendu.

En promettant jeudi une "aide militaire directe" aux rebelles, l'administration Obama, jusqu'alors réticente, reprend en outre l'initiative face à Londres et Paris, qui militaient en ce sens depuis des mois mais n'ont pas encore franchi le pas.

"Nous devons aussi exercer une pression y compris sur le plan militaire", a rappelé vendredi François Hollande. "C'est pourquoi la France a plusieurs fois posé un certain nombre de principes tout en demandant à l'opposition syrienne d'être particulièrement claire sur ses orientations et sur l'utilisation des armes dont elle pourrait être bénéficiaire".

Kassem Saadedine, membre du Conseil de commandement suprême de l'insurrection, a jugé la décision américaine "très courageuse".

"Nouns espérons que les armes commencent à arriver dans les semaines qui viennent, mais nous discutons encore de quand et comment ces armes seront livrées. J'espère que nous commencerons à voir les choses changer d'ici deux semaines", a-t-il dit.

Les combattants islamistes se montrent plus sceptiques.

"Nous tous en Syrie savons que les Américains haïssent les sunnites", dit Abou Bilal, un combattant de Homs joint par Skype. "Nous considérons l'Amérique comme notre ennemi et jugeons peu probable qu'elle fournira des armes aux moudjahidine. Elle suit au contraire ses propres projets afin de pouvoir frapper les rebelles comme elle va frapper le régime".

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser


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