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Les Etats-Unis cherchent leur réponse à la chute de l'ex-ennemi Béchir
AFP12/04/2019 à 01:44

Des manifestants soudanais réclament "liberté, paix et justice" près du siège de l'armée à Khartoum, le 11 avril 2019 ( AFP / - )

L'administration américaine semble prise au dépourvu par la chute d'Omar el-Béchir au Soudan, qui intervient paradoxalement au moment où celui qui était jadis désigné comme l'un des pires ennemis de Washington était engagé dans un certain dégel avec les Etats-Unis.

Tout en saluant un "moment historique", le département d'Etat américain a joué les équilibristes jeudi, réclamant seulement "une participation des civils au sein du gouvernement". Après avoir renversé le président qui était au pouvoir depuis 30 ans, l'armée soudanaise a annoncé une transition militaire de deux ans.

"Le peuple soudanais a dit clairement qu'il voulait une transition dirigée par des civils", et cela doit se faire "plus rapidement que dans deux ans", s'est borné à dire Robert Palladino, porte-parole de la diplomatie américaine.

Il n'a pas précisé si une transition militaire moins longue serait acceptable aux yeux de Washington, alors même que celle-ci est dirigée par Awad Ahmed Benawf, jusque-là ministre de la Défense, qui fait l'objet de sanctions américaines tout comme Omar el-Béchir.

Robert Malley, conseiller du président démocrate Barack Obama lorsqu'il était à la Maison Blanche, estime que l'actuelle administration républicaine de Donald Trump, souvent soupçonnée d'avoir une fascination pour les dirigeants autoritaires, est beaucoup moins encline à "prendre le parti des manifestants".

Aujourd'hui président de l'organisation de prévention des conflits International Crisis Group, M. Malley attend donc de voir jusqu'où elle ira "pour faire pression sur les militaires afin d'aller vers une vraie transition".

Un échange survenu quelques jours à peine avant ce tournant est révélateur de l'embarras américain. Interrogé lundi par des journalistes à Washington, alors qu'un soulèvement populaire ébranlait déjà le régime de Khartoum, un haut responsable du département d'Etat américain avait explicitement pris soin de ne pas parler d'une "crise".

Malgré ce qu'il qualifiait alors, de manière plus neutre, de "manifestations à l'échelle nationale contre le régime", il affirmait que les Etats-Unis préféraient "continuer à parler" avec les autorités soudanaises. "Si nous n'avions pas poursuivi le dialogue", "je pense que l'armée aurait réagi beaucoup plus durement contre les manifestants", a-t-il été jusqu'à se féliciter.

Mais le département d'Etat a mis à jour ses conseils aux voyageurs, exhorté jeudi ses ressortissants à "ne pas se rendre au Soudan en raison de crime, terrorisme, agitation sociale, enlèvement et conflit armé". Et Washington d'ordonner "le départ des employés du gouvernement américain non essentiels".

- "L'Amérique spectatrice" -

Le haut responsable avait été jusqu'à faire un parallèle avec l'Algérie, où le départ du président Abdelaziz Bouteflika sous la pression de la rue n'a pu, selon lui, qu'encourager les manifestants soudanais à poursuivre leur contestation.

Or à Alger comme à Khartoum, "l'Amérique assiste en spectatrice aux événements", déplore Brian Katulls, du cercle de réflexion proche des démocrates Center for American Progress. Selon lui, l'administration Trump a en effet "affaibli ses outils diplomatiques pour répondre à de telles transitions politiques complexes" et a "rendu la liberté et la démocratie beaucoup moins prioritaires" que les précédents gouvernements américains.

S'agissant de l'Algérie, l'attentisme de Washington n'est pas surprenant, car l'ex-colonie française n'est pas vraiment dans sa sphère d'influence.

Mais au Soudan, la diplomatie américaine est d'autant plus gênée qu'elle avait tenté d'y reprendre pied après des années de rupture.

Les Etats-Unis ont en effet multiplié depuis 1997 les sanctions économiques. En cause, des accusations de soutien à des groupes jihadistes --le fondateur d'Al-Qaïda Oussama ben Laden a vécu à Khartoum entre 1992 et 1996--, les atteintes aux droits humains et le conflit au Darfour qui a fait plus de 300.000 morts depuis 2003.

Le président désormais déchu, premier chef d'Etat visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, est recherché par la juridiction de La Haye pour "crimes de guerre", "crimes contre l'humanité" et "génocide" dans cette région de l'ouest du Soudan.

Mais l'administration de Barack Obama avait décidé de renouer avec le régime de Khartoum, au nom notamment de la lutte antiterroriste --Donald Trump a poursuivi cette stratégie, et a levé en 2017 l'embargo économique vieux de vingt ans à l'encontre du Soudan--. Elle avait même engagé un dialogue pour retirer le pays de la liste noire américaine des "Etats soutenant le terrorisme", sur laquelle il a été placé en 1993.

Dans l'immédiat, la prochaine réunion dans le cadre de ce dialogue, prévue fin avril, est reportée sine die.

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