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Les deux camps accusés d'exactions dans la bataille de Mossoul

Reuters15/11/2016 à 16:48
    * Listes de noms envoyées à la morgue mais pas de corps 
    * Ceux tués par l'EI accusés d'aider les forces irakiennes 
    * Le rythme des exécutions aurait augmenté 
    * Le camp gouvernemental accusé de mutiler des cadavres 
 
    BAGDAD, 15 novembre (Reuters) - L'Etat islamique a fait 
exécuter 21 civils à Mossoul ces trois derniers jours, accusés 
pour la plupart de collaboration avec les forces irakiennes qui 
veulent reprendre la ville, apprend-on de source médicale à 
Mossoul. 
    Le département de médecine légale de la ville a été informé 
de ces meurtres, ajoute-t-on. Mais aucun corps n'a été restitué, 
à la différence de ce qui s'est par exemple passé la semaine 
dernière quand 20 corps ont été exposés dans divers endroits de 
Mossoul en guise d'avertissement à la population. 
    Dans l'autre camp, les forces irakiennes sont elles aussi 
accusées d'exactions par l'association de défense des droits de 
l'homme Human Rights Watch (HRW). L'ONG accuse l'armée 
irakienne, les milices qui l'épaulent et certains civils d'avoir 
mutilé des cadavres de djihadistes de l'EI. 
    Selon les habitants de Mossoul, la plupart des victimes de 
l'EI sont jetées dans des fosses communes à l'extérieur de la 
ville. Ces victimes sont considérées par les djihadistes 
fondamentalistes sunnites comme des apostats qui ne méritent pas 
des funérailles religieuses. Les familles sont informées de ce 
qui est arrivé à leurs proches par des listes fournies aux 
médecins de la morgue.     
    Une nouvelle liste de 21 noms a été remise ces jours-ci. 
    "Comme d'habitude, il n'y a pas de corps, mais seulement les 
noms des personnes exécutées par l'organisation pour des raisons 
diverses", commente-t-on. "Pour l'heure, la plupart des 
exécutions le sont pour collaboration avec les services de 
sécurité irakiens." 
    Vendredi dernier, la porte-parole du Haut-Commissariat aux 
droits de l'homme de l'Onu, a accusé l'EI d'avoir exécuté des 
dizaines de personnes autour de Mossoul les jours précédents et 
a employé les termes de crimes de guerre et des crimes contre 
l'humanité. Un charnier contenant plus de 100 corps a notamment 
été découvert à Hammam al Alil, au sud de Mossoul.   
     
    LA GORGE TRANCHÉE 
    Avant le début de l'offensive sur Mossoul le 17 octobre, 
l'EI procédait déjà à des arrestations. L'enquête pouvait durer 
des mois. Désormais, la détention peut prendre deux semaines 
seulement. Après, les détenus sont soit libérés, soit tués, par 
balle, la gorge tranchée ou tout autre méthode, explique-t-on. 
    Un habitant de Mossoul a déclaré à Reuters qu'il avait aidé 
ses voisins à rechercher leur fils de 24 ans après son 
arrestation par l'EI devant chez lui il y a trois semaines. 
    "D'après ce que nous avons entendu, ils ont trouvé un 
téléphone mobile sur lui", raconte cet habitant. Pour que la 
population ne puisse constater les progrès effectués par les 
forces irakiennes, l'usage des téléphones mobiles a été interdit 
par l'EI et les antennes paraboliques confisquées. 
    "Il y a dix jours, plus aucune nouvelle de lui n'est 
arrivée", raconte l'habitant. "Puis hier, nous avons vu son nom 
sur la liste de ceux qui ont été tués." 
    "Il n'y avait pas de corps et sa famille n'a pu organiser de 
cérémonie funéraire. Sa mère, sous le choc, a été hospitalisée." 
    La semaine dernière, les corps d'une vingtaine de personnes 
tuées par l'Etat islamique ont été suspendus dans toute la ville 
- dont cinq crucifiés à un carrefour - dans le but de dissuader 
les habitants qui voudraient coopérer avec l'armée irakienne. 
    Les habitants signalent aussi la présence dans les rues de 
l'Hisba, la force de police chargée de faire respecter la loi. 
    Selon un habitant qui accompagnait un proche à l'hôpital 
Salam, sur la rive est du Tigre, dix personnes ont été admises 
en 24 heures, dont trois sont décédées de blessures. 
     
    CRACHER DESSUS 
    Un autre habitant raconte que les combattants de l'EI ont 
tiré des roquettes à partir de positions situées près de leur 
quartier du 17-Juillet, dans l'ouest de Mossoul, en direction de 
l'est, par où les forces spéciales et l'armée tentent d'entrer 
dans la ville. 
    "Les roquettes sont passées au-dessus de nous", raconte cet 
habitant. "Nous avons entendu le bruit de leur lancement et nous 
avons vu de la fumée dans le ciel." 
    Dans l'autre camp, Human Rights Watch affirme que les corps 
de cinq combattants de l'EI ont été mutilés et qu'un djihadiste 
a été exécuté après s'être rendu le 3 octobre quand l'armée 
irakienne et les combattants de tribus sunnites ont repoussé une 
attaque sur Kayyara, à 60 kilomètres au sud de Mossoul. 
    "Il faut que le gouvernement irakien contrôle ses propres 
forces et qu'elles puissent répondre de leurs actes (...)", 
indique Lama Fakih, un responsable du Proche-Orient de HRW. 
    Des images tournées par un combattant local et vérifiées par 
HRW montrent des combattants tribaux en train de frapper à coups 
de pied les cadavres de combattants de l'EI et de cracher 
dessus, indique l'organisation new-yorkaise dans un rapport. 
    Une vidéo montre des hommes en uniforme militaire et 
d'autres habillés en civil qui font cercle autour d'un 
combattant de l'EI et lui tirent dessus à bout portant. 
    Dans d'autres vidéos encore, des cadavres sont tirés 
derrière des pick-ups. Des photos étudiées par HRW montrent les 
corps de combattants de l'EI déshabillés, pendus par une jambe 
ou couverts de sang, dépouillés de leurs organes internes. 
    Mutiler des cadavres et tuer des combattants capturés sont 
également des crimes de guerre, rappelle Lama Fakih. 
    Reuters n'a pas vu vérifier ces informations. Contactés, 
l'armée et le gouvernement n'ont pas répondu. 
    La semaine dernière, Amnesty International a accusé les 
forces irakiennes de meurtre et de torture sur des civils 
soupçonnés d'avoir des liens avec l'Etat islamique au sud de 
Mossoul. Les autorités irakiennes ont démenti. Ce sont les 
habitants, et non les forces gouvernementales, qui sont 
responsables, ont-elles dit.   
 
 (Edité pour Dominique Evans pour la version en anglais; 
Danielle Rouquié pour le service français) 
 

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