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Le tournant de François Hollande fait bouger les lignes

Reuters15/01/2014 à 18:31

RÉACTIONS CONTRASTÉES AU TOURNANT SOCIAL-DÉMOCRATE DE FRANÇOIS HOLLANDE

PARIS (Reuters) - Le tournant social-démocrate de François Hollande déstabilise la droite, irrite la gauche de la gauche, suscite le scepticisme du patronat et provoque l'ire de certains syndicats, laissant planer le doute sur le soutien futur à son plan de bataille.

Lors de sa troisième grande conférence de presse, le chef de l'Etat a défendu mardi une "politique de l'offre", détaillant son "pacte de responsabilité" fondé sur une réduction d'une trentaine de milliards d'euros de charges pour les entreprises en échange de garanties sur l'emploi et de dialogue social.

La Commission européenne, qui attend depuis un an des réformes structurelles en échange du délai de deux ans accordé à la France pour ramener ses déficits sous les 3% du PIB, s'est félicitée d'une trajectoire conforme à ses recommandations.

"Les mesures qui ont été exposées sont de nature à renforcer la compétitivité des entreprises françaises et avoir un effet favorable sur la croissance et l'emploi dans le pays", a dit mercredi son porte-parole, Olivier Bailly.

L'Allemagne, qui mène depuis plus de dix ans une politique de l'offre couronnée de succès, a tressé des lauriers au président socialiste longtemps réticent à suivre son exemple.

"Le président français a fait des annonces importantes hier", a dit Christiane Wirtz, porte-parole du gouvernement de coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates.

LE DÉFI DE HOLLANDE À SA MAJORITÉ

François Hollande a lancé un défi à sa turbulente majorité en engageant la responsabilité du gouvernement sur le pacte appelé à être conclu lors d'une conférence sociale en juin.

"Ce qui s'est passé depuis 18 mois, c'est une construction social-démocrate. Nous sommes en train de créer un esprit de compromis social-démocrate à la française", a dit le président à quelques journalistes reçus mardi à l'issue de sa prestation.

Face à une reprise trop ténue sur le front de la croissance et de l'emploi, "il faut installer de la confiance, sinon les entreprises resteront bloquées dans leurs décisions d'investissement. Les gens veulent de la lisibilité, de la clarté, c'est cela le pacte", a-t-il ajouté. "Il faut que dès le premier trimestre 2014, les entreprises et les Français se disent 'on sait où l'on va'".

La posture présidentielle a suscité des réactions contrastées à droite et au centre, déstabilisés par ce virage pris à quelques mois des élections municipales et européennes.

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, a d'emblée dénoncé "des voeux pieux, du flou, des usines à gaz, des restes de vieille doctrine socialiste derrière des mots destinés à rassurer les entrepreneurs français déboussolés".

Mais l'ancien Premier ministre François Fillon, qui a certes comparé le président à "un élève qui découvre une mauvaise copie" et déploré 18 mois perdus, s'est déclaré lors de ses voeux prêt à "prendre au mot" le chef de l'Etat.

Encore moins sévère, un autre ancien locataire de Matignon, Jean-Pierre Raffarin, a décrit "un discours qui sonne agréablement aux oreilles".

"Il m'a quasiment écouté ! Il y a encore du travail à faire, mais il faut dire clairement que ce changement de discours est le bienvenu", s'est-il réjoui sur France Culture.

UNE "MÉTAMORPHOSE", POUR LE MAIRE

Dans une tribune publiée mercredi dans Le Monde, l'ancien ministre UMP Bruno Le Maire assure que "personne ne se plaindra de cette métamorphose" présidentielle.

"Le plus difficile est à suivre. Dès demain, la prise de conscience doit embrayer sur des décisions concrètes", souligne-t-il toutefois.

Au centre, François Bayrou a approuvé sur Twitter le "tournant réformiste que la situation de la France exige".

Son acolyte de l'UDI, Jean-Louis Borloo, affirme lui que si le pacte de responsabilité "contient des mesures concrètes, effectives et allant dans le bon sens, nous le soutiendrons".

Les réactions les plus courroucées sont venues des extrêmes.

Jean-Luc Mélenchon, co-fondateur du Parti de gauche, a appelé à "une large opposition de gauche au Parlement et dans la rue contre ce programme de droite" tandis que Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, dénonçait "un véritable 'pacte d'irresponsabilité sociale', une "attaque profonde, un dynamitage en règle du modèle social et républicain français".

Pour la présidente du Front national, Marine le Pen, "ces annonces sont à la fois vaines" et "révélatrices d'une fuite en avant dans l'ultralibéralisme".

LA GAUCHE DU PS GRONDE

Les appels du pied de Jean-Luc Mélenchon, qui espère clairement voir la gauche du PS refuser de soutenir cette politique réformiste, ont reçu un soutien limité.

"Un nouveau débat politique va s'ouvrir à gauche parce que maintenant les choses sont dites", a dit Malek Boutih sur RMC.

Un autre élu de la gauche du PS ajoute en privé : "On nous a présenté au Bourget (lors de la campagne électorale-NDLR) une politique de redressement, on a accouché d'une politique de l'offre même pas subtile, même pas éclaircie, même pas intelligente", a-t-il dit à Reuters.

Du côté des partenaires sociaux, le scepticisme était de mise face au projet sur lequel l'entourage du président de la République espère créer une "union nationale".

Le Medef a salué la baisse des charges tout en s'interrogeant sur son ampleur et en refusant tout engagement écrit sur les créations d'emploi en échange d'une réduction du coût du travail.

"Quelle est l'ampleur des réformes structurelles annoncées ?", s'est interrogé son président, Pierre Gattaz, qui a réclamé une "clarification, car nous ne savons pas si nous sommes partis pour monter l'Everest, à 8.800 mètres d'altitude, ou si c'est seulement la Butte aux cailles, à 63 mètres".

Pour la CGT, "la réduction des charges pour améliorer les marges des entreprises, nous mène droit dans le mur".

Plus magnanime, la CFDT estime que le cadre présidentiel "donne du sens et des objectifs pour la mobilisation de chacun des acteurs". Le syndicat se dit prêt à se mobiliser pour l'emploi en étant exigeant sur le contenu du volet social, qui reste à définir jusqu'à la conférence sociale".

Elizabeth Pineau, avec Service France, édité par Yves Clarisse

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