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Le tentaculaire procès Bettencourt s'ouvre à Bordeaux

Reuters26/01/2015 à 09:30

OUVERTURE À BORDEAUX DU PROCÈS DE "L'AFFAIRE BETTENCOURT"

par Claude Canellas

BORDEAUX (Reuters) - Dix prévenus, dont l'ancien ministre Eric Woerth, comparaîtront durant cinq semaines à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour des abus de faiblesse dont la milliardaire Liliane Bettencourt aurait été la victime.

Cette tentaculaire "affaire Bettencourt", qui défraye la chronique politico-judiciaire depuis 2007, arrive devant les juges plus de quatre ans après son dépaysement à Bordeaux par décision de la Cour de cassation à la place de Nanterre (Hauts-de-Seine), où deux magistrats s'affrontaient publiquement.

Douze personnes ont été mises en examen par les trois juges d'instruction chargés du dossier, mais seulement dix ont été renvoyées devant les juges, l'avocat fiscaliste Fabrice Goguel et Nicolas Sarkozy ayant obtenu un non-lieu.

L'ancien président avait été mis en examen en mars 2013 pour abus de faiblesse sur l'héritière de l'Oréal, la femme la plus riche de France, soupçonné d'avoir profité de cet état pour lui soutirer de l'argent afin de financer sa campagne de 2007.

L'affaire Bettencourt est née de la plainte déposée pour abus de faiblesse en décembre 2007 par Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de Liliane Bettencourt alors âgée de 85 ans, contre le photographe et ami de la milliardaire.

La plaignante a remis en juin 2010 à la brigade financière des CD-Roms contenant des enregistrements de conversations tenues au domicile de l'héritière de l'Oréal effectués clandestinement par son majordome.

François-Marie Banier a été le premier mis en examen en décembre 2011 pour avoir selon les juges abusé de l'état de faiblesse de Liliane Bettencourt entre 2006 et 2010 pour un montant d'environ 1 milliard d'euros.

UN FAUX TÉMOIGNAGE ?

Un accord trouvé quelques mois plus tôt entre Françoise Bettencourt-Meyers et le photographe, qui a conservé 400 millions d'euros de valeurs mais a renoncé à une assurance-vie d'un montant de 600 millions d'euros, n'y a rien changé.

Il aura à répondre pendant le procès d'abus de faiblesse, abus de confiance aggravé, escroquerie aggravée et blanchiment d'abus de faiblesse.

Son compagnon Martin Le Barrois d'Orgeval comparaîtra également pour abus de faiblesse, blanchiment et recel.

Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de la maison Bettencourt, le seul dans ce dossier à avoir été placé en détention provisoire pendant près de trois mois, est mis en cause pour avoir bénéficié de libéralités pour un montant de plus de 8 millions d'euros de la part de la milliardaire.

L'ancien ministre UMP du Budget, Eric Woerth est soupçonné d'avoir perçu à deux reprises en janvier et février 2007 une partie de ces espèces de la main de Patrice de Maistre.

Les juges ont estimé que le destinataire pouvait être Nicolas Sarkozy, dont Eric Woerth était le trésorier de la campagne de 2007. Ils ont finalement abandonné cette piste faute de "charges suffisantes", ce qui explique le non-lieu dont a bénéficié l'ancien président.

Ces soupçons avaient été confortés par le témoignage de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, qui a dit avoir préparé une enveloppe contenant 150.000 euros. Les juges ont retenu que 50.000 euros et "une somme "indéterminée", avaient été remis à l'ancien ministre par Patrice de Maistre.

Claire Thibout a toutefois été mise en examen en novembre dernier pour faux témoignage. L'enquête a établi que bien que n'étant pas son employeur, la fille de l'héritière de L'Oréal avait versé plus de 400.000 euros pour dédommager la comptable de sa mère de son licenciement.

EXPERTISE MÉDICALE

L'avocat Pascal Wilhelm, successeur de Patrice de Maistre en tant que gestionnaire de fortune, et l'homme d'affaires Stéphane Courbit figurent aussi sur le banc des accusés.

L'avocat est accusé d'avoir incité la milliardaire en état de faiblesse à investir 143,7 millions d'euros pour prendre 20% du groupe de Stéphane Courbit, Lov Group Industrie, qui regroupe les sociétés Direct Energie (électricité), Betclic (paris en ligne), Banijay et Euro Media (audiovisuel).

Alain Thurin, accusé notamment d'avoir fait signer par la milliardaire un testament pour 10 millions d'euros, et Carlos Cassina-Vejarano, l'ancien gestionnaire de l'île d'Arros aux Seychelles, propriété de Liliane Bettencourt, qui comparaît pour avoir obtenu notamment une donation de 2 millions d'euros, complètent le banc des prévenus, avec deux notaires.

De nombreuses contestations devant la chambre de l'instruction et jusqu'à la cour de cassation ont été engagées en vain par nombre d'avocats de la défense.

Ils visaient notamment les conditions de l'expertise médicale de Liliane Bettencourt par un collège d'experts qui avait conclu à son état de faiblesse depuis 2006.

Leur cible principale était Sophie Gromb, un des médecins de cette expertise qui avait été témoin au mariage du juge d'instruction Jean-Michel Gentil chargé de l'affaire.

Tous les recours ont été rejetés mais la bataille n'est pas terminée. La mise en examen de Claire Thibout, principal témoin à charge, entraînera des demandes de renvoi du procès.

Le président du tribunal a prévu que les deux premiers jours seraient réservés aux questions de procédure. Si aucune décision de renvoi n'est prononcée, les débats s'ouvriront réellement mercredi matin.

(Edité par Yves Clarisse)

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