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Le Sénat fustige la concurrence "déloyale" des USA en Iran

Reuters12/06/2014 à 22:54

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Des sénateurs français ont appelé jeudi les pays européens à bâtir un front uni face à la concurrence économique "déloyale" des Etats-Unis en Iran à l'heure où la perspective d'une levée définitive des sanctions imposées à Téhéran attire les convoitises des investisseurs occidentaux.

Les relations entre Paris et Washington se sont tendues sous l'effet du contentieux BNP Paribas, les Etats-Unis menaçant d'infliger à la banque française une amende de quelque 10 milliards de dollars pour avoir, selon eux, violé la loi américaine sur les embargos contre plusieurs pays, dont l'Iran.

"Aujourd'hui, nous pouvons l'affirmer de façon catégorique, aucune banque française n'accepte d'accompagner nos entreprises dans nos projets en relation avec l'Iran" par crainte de représailles américaines, a souligné Philippe Marini, président UMP de la commission des finances du Sénat, qui s'est rendu avec cinq autres sénateurs fin avril en Iran.

Résultat, les flux financiers restent bloqués malgré l'accord intérimaire conclu en novembre entre le groupe G5+1 (Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis et Allemagne) et Téhéran qui s'est traduit par un assouplissement des sanctions pesant sur l'économie iranienne.

"L'extra-territorialité du droit américain peut conduire à paralyser nos initiatives, nos entreprises étant incitées à ne plus prendre aucun risque", a ajouté le sénateur lors d'une conférence de presse à Paris, dénonçant le manque de "fair-play" américain et appelant l'UE à faire entendre sa voix.

"Que les Etats-Unis soient la seule vraie puissance dans le monde d'aujourd'hui tout le monde le sait mais ce n'est pas une raison pour se garantir à soi-même les marchés (...) ni pour prendre une longueur d'avance sur tous les autres", a-t-il souligné, évoquant notamment le cas de General Electric et de Boeing, autorisés par Washington à exporter en Iran des pièces détachées pour l'aviation civile .

FRANCE PERDANTE

En attendant le rétablissement de circuits financiers viables, le Sénat suggère de faire appel à la Banque postale qui n'est pas exposée aux Etats-Unis et qui n'est de fait pas susceptible d'être victime de représailles américaines.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Hassan Rohani, réputé modéré, les délégations d'entrepreneurs étrangers se succèdent à Téhéran pour tenter de se positionner dans un contexte de concurrence dans ce pays producteur d'hydrocarbures.

Sous l'effet des sanctions prises contre Téhéran, soupçonné de vouloir se doter de l'arme nucléaire, la France a vu ses échanges économiques avec l'Iran passer de 4 milliards d'euros en 2004 à 500 millions d'euros en 2013.

Paris, autrefois leader dans les secteur automobile avec PSA et Renault, espère retrouver son rang une fois qu'un accord définitif aura été conclu dans le dossier nucléaire.

Mais la France devra désormais composer avec la concurrence de la Chine qui pèse aujourd'hui 10% dans le secteur automobile iranien et des Etats-Unis qui placent leurs pions.

Face à cette "concurrence internationale rude", les sénateurs invitent les entreprises françaises à maintenir des contacts sur place, à organiser des visites et à pré-négocier des contrats en attendant la levée définitive des sanctions.

Pour Michel Makinsky, spécialiste de l'Iran, la France doit dans le même temps profiter des négociations internationales pour faire pression, en concertation avec ses partenaires européens, sur Washington en se montrant "moins bon camarade".

"A chaque fois que l'occasion dans des conversations multilatérales se présente, nous devrions en commun avec nos partenaires anglais, allemands, italiens avoir des démarches communes pour que les intérêts européens soient mieux pris en compte", estime-t-il. "Dans le cadre des négociations sur le nucléaire iranien, on pourrait par exemple assortir notre bonne volonté de conditions de meilleure réciprocité".

(Edité par Yves Clarisse)


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